AccueilActualitéFrançois Mitterrand, la France du président, par RAYMOND KRAKOVITCH

François Mitterrand, la France du président, par RAYMOND KRAKOVITCH

Un colloque sur François Mitterrand et les territoires a été organisé en 2017 par l’université de Poitiers, avec le concours de l’Institut François Mitterrand, de la Fondation Jean-Jaurès et du Comité d’histoire parlementaire et politique. Il a privilégié une rencontre entre l’ancrage local et la politique territoriale. (a/s de François Dubasque et Anne-Laure Ollivier (dir.), Le promeneur enraciné : François Mitterrand, un cheminement politique et sensible à travers les territoires, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2022, 269p, 24€)

Le président a toujours été passionné par la géographie et l’histoire. L’ouvrage s’est penché minutieusement sur toutes les régions de France, détaillant particulièrement les terres qu’il a le plus connues : la Nièvre, Jarnac, Latché, Gordes, Solutré, la Bretagne, la Drôme.

Jacobin et décentralisateur
François Mitterrand avait un regard complexe et même contradictoire sur l’équilibre des pouvoirs. Il était un jacobin décentralisateur, davantage départementaliste que régionaliste. Il craignait en effet qu’une décentralisation trop poussée donne aux régions et aux présidents qu’elles éliraient un pouvoir excessif face à l’exécutif national.

Il était par exemple préoccupé de la place de la Nièvre pauvre dans la Bourgogne riche. Il se souvenait du duché de Bourgogne mais reconnaissait que le lien entre développement économique régional, aménagement du territoire justifiait l’existence de la région. Les combats de Pierre Mauroy et Gaston Defferre, qui ont souffert d’une insuffisance de pouvoirs dans leurs fiefs respectifs, guidèrent la grande réforme que pilota le second dès le premier septennat, en 1981-1982. Mitterrand insistait davantage sur le terme « décentralisation Â» que sur celui de « régionalisation Â». Il n’était pas véritablement girondin et les lois de 1982 gardent la trace de cette hésitation.

Par exemple, antérieurement, Mitterrand s’était prononcé, lors d’un débat en Conseil général de la Nièvre en 1968, pour un nombre de régions réduit à une dizaine afin de leur donner une dimension européenne. Lorsqu’il devient président il opte en revanche pour un doublement de leur nombre, ce qui signifie une réduction de leur puissance.

Au-delà de ces constats l’ouvrage insiste surtout sur le culte du Nivernais pour les lieux qu’il a particulièrement connus. Les chapitres de Jean Vigreux sur la Nièvre, de François Prigent sur la Bretagne, de Gilles Vergnon sur la Drôme, sont tous intéressants. Le regard politique n’est toutefois jamais perdu de vue. Ainsi Mitterrand constate que les électeurs lyonnais ne votent pas pour lui dans les scrutins nationaux et il s’abstient de venir dans la capitale des Gaules jusqu’en 1988, année où Jacques Chirac l’a largement devancé, avec 55% des voix, contrairement au reste de la France. Il tente ensuite un rapprochement avec Lyon lorsque Michel Noir en est le maire mais c’est ultérieurement que la ville reviendra à la gauche.

Latché et Solutré
Le domaine de Latché, acquis en 1965 et régulièrement agrandi ensuite, a été un lieu où son propriétaire recevait, l’été surtout, amis et personnalités politiques, françaises et étrangères. Il avait souhaité en faire un refuge pour ses amours avec Anne Pingeot mais c’est sa famille officielle qu’il y installa, réservant Gordes pour ses relations cachées.

L’ascension de la roche de Solutré a pour origine le souvenir des années de Résistance. D’abord programmée à Pâques, elle est déplacée à la Pentecôte pour bénéficier d’un temps plus serein. Selon l’auteure du chapitre qu’elle consacre à cette ascension, Noëline Castagnez, c’était aussi un moyen de faire « oublier son passé  de vichysto-résistant Â». Ce rituel est devenu « attribut et lieu de pèlerinage post-mortem mitterrandien Â».

Il était utile de montrer le rôle de ces différents territoires dans la construction du pouvoir du Charentais d’origine, avec ses dimensions culturelles, en raison de son attachement aux sites et pays. Leur variété est le signe de la complexité d’un personnage qui revendiquait de posséder toute la France dans les différents lieux qu’il parcourait, mariant ancrages locaux et ambitions nationales.

Comme le dit la conclusion, l’intérêt de cet ouvrage est d’ouvrir le débat entre public et privé, entre l’intime et la construction d’une image et d’une mémoire.

Raymond Krakovitch 
Article paru dans L’ours 527, avril 2023

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