Jalons pour une histoire de l’OURS

L’année 1969 constitue aussi un temps fort dans l’histoire de la gauche non communiste, avec la disparition de la SFIO puis la mise en place aux congrès d’Alfortville et d’Issy-les-Moulineaux d’une nouvelle organisation socialiste, concrétisation des efforts initiés dès la fin de la Guerre d’Algérie, certes avec des hauts et des bas.

C’est dans ce contexte que Guy Mollet crée l’OURS.

Cet article de Denis Lefebvre est paru dans Recherche socialiste, n°7-1999, à l’occasion du 30e anniversaire de l’OURS.

GUY MOLLET CREE L’OURS

En décembre 1968, se tient l’ultime congrès de la SFIO, qui entérine les dernières décisions prises pour la fusion de la famille socialiste. La SFIO accepte de se saborder, et Guy Mollet – secrétaire général depuis 1946 – confirme à ce congrès qu’il ne sera pas candidat à un poste de direction dans la nouvelle organisation. Il avait fait part de cette décision irrévocable à quelques proches depuis la rentrée de septembre 1968. Le fragile équilibre maintenu depuis les événements de mai 1968 est cependant balayé par le référendum de 1969, annoncé début février 1969 par Charles de Gaulle, sur la réforme des régions et la transformation du Sénat. On connaît la suite, après l’échec de ce référendum : démission du président de la République, désignation par le « nouveau Parti socialiste » réuni en congrès constitutif à Alfortville en mai d’un candidat, Gaston Defferre (1). Cette désignation se fait dans la confusion la plus totale.

En revanche, le congrès entérine la création du nouveau parti, notamment par l’adoption de la nouvelle déclaration de principes, actualisation de celle de 1946. Le congrès d’Alfortville permet le rassemblement des anciens membres de la SFIO, des amis d’Alain Savary regroupés jusque là dans l’UCRG (Union des clubs pour le renouveau de la gauche), et de militants de la CIR, au grand dam des dirigeants de leur formation d’origine. La deuxième étape, celle du congrès d’Issy-les-Moulineaux, en juillet, voit l’arrivée de l’UGCS (Union des groupes et clubs socialistes) de Jean Poperen, et d’autres militants de la CIR. La majorité des membres de cette organisation conteste non seulement les orientations mais aussi la légitimité de la nouvelle organisation. Issy-les-Moulineaux se prononce pour une direction collégiale avec un premier secrétaire, à la fois porte-parole et animateur du Parti. Pendant le congrès, deux lignes politiques se sont affrontées, pour schématiser, autour d’Alain Savary et de Pierre Mauroy. Ce dernier, présenté depuis plusieurs mois comme le successeur de Guy Mollet, s’est montré défaillant sur l’orientation à gauche aux yeux de l’ancien secrétaire général de la SFIO et du courant qu’il anime. Il est battu au poste de premier secrétaire par Alain Savary, qui prend la tête de la nouvelle organisation, jusqu’au congrès d’Épinay, en juin 1971 (2).

Durant toute cette période, Guy Mollet est resté très silencieux. Dès avant Alfortville, il a quitté les locaux de la Cité Malesherbes, siège du Parti socialiste, pour s’installer au premier étage du 86 rue de Lille. Il retrouve des locaux qu’il occupe depuis 1959, ainsi présentés au début des années soixante-dix par l’écrivain Gilles Perrault : « Bel appartement parisien rue de Lille, à cent mètres de la Chambre. Une grande pièce aménagée en salle de conférences, un bureau où s’entassent les dossiers (3) ». C’est là que le secrétaire général de la SFIO a installé en 1959 un hebdomadaire qu’il venait de créer, Démocratie. A partir de 1965, cet appartement est devenu le siège de la FGDS, jusqu’à la disparition de cette organisation, fin 1968. Guy Mollet y transfère ses archives personnelles (4), une partie de sa bibliothèque. Il y installe l’OURS. S’ouvre pour lui une nouvelle phase de sa vie, qui reste certes parisienne – il continue bien sûr de se partager entre Arras et Paris -, mais il n’exerce plus aucune responsabilité nationale dans le Parti socialiste. Il n’abandonne pas pour autant son militantisme, mais se place à un autre niveau, refusant désormais toute prise de position publique sur le Parti socialiste. Paris-Match, dès le 7 juin, le présente comme « solitaire et grand muet volontaire » : il ne se départira plus de ce comportement. Certains peuvent penser que ce « départ » n’est qu’un camouflage, et qu’en réalité Guy Mollet tirera dans l’ombre les ficelles du Parti socialiste : ils se trompent. Tout juste a-t-il exprimé quelques mots sur les récents événements français, repris par le même hebdomadaire : « Les élections présidentielles ? Une péripétie. L’important, c’est la suite ». Ses commentaires politiques sur le PS, il les réserve désormais à des déclarations à la section d’Arras, ou à des conversations avec quelques amis.

Son départ est bel et bien réel. Une page est définitivement tournée.

L’OURS prime désormais tout. Depuis plusieurs mois déjà, il pensait à une telle structure, dont l’objectif est de créer une école de cadres socialistes, par un travail de longue haleine : « Il est bien dans mes projets, écrit-il à Michel May le 7 février 1969, de constituer, ou plutôt de reconstituer, une équipe de socialistes solides s’efforçant de mieux comprendre notre société et d’en tirer une autre leçon que celle des opportunistes ». Il entend y rassembler des chercheurs, des politiques travaillant dans un seul objectif : réfléchir sur le socialisme contemporain, à partir notamment de son histoire, et lui donner un corps doctrinal. Il veut constituer cette école de cadres qui a tant manqué au socialisme depuis la Libération, autour de quelques axes fondamentaux de réflexion : l’analyse du capitalisme, les répliques actuelles à lui apporter, la réponse socialiste aux problèmes de notre temps. L’OURS entend rappeler la doctrine socialiste aux militants. Cette doctrine ne change pas, seules les méthodes doivent s’adapter à l’époque, comme il l’écrira dans une circulaire, début 1970 : « Nous pensons toujours, avec Léon Blum, que ‘nous n’avons rien à changer à notre doctrine socialiste, rien à repenser, rien à réviser’, par contre, comme lui encore, nous estimons que nous devons inlassablement adapter nos méthodes d’action aux changements incessants du monde capitaliste ; d’où la nécessité, pour nous, de procéder à une analyse permanente et toujours remise en cause du capitalisme moderne. »

LES PREMIERS PAS DE L’OURS

La création de l’Office est annoncée par le Journal officiel des 9 et 10 juin 1969. Guy Mollet le place sous les auspices d’Alexandre-Marie Bracke-Desrousseaux, décédé en 1955, helléniste et marxologue de renom, surnommé le « père ours », qui a été l’un de ses maîtres à penser. Dès sa création, l’OURS publie un manifeste, annexé au présent numéro de Recherche socialiste, dont le rédacteur est Claude Fuzier. L’un des passages essentiels de ce manifeste stipule : « Le socialisme revendique le pouvoir dans la France du XXe siècle, mais pas n’importe quel pouvoir, ni dans n’importe quelle condition. »

Dans les premiers temps, Guy Mollet a concocté un conseil d’administration très oecuménique, reflet de la majorité qui a dirigé la SFIO pendant de longues années. Ses proches y figurent : Claude Fuzier, Ernest Cazelles, Denis Cépède. Ce dernier est secrétaire générale de l’office. Il est le jeune qui « monte » auprès de Guy Mollet. Cette brillante machine intellectuelle, dotée d’un humour décapant et d’un bel appétit de vivre, a séduit Guy Mollet, qui a pourtant toujours été méfiant à l’encontre des intellectuels. Fils et petit-fils de militant – cela compte, dans la SFIO – il a fait ses classes un peu à la marge de l’appareil socialiste, dans lequel il s’intègre à partir de 1969, l’un des politiques dans l’entourage d’Alain Savary, chargé des questions de formation. Il sera aussi la cheville ouvrière du Plan d’Action socialiste. On note aussi à l’OURS quelques jeunes, peu connus, venus sur une ligne politique de gauche, et se battant pour un parti « pur et dur », celui que Guy Mollet a voulu lancer dès 1963 (5).

