jeudi 5 août 2021
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Le roman de la faim par Sylvain Boulouque

Il faut saluer le choix courageux des éditions Les lapidaires, un nouvel éditeur (1) qui publie ce texte ardu et dur de Sergueï Semionov (1893-1942), un écrivain officiel du régime soviétique. A propos de Sergueï Semionov, La Faim. Roman-journal intime, traduction de Paul Lequesne, Les Lapidaires, 2021, 211 p, 16€

Né en 1893, jeune écrivain révolutionnaire, Sergueï Semionov a participé aux combats dans l’Armée rouge. Il sera tué sur le Front, en 1942, pendant la Grande guerre patriotique. Quand il écrit La Faim, il n’est pas encore un écrivain prolétarien. Natalya Tarpova, son roman réaliste le plus connu, dans lequel il raconte la vie quotidienne des cadres communistes tiraillés entre le goût bourgeois et l’appartenance de classe, n’a pas encore été publié : il le sera en deux volumes en 1927 et 1930.
La Faim (1922) décrit la disette qui touche Petrograd en 1919. Le personnage central, la diariste Feïa, est une jeune femme qui adore sa ville et décrit le mal qui la frappe. Elle raconte son quotidien selon une forme littéraire destinée d’emblée à être publiée. La ville n’est pas qu’un arrière-plan, elle est aussi un des principaux personnages du récit, discret mais important, pour la construction du livre. L’écrivain pétersbourgeois aime décrire ses canaux, ses passages, ses immeubles, ses appartements. Troisième personnage central : la faim. Non seulement elle ronge les corps mais elle détruit les esprits. Les hommes sont prêts à s’entredéchirer pour quelques quignons de pain, des betteraves ou des pommes de terre pourries. Le réalisme de l’écriture donne aux cartes d’alimentation comme à la moindre portion de nourriture une place centrale. Enfin, la faim revient comme une obsession, tellement elle empêche la famille et la diariste de faire autre chose que d’y penser.
On ne sait pas si l’ouvrage a été utilisé dans des buts propagandistes par la suite. La famine de 1922 est en grande partie de la responsabilité du pouvoir. Toujours est-il que le texte est une remarquable mise en perspective de ce mal.

Sylvain Boulouque

(1) Les Lapidaires viennent également de publier Pantruche les mémoires d’un truand, récit truculent de Fernand Trignol préfacé par Jean Gabin…

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