On trouve aussi dans les organismes dirigeants de l’OURS Pierre Mauroy et ses amis, que Guy Mollet a fait venir, sans doute tant par aspect sentimental que pour maintenir les équilibres traditionnels intérieurs à une organisation politique : Pierre Mauroy est l’un des vice-présidents, Roger Fajardie est secrétaire général adjoint. Mais cette présence est de courte durée. Après le congrès d’Issy-les-Moulineaux, Pierre Mauroy et ses amis tirent la conclusion de la nouvelle donne au sein du Parti, et ils quittent l’OURS. Dans les archives de Guy Mollet, on trouve leurs lettres de démission, toutes rédigées sur le même modèle, ou presque. La rupture est totale.

Certains, rapidement, quittent l’OURS, d’autres n’y viennent pas, pour des raisons politiques, rejetant l’aspect unitaire de la pensée de Guy Mollet et de ses proches, qui ne manquerait pas selon eux de rejaillir sur les prises de position de l’Office. Après une prospection auprès des parlementaires socialistes en décembre 1969, Guy Mollet reçoit par exemple cette correspondance expéditive d’un sénateur du Gers : « Je désire adhérer à l’OURS, si l’OURS ne sert pas l’URSS, et est fidèle au discours de Léon Blum, ce qui avec Fuzier n’est pas le cas ».

L’Office, dès sa naissance, paraît donc se réduire dans son équipe dirigeante rapidement aux molletistes. Cette constatation est faite par de nombreux observateurs politiques, et par des militants, dont certains franchissent même un pas supplémentaire, en étant d’avis que l’OURS est une tendance du Parti, ou tout au moins une organisation parallèle. Guy Mollet reçoit de nombreuses correspondances à ce propos, auxquelles il répond personnellement avec le plus grand soin. Ainsi, en novembre 1969, à ce camarade de la Gironde : « Chaque fois qu’il m’a été proposé de créer une tendance sur mes positions, je l’ai toujours refusé, car je crois l’existence des tendances organisées dangereuses pour le Parti. Je ne vais donc pas commencer maintenant (…) Je ne ferai jamais rien contre mon parti ; j’espère même le convaincre que mon ‘OURS’ lui est utile, mais personne ne m’empêchera jamais de servir la cause du socialisme ».

 

Guy Mollet ne semble pas s’arrêter sur les départs des premiers mois, ni sur les grincheux qui ne veulent pas rejoindre l’OURS. L’équipe lance les publications. Le journal mensuel est organisé autour de rubriques qui resteront les mêmes pendant de longues années : éditoriaux, mot du secrétaire général, critiques littéraires, tribunes libres (6). On note aussi une importante rubrique de courrier des lecteurs qui, elle, disparaîtra ensuite. Le Cahier est lancé dès juillet 1969 avec les thèmes suivants : « Enoncé des thèmes mis à l’étude par l’Office » (n°1), « L’intervention de l’État dans l’organisation de la croissance économique » (n°2), « Bracke-Desrousseaux » (n°3, sous la plume de Jean Piat), reproduction du discours de Léon Blum à Tours (n°4). Très vite, parallèlement aux groupes de travail, le principe des réunions hebdomadaires du mardi est lancé.
L’OURS semble « accrocher » . Nous disposons malheureusement de peu d’éléments chiffrés. En 1970, en se basant sur un éditorial de Guy Mollet dans le Journal de mai, l’Office regroupe 3736 abonnés ou adhérents se décomposant ainsi : 536 adhérents payant une cotisation proportionnelle, 522 adhérents étudiants ou retraités, 1615 abonnés au journaux et cahiers, 1065 abonnés au seul journal. En supplément, plus de 2500 militants reçoivent chaque mois les publications en service gratuit, au titre de la prospection. Toujours au vu de ce qu’écrit Guy Mollet, le tirage du Cahier est alors de 7000 exemplaires avec, pour les numéros 4 (Léon Blum et la vieille maison) et 7 (le syndicalisme et l’État) des tirages supplémentaires de 10000 et 5000 exemplaires. Qui sont ces abonnés et adhérents ? On peut penser, logiquement, qu’il s’agit en majorité de militants originaires de la SFIO, qui continuent de partager les idées de Guy Mollet. Sans doute ont-ils besoin, aussi, de manifester, par leur adhésion à l’OURS leur appartenance à un groupe qu’ils connaissent, surtout en ces périodes de changement au sein du Parti, alors que la « vieille maison » a disparu. Mais on note également l’arrivée de militants d’autres tendances souhaitant s’intégrer dans une œuvre collective de recherche et de débats (7).

Par ailleurs, tout va pour le mieux avec le PS, puisqu’en janvier de la même année un contrat d’association a été signé, après débat avec Noël Josephe secrétaire national du Parti. Le Parti s’engage à faire de la publicité dans sa presse en faveur de l’OURS, à diffuser ses publications, à prendre en charge matériellement certaines actions menées par l’OURS, à la demande ou avec l’accord du Parti. De son côté, l’Office apportera au Parti « une contribution originale et effective, favorisant en particulier la connaissance, la diffusion et la pénétration de la doctrine et de l’action socialiste, et assurant, en définitive, une audience accrue du parti socialiste dans les milieux les plus divers. »

 

A cette époque, quand il n’est pas à Arras, Guy Mollet consacre la majeure partie de son temps à l’OURS. Entouré par une petite équipe permanente – Olga Duperrey au secrétariat, Pierre Herbaut (8), Suzanne Le Corre (9) -, il est tout à la fois : il s’occupe des publications, sollicite les uns et les autres pour un article, coordonne les groupes de travail, anime les réunions du mardi (10). La petite équipe permanente sera complétée ensuite par Pierre Rimbert. Sa présence, comme l’a déclaré Claude Fuzier après son décès, en avril 1992, « était hautement significative de l’esprit qui nous anime ». Il a publié dans les différentes publications de l’OURS d’innombrables articles, et de nombreux cahiers : sur Jean Jaurès, sur la CED, sur l’histoire de la SFIO, dont il a été l’artisan à partir de 1972. Un autre aspect de la participation de Pierre Rimbert aux travaux de l’Office mérite enfin d’être souligné : celui lié aux « études par correspondance » lancées dans les premières années de la vie de l’OURS, dans la tradition des universités populaires d’autrefois. Ces études – un texte de base sur un point précis, d’ordre historique ou non, suivi de quelques questions posées aux lecteurs – étaient envoyées aux membres de l’OURS qui en faisaient la demande. Ultérieurement, elles étaient regroupées en « Cahiers ». Pierre en a rédigé de très nombreuses dans des secteurs variés. Ainsi a-t-il été le rédacteur unique du cycle intitulé « De la révolution française à la naissance du mouvement socialiste ». Il a aussi participé – au côté de Pierre Herbaut, Joseph Begarra, etc.- au cycle sur l’histoire du mouvement socialiste (11).

 

Dans le Journal, on trouve peu de références à l’actualité même si, parfois, certains coups de patte peuvent tomber. Ainsi, en février 1970, dans un article signé « l’OURS », qui évoque les socialistes et les autres forces politiques françaises. Le rédacteur rapporte ce jugement de Guy Mollet : « Il y a un moyen sûr, pour un ‘socialiste’ de faire parler de lui dans toute la presse, de passer à la télé et d’être interviewé à la radio : c’est d’être indiscipliné et de critiquer le parti socialiste, ou, mieux encore, de le quitter (…) : il rattrapera en vingt-quatre heures le silence qui pesait sur lui, et qui lui pesait depuis vingt-quatre ans. » Dans Combat du 27 mars, Jean-Claude Vajou présente cette tribune, « dont le style, écrit-il, nous fait penser qu’elle a été directement inspirée, sinon écrite, par l’ancien secrétaire général de la SFIO », avant de conclure : « Que l’OURS sache que nos colonnes lui sont ouvertes… Nos lecteurs aiment entendre grogner ! »

L’OURS de cette époque – une époque très idéologique – réussit à être au carrefour d’une gauche qui cherche son unité, et qui a besoin de lieux de débat.

On le voit en 1971, à l’occasion du centième anniversaire de la Commune de Paris. L’Office organise, entre mars et mai 1971, cinq soirées débat sur la Commune, qui entendent constituer un lien entre l’histoire et l’actualité de l’époque, autour de cinq thèmes principaux : insurrection-révolution-prise du pouvoir ; la révolution en tant qu’anti-violence ; démocratie et pouvoir révolutionnaire ; l’homme nouveau dans une vie nouvelle ; du phénomène révolutionnaire à la situation révolutionnaire.

Ces rencontres réunissent un nombre important de participants, d’horizons très variés, tous représentatifs de leurs organisations d’origine. Des socialistes appartenant aux différentes familles non encore unifiées : Robert Verdier, Alain Savary, Pierre Joxe, Claude Fuzier, Dominique Taddéi. Des communistes : Pierre Juquin, Guy Besse. Mais aussi des syndicalistes, des personnalités diverses : les révérends père Sommet et Madelin, Jean-Marie Domenach, le biologiste Henri Laborit, etc. Ces rencontres organisées par l’OURS constituent la seule contribution intellectuelle du mouvement socialiste au centenaire de la Commune. Bien sûr, le débat historique y a très vite débouché sur l’actualité, sur le sens du combat socialiste, les voies de passage au socialisme, voire sur le programme commun de gouvernement. Nous étions à ce moment-là en plein débat d’idées, et chaque occasion était bonne pour chercher et essayer d’avancer. La Commune était décidément très actuelle… et le centenaire, pour la gauche, a été très politique.

 

Ces soirées débouchent sur la publication de deux Cahier de l’OURS (12). Il n’y a pas d’autre réalisation socialiste de cette qualité et de cette ambition pour le centenaire.

LE REPLI SUR SOI

Mais le congrès d’Épinay, quelques semaines plus tard, marque une rupture. Après ce congrès est posée la question des rapports entre l’OURS et le Parti. Guy Mollet et ses amis étant dans l’opposition à la nouvelle direction, qu’allait-il advenir du contrat d’association signé en 1970 ? Dès le 5 juillet 1971, Jean-Pierre Chevènement, secrétaire national chargé du programme et des organismes associés, écrit au président de l’OURS pour l’informer qu’une réflexion est engagée sur la question des organismes associés : « Je serais heureux que nous puissions procéder à un premier examen, si possible avant le départ en vacances, des possibilités de travail en commun dans le domaine de l’éducation et des études de programme que le parti doit aborder à bref délai. » Un rendez-vous est organisé, suivi d’un autre avec Pierre Joxe. Des conditions de contrôle politique sont mises en avant, qui paraissent inacceptables à Guy Mollet et au bureau de l’OURS. Le 7 octobre, la direction du PS envoie une circulaire aux membres du comité directeur : « (…) l’ancien parti avait signé, avant Épinay, des contrats d’association avec un certain nombre de groupes… le parti est nouveau, ces contrats sont caducs (…) ».

 

Guy Mollet rédige alors une lettre destinée au premier secrétaire du PS :

« Comme président de l’Office universitaire de recherche socialiste, j’ai reçu successivement à quelques mois d’intervalle Jean-Pierre Chevènement, chargé des relations avec les formations associées, puis Pierre Joxe, chargé des problèmes de formation. L’un et l’autre venaient s’informer des intentions de l’Office concernant le contrat d’association qui nous liait au parti.

Je leur ai répondu que rien à nos yeux n’était modifié, et que nous considérions ce contrat comme toujours valable. En réponse, nous avons reçu une lettre datée du 4 novembre, qu’accompagnait le texte d’une circulaire ronéotée. Cette circulaire nous communique les termes du rapport concernant les relations du parti avec les organismes associés.

La situation concernant l’Office est évoquée dans le point 2 de ce rapport. Il y est dit : ‘ L’ancien parti avait signé (…) caducs.’

Je m’interdis ici tout commentaire sur ce texte, sauf à relever une novation certaine dans la notion de contrat. J’enregistre simplement que l’Office est par la même relevé des obligations qu’il avait contractuellement acceptées.

Et je vous prie de croire à l’assurance de mes sentiments socialistes. »

Cette lettre est restée à l’état de manuscrit . Dans la marge, on trouve en effet ces quelques mots de la main de Guy Mollet : « a été décidé de ne pas répondre ».

Désormais, tous les liens sont rompus avec le Parti socialiste.

Il faudra attendre plus de cinq ans après le décès de Guy Mollet pour que des premiers contacts soient repris, sans pour autant aboutir à l’époque.

Une nouvelle étape sera franchie au début de février 1972, quand les « molletistes » annoncent qu’ils créent une tendance au sein du Parti, en reprenant une dénomination des années trente : la Bataille socialiste.

 

Cette création fait suite à une décision personnelle de Guy Mollet, dès avant le congrès d’Épinay. Il revient donc sur ces comportement antérieurs, pour deux raisons principales. La première est liée au nouveau mode de fonctionnement du Parti : chacun sait désormais qu’il y aura des tendances organisées. D’autre part, Guy Mollet et ses amis, sont convaincus des carences politiques et organisationnelles d’Alain Savary, dès avant Épinay (13) : il faut donc se démarquer, et mobiliser quelques troupes. Cette tendance n’a pas de conséquences directes sur la vie de l’OURS. Certes, les réunions de la Bataille socialiste se tiennent dans les locaux de la rue de Lille, certes, les dirigeants sont les mêmes, tels Denis Cépède, Claude Fuzier ou Jacques Piette. A la limite, on peut penser cette démarche enlève toute ambiguïté, et que l’OURS apparaîtrait comme encore moins lié à la vie du Parti (14). Pour autant, d’aucuns au PS continueront à mélanger les genres.

Tête politique de la tendance, Claude Fuzier regrettera des années plus tard le lancement de la Bataille socialiste. Il sera d’avis qu’il aurait mieux valu dès les lendemains d’Épinay, comme il me l’a déclaré en 1991, « se retirer sur l’Aventin, et mener très fortement l’affaire de l’OURS. Tout de suite démarquer l’OURS des affaires du Parti et, au travers de quelques travaux spectaculaires et doctrinaux, nous marquer fortement à l’égard du Parti. »

Il fallait témoigner, certes, mais sans apparaître pour autant comme les battus d’Épinay, animés par un esprit revanchard. L’OURS a-t-il subi les conséquences des changements au sein du Parti socialiste ? On peut le penser, dès après Épinay : les publications continuent de sortir, certes, la machine tourne, mais au ralenti. On le mesure par exemple au vu du courrier reçu, qui devient moins nombreux, moins intéressant. On le voit aussi en février 1972, quand Guy Mollet lance un appel, dans le Journal : « Est-ce que les ours connaissent leur crise de croissance vers la fin de leur troisième année ? Nous l’ignorons, mais nous avons l’impression qu’il faut secouer notre plantigrade, et ne pas lui permettre de ronronner comme un gros chat. » D’autre part, les comptes annuels font apparaître de légères – mais régulières – pertes d’exercice, compensées par des souscriptions et dons. Surtout, on peut penser que les nouvelles orientations du Parti, mais aussi ses nouvelles pratiques quotidiennes (méthodes de communication et de formation des militants) ne pouvaient que marginaliser l’OURS.

Ici ou là, quelques prises de position politiques émaillent la vie de l’Office. Ainsi en 1972, dans le cadre du référendum sur l’Europe présenté par Georges Pompidou. Guy Mollet, dans l’OURS de mars, donne sa position. Il appelle à voter nul, et déclare qu’il introduira dans son enveloppe « deux bulletins : OUI à l’Europe démocratique et sociale, NON à l’Europe des trusts ». On peut comprendre un tel article, lié à un choix fondamental de société, dans son esprit, celui de la construction européenne, dont il a été l’un des artisans depuis la fin des années quarante. Plus surprenant, peut-être, pourrait paraître son article de janvier 1973, dans lequel il se félicite de la signature récente du programme commun de gouvernement, entre socialistes, communistes et radicaux de gauche, quand on connaît le jugement qu’il portait ailleurs sur ce même programme commun, qui ne réglait aucun des problèmes fondamentaux entre les partis de la gauche. Un peu plus tard, dans le cadre de la campagne présidentielle de 1974, Guy Mollet prendra position en faveur de François Mitterrand, « candidat le l’ensemble des forces représentatives de la gauche française » . C’est, écrit-il dans l’OURS d’avril, « une nouvelle et importante étape. A chacun de faire que ce soit une nouvelle et importante victoire ».

Pour lui, l’OURS prime tout, et l’ultime étape est franchie le 6 avril 1975, quand il décide de se retirer davantage encore de toute activité politique. Il écrit ce jour-là à Léon Fatous, secrétaire général de la section socialiste d’Arras, pour l’informer qu’il ne sollicitera pas le renouvellement de ses mandats de maire, de député et de président du district d’Arras à leur expiration normale, c’est-à-dire en 1977 et 1978 : « Il faut savoir s’en aller. (…) Il faut que de plus jeunes assurent la relève. » En conclusion de sa lettre, il affirme sa volonté de se consacrer « au sein de l’OURS à la recherche au service du socialisme ». Mais il décède le 2 octobre 1975 à Paris.

 

Les réactions sont innombrables. Parfois un peu gênées pour le PS, qui s’en remet avec prudence, sur l’action et la vie de Guy Mollet, au jugement de l’histoire, comme en attestent ces propos tenus par François Mitterrand devant le comité directeur socialiste du 4 octobre : « Le rôle rempli par Guy Mollet dans l’histoire du socialisme est tellement important que c’est aux historiens qu’il incombera de le décrire et de l’expliquer. » Le communiqué officiel du PS aborde de son côté l’OURS : « [Guy Mollet] avait choisi depuis plusieurs années de consacrer son expérience, son intelligence et son goût de la pédagogie à la recherche théorique et à l’étude des problèmes idéologiques dans le cadre de l’Office universitaire de recherche socialiste. Ce travail considérable, qu’il laisse malheureusement inachevé, aura largement contribué à enrichir la pensée socialiste ».

Jacques Piette dans son discours aux obsèques n’oublie pas le fondateur de l’OURS, qui « retrouvait dans la dernière phase de son action militante la répétition des efforts et des choix de sa jeunesse ». Lui aussi, dans la conclusion de son discours, fixe rendez-vous à l’Histoire. Très vite, cependant, l’OURS est confronté à la dure réalité.

VIVRE SANS LE FONDATEUR

L’objectif est désormais de maintenir l’Office. Les organismes dirigeants de l’Office doivent être modifiés. Le 28 octobre, Jacques Piette devient président, et on note l’arrivée comme vice-présidents d’André Delehedde et Adrien Spinetta (1980-1998). Le premier a succédé à Guy Mollet à l’Assemblée nationale. Le second, haut fonctionnaire, est militant socialiste depuis plusieurs décennies. Quelques mois plus tard, Adrien Spinetta est chargé d’animer le groupe chargé de suivre les travaux de l’OURS. Deux ans plus tard, quand Jacques Piette demandera à être relevé de sa charge de président, en raison de son état de santé, Adrien Spinetta lui succédera. Il a été président de l’OURS entre 1978 et 1989.

 

Adrien Spinetta sera un président bien différent de son prédécesseur, plus technicien – sans pour autant être technocrate -, plus organisateur aussi. Sous sa direction, l’OURS a connu des débats sur des thèmes nouveaux pour l’Office, par exemple sur « socialisme et marché ». S’appuyant sur une démarche collective, il réunissait régulièrement à l’OURS des petits groupes de travail pour arrêter un calendrier, ou définir nos méthodes. Ainsi, en décembre 1979, a-t-il établi une note « sur l’orientation, la méthode et les moyens de la démarche de l’OURS pour la période 1979-1983 ».

« L’OURS, écrivait-il, continuera d’oeuvrer pour la recherche et la formation, avec comme ligne directrice sous-jacente, la volonté de contribuer à l’esquisse d’une société, d’inspiration socialiste, dont il n’existe aujourd’hui aucun modèle dans le monde, le monde communiste n’étant, à ses yeux, qu’un sous-produit du monde capitaliste dominant.

La méthode utilisée par l’OURS à cette fin, sera celle d’une analyse objective des faits, engagée quant à sa finalité, celle d’une substitution au système dominant, d’un autre système, global dans son essence, c’est-à-dire applicable à l’échelle planétaire, mais diversifié en fonction de l’originalité propre à chaque peuple.

L’esprit qui animera la démarche de l’OURS restera révolutionnaire, ce qui signifie que si une théorie apparaît insuffisante à expliquer des faits d’expérience, il deviendra nécessaire, non pas de la récuser, mais de rechercher une théorie plus vaste, dont la première pourrait devenir un sous-ensemble.

On ne saurait, par exemple, ignorer les enseignements tirés du progrès de la biologie, pour une approche plus scientifique des comportements sociaux. »

 

Il concluait avec ces mots : « Nous ne devons être ni des nostalgiques du passé, ni des attardés du futur. »

 

Avec lui, l’OURS s’attelle à la mise en œuvre d’un nouveau manifeste socialiste – non mené à bien, il faut le reconnaître -, et il fait venir à l’OURS de nombreuses personnalités, pour participer à des colloques et tables rondes,comme Jacques Robin, Michel Rocard, Edgar Pisani, René Passet ou Guy Aznar. Ainsi, en 1979, dans le cadre du 15e anniversaire de l’OURS, nous avons tenu à Bondy un grand colloque sur le thème : « 100 ans après, l’actualité du socialisme (15) ». Nous menons aussi avec lui des réflexions sur l’Europe ou sur l’actualité du marxisme. L’homme était très attentif aux mutations en cours dans tous les domaines (informatique, robotique, communication, etc.) et il a organisé de nombreuses rencontres en vue de proposer une grille de lecture de la crise de nos sociétés.

Adrien Spinetta était aussi un homme de méthode et d’organisation. Il s’est attelé à une meilleure organisation de notre travail, avec le soutien de Suzanne Mollet et de Jacques Dubois, ancien directeur de l’ITS, Institut technique des salaires, spécialiste reconnu dans les questions du travail et des litiges salariaux individuels et collectifs, qui est arrivé à l’OURS au milieu des années quatre-vingt, chargé par le conseil d’administration de mener une étude sur la situation de l’Office. « L’OURS, déclare-t-il devant le conseil d’administration du 28 septembre 1984, doit mieux ‘se vendre’ et montrer la qualité du travail fourni depuis quinze ans, rechercher de nouveaux contrats publicitaires ». Jacques Dubois a mené à bien de nombreuses études économiques (en liaison avec certains ministères) ensuite reproduites dans nos publications.

UN JOURNAL PLUS POLITIQUE

Les comptes rendus de ces travaux sont régulièrement publiés dans notre Cahier et Revue, dont la réalisation est coordonnée par Pierre Rimbert, qui ne se modifie guère pendant cette période au niveau de sa forme, pas davantage que le journal.

 

Dans la deuxième partie des années 1970, sous l’impulsion de Denis Cépède, le Journal change cependant peu à peu, principalement au niveau des éditoriaux et mots du secrétaire général. Nous entrons dans une phase beaucoup plus politique de l’OURS. Les exemples ne manquent pas. Ainsi, en décembre 1977, quand Denis Cépède analyse la faillite de la stratégie de l’union de la gauche. Nous sommes alors en pleine crise, et il écrit : « Il faut donc enregistrer la faillite d’une stratégie. Ceux qui l’avaient pressentie depuis longtemps n’avaient eu que le mérite de ne pas rêver, aussi de ne pas se tromper, et de ne pas tromper. Aujourd’hui, les deux partis s’accusent d’avoir assassiné l’espérance. Mais tant qu’ils ne comprendront pas qu’ils s’étaient nourri d’illusion, l’espérance n’aura pas encore commencé de naître. »

Alors, l’OURS s’est-il « politisé » durant toute cette période, intervenant dans les débats internes du PS et de la gauche, contrevenant ainsi à ses propres statuts ?

Denis Cépède s’en expliquera en 1979, à l’occasion du dixième anniversaire de l’OURS :

« Le risque était nul d’entrer dans le débat politique entre les organisations politiques, puisque ce débat était sinon inexistant, du moins très court. Ce n’est pas aujourd’hui où les organisations politiques errent et vocifèrent dans les décombres de l’union, que nous nous départirons de notre réserve en rappelant qu’elles avaient cru bâtir cette union en réduisant son enjeu au constat d’une connivence de faits fondée sur une convergence temporaire d’intérêts. Ainsi, chacune des organisations renonçait à ses propres héritages, ce qui nous laissait seuls à identifier le passé, renonçait à poursuivre une réflexion pourtant engagée, mais délibérément interrompue en 1971, sur les conditions que chacun entendait mettre et acceptait de remplir pour s’engager avec l’autre dans les mêmes voies de passage au socialisme – ce qui garantissait à l’OURS de ne pas déranger leurs arrangements en abordant les sujets sur lesquels ils avaient décidé d’être muets et qui étaient justement ceux qui, tout naturellement, nous intéressaient et qui, à mesure que les partis les négligeaient, nous préoccupaient davantage. Bref, l’heure n’étant pas à la réflexion, nous n’avons gêné personne en réfléchissant. En donnant les éléments et les conclusions de nos travaux, nous ne pouvions donner l’impression d’entrer dans les leurs. N’ayant aucun goût pour les papiers collés, notre réflexion n’interférait pas dans l’élaboration du programme commun. Marquant une préférence pour l’analyse de la réalité, de ce qu’elle fait des hommes et de ce qu’ils pouvaient en faire, le combat des chefs ne nous retient que dans les moments de tranquillité où nous pouvons lire les bandes dessinées ».

 

Mais cela ne trompe personne. Ces idées, si pertinentes soient-elles, n’intéressent cependant pas grand monde, au-delà du cercle de nos lecteurs, et l’OURS continue de vivre, dans le désintérêt quasi général. Il porte une étiquette, celle du molletisme. Personne dans le Parti socialiste, d’autre part, ne se préoccupe des richesses de la bibliothèque ou des archives de l’Office. J’ai encore bien présent à l’esprit mes conversations de l’époque avec certains responsables ou permanents du Parti, qui ne voyaient que le quotidien et l’avenir. Par contre, nous nouons peu à peu des liens avec l’ISER, Institut socialiste d’études et de recherches, alors dirigé par Jean Pronteau, avec Colette Audry et Renée Frégosi. Denis Cépède rencontrera à plusieurs reprises Jean Pronteau, et je me souviens qu’il m’a dit un jour (fin 1980 ? Début 1981 ?) que l’OURS devrait s’associer plus étroitement aux travaux de l’institut de recherches du Parti. Il envisageait même une entrée de Jean Pronteau dans notre conseil d’administration. Bref, pour Denis Cépède, l’heure était sans doute venue d’un rapprochement de l’OURS avec le Parti socialiste, ou tout au moins avec une de ses composantes, celle chargée de la réflexion.

 

Denis décède brutalement en décembre 1981 (16). Le conseil d’administration du 26 janvier 1982 procède à une nouvelle organisation de l’OURS. Henri Cerclier (membre du conseil d’administration depuis 1978, entré en même temps que moi) est nommé responsable de la programmation, des études et des travaux. Je suis désigné au poste de secrétaire adjoint, chargé des archives, de la documentation et des relations publiques. Michel Cépède – le père de Denis – est nommé de son côté secrétaire général et directeur des publications. On imagine facilement le drame que cette responsabilité a dû représenter pour lui…

 

Homme de grande culture, spécialiste mondial des problèmes de développement et de la faim dans le monde, Michel Cépède nous a fait bénéficier de ses connaissances, mais aussi de sa sagesse, dans des périodes parfois troublées pour l’OURS, au plan de son fonctionnement interne.

 

Nous nous sentions encore bien seuls. Le PS ne se préoccupait toujours pas de nos travaux. Quant à la presse… Quel silence ! Une exception : le 11 juin 1980, Jean-Yves Boulic consacre à l’OURS un long papier dans le Quotidien de Paris. Le titre est tout un programme : « L’OURS : un grenier nostalgique du socialisme » . Tel était le regard porté sur nous. Un clin d‘oeil sympathique, dans la conclusion : « Onze ans après sa fondation, l’OURS s’est créé un public fidèle et motivé, mais restreint (un peu plus de mille abonnés). L’étude d’une doctrine, en l’occurrence socialiste, n’a jamais fait de mal à personne. Il y en a même qui y trouvent leur bonheur. » Quand la presse socialiste évoque l’OURS à la même époque, c’est pour souligner que nous existons toujours. Ainsi, le Rappel du Morbihan, en juillet 1980, sous le titre : « L’OURS n’est pas mort ! ». Ce journal montre tout le chemin qu’il nous reste à parcourir : « Faire connaître l’OURS aux camarades, c’est l’espoir pour tous les chercheurs d’avoir enfin un instrument de travail sur le passé socialiste et ainsi de mieux comprendre le présent… » Nos efforts d’ouverture semblent porter leurs fruits, certes avec des résultats minces. En janvier 1984, l’OURS participe à l’émission « Tribune libre » sur FR3. Adrien Spinetta, Christian Byk et moi sommes interviewés par Philippe Alexandre, alors à RTL. Le quinzième anniversaire de l’OURS, en 1984, nous offre l’occasion de faire un peu parler de nous : quelques lignes dans PS Info – une novation – et un article sympathique de Jacques-Arnaud Penent dans En Jeu, la revue du CERES. Dans le cadre de cet anniversaire, nous sortons une plaquette bilans et perspectives, et nous réalisons un film sur l’OURS, avec l’appui de Claude Fuzier, en sa qualité de maire de Bondy.

 

UNE NOUVELLE ETAPE, AVEC CLAUDE FUZIER

Début 1988, l’OURS est confronté à l’état de santé d’Adrien Spinetta, hospitalisé depuis plusieurs semaines. Le Bureau de l’OURS du 22 mars organise l’intérim : Jacques Dubois est chargé des finances, Claude Fuzier – vice-président – des « décisions politiques engageant l’OURS », en liaison avec Michel Cépède. Claude Fuzier se voit d’autre part confier la responsabilité de rédiger à l’avenir les éditoriaux de l’OURS.

 

A la fin de cette même année 1988, Michel Cépède décède des suites d’une longue maladie. Le conseil d’administration du 13 décembre 1988 rend hommage à sa mémoire. A cette même réunion, Adrien Spinetta décide de renoncer à la présidence de l’OURS, pour raisons de santé.

Pour le remplacement du secrétaire général, Adrien Spinetta, au vu du compte rendu du conseil « brosse le portrait du secrétaire général qui devrait succéder à Michel Cépède, et rappelle le rôle joué par Denis Cépède, ancien secrétaire général. Son choix personnel se porte sur Henri Cerclier pour une continuité dans la voie tracée par ses prédécesseurs. »

Décision est prise d’élire un nouveau président et le secrétaire général à la prochaine réunion du conseil d’administration, qui se tient le 17 janvier 1989. Claude Fuzier et Henri Cerclier sont élus respectivement président et secrétaire général de l’OURS. Henri Cerclier anime nos réunions du mardi, et publie chaque mois son « mot du secrétaire général » . Moins homme de parti que ses prédécesseurs, il est un militant, mais surtout au sens philosophique du terme.

 

Avec Claude Fuzier, présenté depuis des décennies comme un fidèle de Guy Mollet, l’OURS revient à une certaine tradition. Pour autant, nous ne retrouvons pas la phase très politique des années soixante-dix. Claude Fuzier, d’ailleurs, dans ses articles, n’évoque jamais ou presque la politique immédiate. En même temps, se continue cependant l’ouverture de l’OURS vers de nouvelles générations, démarche initiée par Adrien Spinetta. De plus en plus de chercheurs, attirés par les richesses de l’OURS, nous rejoignent, et s’investissent même dans la vie de l’Office. Ils n’ont pas connu les combats du passé. Pour autant, ils s’inscrivent naturellement dans un certain esprit maison, en toute liberté. D’autres jeunes nous rejoignent aussi, sans doute pas universitaires, eux plus attirés par les débats sur les questions de société que par l’histoire.

 

L’OURS continue son chemin, et aborde en 1989 son vingtième anniversaire. Dans un numéro spécial du Journal, en mai, nous reproduisons des extraits d’articles qui ont émaillé nos publications depuis 20 ans, autour de quelques thèmes : doctrine, Europe, URSS, quart monde, Marx, Beaubourg, etc. Il n’y a pas de quoi rougir de honte, à la (re)lecture de ces textes, comme l’écrit Claude Fuzier dans son éditorial :

 

« Certains crurent que rue de Lille allait s’installer un musée poussiéreux, géré par des conservateurs désuets et relativement sympathiques. Les quelques lignes que nous reproduisons dans ce numéro du vingtième anniversaire répondent. Qui, au cours des vingt années écoulées, a aussi aisément cassé les idoles, démasqué le superficiel ou la mode et, en somme, remis à plat tout ce qui fait notre raison d’être ?

Bien sûr, en ces temps de médiatisation, nos audaces n’ont pas été des ‘coups’. Qu’on soit rassuré, elles ne le seront pas plus demain qu’hier. Nos fondateurs nous ont appris que le fond avait plus d’importance que la forme, que la modestie devant le savoir, le scrupule devant la recherche, l’indépendance de l’esprit et l’indifférence à l’égard des idoles répondent à l’idée que nous nous faisons de l’homme nouveau tel que l’idéal socialiste peut le faire naître. »

 

Ce vingtième anniversaire, nous le fêtons à Bondy, au cours d’une assemblée générale spéciale, agrémentée d’une braderie de vieux livres, et d’une ouverture vers les associations avec lesquelles nous entretenons des relations d’amitié, en leur offrant un stand pour présenter leurs publications. Egalement, nous projetons quelques vieux films, extraits de nos archives.

Quelques journaux (ainsi, Libération, avec un titre branché : « La SFIO en séance revival » ) relaient cette initiative. Mais force est de constater que la presse continue de nous ignorer, quand elle ne nous caricature pas. On le voit en juin 1990, quand Danièle Molho publie dans l’hebdomadaire le Point une page consacrée au Parti socialiste, sous le titre « Big bang dans le Parti socialiste ». Elle présente les « 23 satellites (qui) composent la galaxie socialiste », et consacre quelques lignes expéditives au « très poussiéreux Office universitaire de recherche socialiste, créé en son temps par Guy Mollet. Mais il y a belle lurette que les nouvelles vagues socialistes ne se contentent plus des études de l’OURS. »

 

Claude Fuzier prend sa plume :

« (…) je serais heureux de vous recevoir à l’Office, pour vous montrer ce qu’il est, et ce qu’il n’est pas. Je résume : il est un organisme strictement scientifique, se consacrant essentiellement à l’étude historique du mouvement socialiste français et au rassemblement des archives dudit mouvement. Il n’est donc pas un club de pensée à l’intérieur du Parti socialiste, ni même en marge de celui-ci. (…) Bien entendu, nous sommes ‘plutôt’ socialistes et nous n’ignorons pas l’actualité. Mais au-delà de nos opinions personnelles, nous l’abordons en cherchant à donner la parole aux acteurs et sans porter de jugement sur ce qu’ils disent. »

 

Les travaux de l’OURS continuent cependant, certes sous une forme classique. Nous organisons ainsi en 1990 une table ronde sur le soixante-dixième anniversaire du congrès de Tours, avec la participation de Louis Mexandeau et Jacques Girault. Nous choisissons à cette occasion d’évoquer les années 1918-1920, c’est-à-dire l’avant-Tours, pour mieux comprendre le contexte dans lequel s’est exprimé le choix des militants en décembre 1920. Nous avons consacré un Cahier à la reproduction de cette rencontre, publiant aussi les réponses reçues à deux questions sur l’anniversaire du congrès de Tours posées à certaines personnalités, Claude Estier, Laurent Fabius, Pierre Mauroy, Jean Poperen, Michel Rocard, et à deux journalistes, Colette Ysmal et Dominique Gerbaud (17).

 

Nous prenons parfois de nouvelles directions. C’est ainsi que l’Office et l’AFSL (Action fédéraliste – Socialisme et liberté) tiennent ensemble une journée de travail en juin 1991, sur le thème suivant : « Dialogue social européen » . Cette rencontre, due à l’initiative de Maurice Braud, réunit entre autres Jean-Paul Bachy et Marie-Claude Vayssade.

 

La vie à l’OURS réserve parfois aussi certaines surprises, surtout quand on s’intéresse à nos richesses. Ainsi, autour du congrès d’Épinay. En 1990, le PS nous contacte, pour nous demander un service. La sténotypie de ce congrès fondateur pour les socialistes a disparu des archives du Parti ! Nous acceptons bien volontiers de prêter l’exemplaire consultable à l’OURS – celui de Guy Mollet… – pour en assurer la reproduction. Nous n’en avions pas fini avec ce congrès. En 1991 nous sommes à l’initiative d’une publication pour le vingtième anniversaire du congrès d’Épinay ! Les « poussiéreux » molletistes livrent un Cahier et Revue de l’OURS entièrement consacré à cette page d’histoire socialiste, dont pourtant ils apparaissaient comme les « vaincus ». Nous sommes les seuls à avoir commémoré cet anniversaire, en livrant au plus grand nombre un document historique : de larges extraits de la sténotypie, les principales motions, les résultats chiffrés du congrès. Présentant cette réalisation, Claude Fuzier écrit dans son avant-propos : « Il reste que le lecteur, la mémoire rafraîchie par ce qu’il aura lu des journées d’Épinay, pourra célébrer l’événement en meilleure connaissance de cause. Car l’histoire vivante ne se confond pas avec les commémorations. » (18)

 

Un peu plus tard, nous organisons un débat avec l’historien Daniel Lindenberg sur les années souterraines 1937-1947, à partir d’un livre qu’il venait de publier, bousculant bien des idées reçues tant sur Vichy que sur la Résistance (19). Toutes ces rencontres – Jacques Girault-Louis Mexandeau, Daniel Lindenberg – se tiennent à l’occasion de nos assemblées générales statutaires.

 

NOUVELLES ADAPTATIONS DE L’OURS

Avec le début des années quatre-vingt-dix, l’OURS réfléchit à l’organisation de son travail, mais aussi à son avenir. Nous tenons par exemple à Bondy en octobre 1990, une réunion de travail sur une journée. Au vu du compte rendu, Claude Fuzier ouvre ainsi les débats :

« Il estime que nous devons à la fois survivre et nous développer.

Une génération disparaît, ou approche de la disparition, celle des fondateurs de l’OURS.

(…) L’OURS n’est pas politiquement neutre. Ne pas oublier notre « manifeste » , qui définit une orientation politique, une image du socialisme. Il faut que nous confrontions ce manifeste avec le monde qui nous environne. Il constate que ce point de notre action s’est estompé.

Il estime que nous devons constater dans nos activités un manque devant les questions de société. Nous avons été silencieux à ce propos.

(…) Il estime enfin qu’un socialiste doit être le contraire d’un orthodoxe, doit être un perturbateur. Il faut troubler l’ordre établi des mentalités. »

En conclusion, il lance : « On a besoin de nous : démontrons-le ». Depuis sa création, mais plus encore au fil des décennies, l’OURS a été confronté au même problème.

Dans son rapport de 1990, Claude Fuzier a fait référence à une génération qui disparaissait. On le mesure dans les années suivantes. A notre assemblée générale du 4 avril 1992, Henri Cerclier déclare qu’il souhaite être relevé de son poste de secrétaire général : je le remplace, et Maurice Braud devient secrétaire général adjoint. Un an plus tard, en juin 1993, Jacques Dubois, se retire du poste de trésorier. Jean-Michel Reynaud prend sa succession. Bientôt, Suzanne Mollet se retire elle aussi.

Nous procédons aussi à un renouvellement de nos publications, après de nombreux débats. Une nouvelle formule des Cahiers sort en 1994. Nous publierons trois numéros, alternant comme à l’accoutumée thèmes historiques et contemporains. Mais nous devrons arrêter cette publication fin 1994, pour des raisons financières, et nous concentrerons sur l’OURS mensuel, qui devient désormais notre seule publication. Force est de constater que cette période est difficile pour l’OURS, notamment au niveau du nombre des abonnés et adhérents. Beaucoup d’entre eux nous quittent, faute de pouvoir disposer d’une revue leur apportant plus qu’un journal de seize pages.

Même si le renom de l’OURS s’accroît dans les milieux universitaires, même si notre bibliothèque est devenue un lieu incontournable (20), cela ne suffit pas, et nous payons notre solitude. Depuis plusieurs années déjà, nous mesurons combien le Parti socialiste a changé, comme nous d’ailleurs. L’ostracisme des années soixante-dix n’est plus de mise. Au fil des années, par nos richesses, nous avons été amenés à pallier certaines insuffisances du Parti socialiste dans le domaine des archives et de la constitution d’une bibliothèque digne de ce nom. Chacun d’entre nous est désormais conscient que le Parti socialiste nous connaît, nous respecte désormais. Notre assemblée générale de novembre 1996 à Alfortville (21) procède au renouvellement de son conseil d’administration. Trois nouveaux membres nous rejoignent : Jean-Pierre Yonnet, militant syndicaliste, Alain Bergounioux et Pierre Guidoni, membres de la direction du Parti socialiste. Comme je l’ai écrit dans l’OURS de septembre-octobre 1996, « ces entrées, après celles effectuées depuis plusieurs années, traduisent notre volonté de rajeunissement et d’ouverture en direction d’hommes et de femmes moins liés à l’histoire de notre Office et à son fondateur, Guy Mollet, mais qui participent à nos travaux depuis des années. Ils partagent l’ambition qui est la notre de réfléchir en socialistes aux données nouvelles de notre temps, indépendamment des débats des organisations politiques qui ne sont et ne seront jamais du ressort de notre office. »

 

Claude Fuzier, de plus en plus handicapé par la maladie, malheureusement, n’a pas pu participer à cette assemblée générale d’Alfortville. Mais je l’ai préparée avec lui. Quelques mois plus tard, le 22 janvier 1997, il décède. Ces dernières années, il avait été touché à plusieurs reprises par la maladie, et son état de santé s’était dégradé, rendant tout déplacement difficile. Mais il suivait de très près les activités de l’office, et nous livrait chaque mois son éditorial – certes avec du retard, mais cela aussi c’était Claude Fuzier ! – apprécié par tous. Il est symbolique que son dernier texte, relu quelques heures avant son décès, ait été consacré à l’avenir des socialistes…

Avec lui, nous avons perdu un ami, un homme de culture, un des fondateurs de l’OURS, qui avait toujours voulu que l’Office, espace de liberté et de réflexion, s’ancrant dans le passé pour mieux préparer l’avenir, puisse remplir un vide dans le mouvement socialiste.

Avec lui, nous réfléchissions depuis des années à l’OURS et à son avenir, convaincus que nous étions d’être arrivés à un moment de notre histoire où nous ne pouvions plus vivre seuls, alors que chacun à l’extérieur de l’OURS connaissait notre place et notre rôle (22).

Notre conseil d’administration s’est réuni quelques jours après son décès. Nous avons décidé de nous ouvrir, en toute conscience et en toute liberté, dans la ligne de ce qui avait été initié depuis plusieurs mois déjà, et de nous tourner vers la famille socialiste, notre famille, en sachant ce que nous pourrions apporter à cette famille, en sachant aussi que nous serions respectés. A l’unanimité , le conseil d’administration a choisi comme successeur à Claude Fuzier, au poste de président, Pierre Guidoni, ancien secrétaire national des Étudiants socialistes SFIO qui, entre autres responsabilités importantes, est secrétaire national du Parti socialiste aux relations internationales.

Un nouvelle étape de l’OURS s’est alors ouverte.

Denis Lefebvre

 

Notes

(1) Les résultats du scrutin seront désastreux. Gaston Defferre obtient 5,0% des voix, quatre fois moins que le candidat communiste Jacques Duclos.

(2) Pour un développement plus précis sur cette période, se reporter à l’ensemble du Bulletin du Centre Guy Mollet n°29, 1997 qui a publié un dossier complet, « Vers le nouveau parti socialiste ».

(3) Gilles Perrault, La longue traque, Jean-Claude Lattès, 1975.

(4) Guy Mollet refusera de transférer à l’OURS les archives de la SFIO, malgré les conseils de certains de ses amis. Il voyait par ce geste la continuité du socialisme. Un tel comportement mérite d’être médité au regard de ce qui s’est déroulé après le congrès d’Épinay, et de nombreuses années après…

(5) Cf. mes études parues dans le n°22 (décembre 1993) du Bulletin du Centre Guy Mollet, «Un parti pur et dur, Guy Mollet, 1963 », et dans le n°2-1994 du Cahier et revue de l’OURS, « La galaxie Defferre dans les années soixante ».

(6) A l’époque, sans doute sous l’influence de Guy Mollet, des personnalités extérieures à l’OURS s’expriment dans nos colonnes. On trouve par exemple dans le n°4 (octobre) du Journal un article de François Perroux, professeur au Collège de France, « Profit, pourquoi ? Pour qui ? » Denis Cépède y répond dans un numéro suivant, utilisant son pseudonyme de Paul Lavergne, qui reviendra ensuite très souvent dans nos colonnes.

(7) Très régulièrement, par exemple à l’occasion de la participation de l’OURS à des congrès socialistes, nous voyons arriver vers notre stand des délégués – autrefois du CERES ou proches des idées de Jean Poperen – qui nous disent avoir été membres de l’OURS des débuts, pour le débat, avant de nous quitter ensuite.

(8) Né en 1922, ancien professeur au lycée d’Arras, Pierre Herbaut a été un des proches collaborateurs de Guy Mollet à la Cité Malesherbes : membre du comité directeur, du bureau du Parti, puis secrétaire général adjoint de la SFIO, un temps directeur politique du Populaire de Paris, et du Populaire Dimanche. Il est décédé en 1970.

(9) Guy Mollet épousera Suzanne Le Corre en juillet 1975, quelques mois avant de décéder.

(10) Sur l’ambiance à l’OURS à cette époque, et sur le rôle de Guy Mollet, se reporter à l’article de Pierre Cousteix, « Brefs souvenirs concernant l’OURS », paru dans le Cahier et revue de l’OURS n°101, juin-juillet 1969, pp. 38-40.

(11) Sur Pierre Rimbert, se reporter au Cahier et revue de l’OURS d’hommages publié en 1992, « Pierre Rimbert 1909-1991. Une vie pour le mouvement ouvrier » (n°208, novembre-décembre 1992).

(12) Les n°23, et 24-25, parus en octobre et novembre-décembre 1971. A signaler que l’OURS avait précédé ces rencontres par la publication d’un Cahier consacré à « La Commune par les documents » (n°20, mai 1971), et qu’il reviendra en 1980 sur la Commune en publiant un Cahier et Revue intitulé « La Commune de Paris vue à travers ses procès-verbaux » (n°110, mai 1980), s’inspirant des travaux publiés autrefois par Georges Bourgin et Gabriel Henriot.

(13) Un premier numéro de la Bataille socialiste, sorte de « numéro 0 », a été publié en février 1971 par Jacques Fleury.

(14) Dans un même registre, la création après 1975 de la Fondation Guy Mollet (devenue ensuite Centre Guy Mollet) avec le lancement d’un bulletin contribuera à dissocier l’OURS de la mémoire de l’ancien président du Conseil, là aussi pour lever toute ambiguïté.

(15) Ce colloque prenait comme point de départ la création, en 1879, du premier parti socialiste en France.

(16) Nous lui rendrons hommage dans un Cahier spécial, « Denis Cépède à l’OURS (1969-1981) », florilège de ses écrits établi par Henri Cerclier (n°136, décembre 1982).

(17) Cf. L’OURS cahier et revue n°196 (novembre-décembre 1990)

(18) Dans le cadre de la commémoration du 25e anniversaire d’Épinay, nous avons lancé ensuite, en liaison avec la Fondation Jean Jaurès, un projet d’édition de l’intégralité des actes du congrès, qui aurait été précédée par la reproduction d’une table ronde réunissant certains survivants. Ce projet n’a pu être mené à bien.

(19) Cf. L’OURS cahier et revue, n°203, janvier-février 1992.

(20) Au fil des années, de plus en plus de chercheurs trouvent le chemin de l’OURS, pour bénéficier des richesses accumulées, soit individuellement, soit collectivement, dans le cadre de la préparation de colloques. Nous en avons mesuré l’une des premières manifestations à l’occasion du colloque Guy Mollet, qui s’est tenu à Lille en octobre 1986. Ce phénomène s’est accentué au fil des années.

(21) Maintenant la tradition, nous avons organisé à l’occasion de cette assemblée générale une table ronde consacrée à la Guerre d’Espagne et aux Brigades internationales, animée par Rémi Skouteslky, avec la participation d’Antoine Blanca et Pierre Guidoni.

(22) Nous avons rendu hommage à Claude Fuzier dès le mois de février, « à chaud , en publiant un numéro spécial de notre Journal, reproduisant les témoignages d’un certain nombre d’amis : Pierre Guidoni, Jacques Fleury, Antoine Blanca, Claude Estier, etc. Quelques mois plus tard, le Centre Guy Mollet consacrera à sa mémoire un numéro de son bulletin, avec une esquisse biographique de ce socialiste atypique, et la reproduction de certains de ses articles (n° 30, décembre 1997).