samedi 24 février 2024
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Théâtre : Grand Reporterre # 9. , Brèves des planches, par André Robert

Il faut saluer, à l’occasion de cette performance, l’initiative du très vivant théâtre lyonnais du Point du Jour qui, deux fois par saison depuis 2020, propose à des artistes et journalistes de « mettre en pièce » l’actualité (pour exemples : Désobéissance civile, Cyberféminisme, Ecologie et énergie, La fabrique de la domination, Mémoires pour l’égalité et contre le racisme).

Cette fois, grâce à la collaboration de la metteuse en scène Angélique Clairand et de la journaliste du Monde AfriqueCoumba Kane, et de deux comédiens (Quentin Alberts, Kadiatou Camara), c’est le système de la Françafrique qui, dans une rétrospective brève mais efficace (préparée en 5 jours seulement!) de De Gaulle à Macron, est mis en pièces. C’est percutant, drôle et, même si cela reste à la surface des mécanismes politiques(durée : 1 h 15 avant quelques échanges avec la salle), critique et informatif. Rendez-vous au prochain Grand Reporterre à l’automne.

S’inspirant de la nouvelle de Zola La mort d’Olivier Bécaille (qui raconte comment le héros tombé en catalepsie, tenu pour mort, et enterré, réussit à s’extirper du tombeau pour revivre), l’auteur et metteur en scène J.-B. Patricot en a offert à l’excellent comédien Bertrand Skol une transfiguration aux résonances intimes dans la vie de chacun des deux hommes.

Mis en face de ce qu’il croit être la Near Death Experience du narrateur, c’est en fait à une autre signification de celle-ci que le spectateur est confronté : l’expérience de la mort de l’aimée et l’épreuve ultime du sens qui s’ensuit. Beau travail musical d’Olivier Mellano et sur les lumières de Johanna Legrand. Durée : 1h15. A 21 h., jusqu’au 24 mars.

Le chapeau, encore et toujours (depuis 1851 !). A la différence de la récente version Françon finalement très, trop, conventionnelle, la compagnie de l’Eternel été (drivée par Emmanuel Besnault et Benoît Gruel) a choisi de réduire en miettes le texte de Labiche (d’ailleurs pas extraordinaire), n’en gardant que la trame (chapeau mâché par un cheval, et compromettant l’honneur d’une femme mariée – il faut le chapeau !) et quelques répliques-cultes (« Mon gendre, tout est rompu »). Il fallait oser un décor façon « grand paradis blanc » parsemé de nounours et de matelas moelleux, oser dynamiter l’intrigue pour nous propulser dans un grand délire onirique et burlesque entraînant notre jubilation à participer à une bataille de peluches, à aimer revoir des bébés à la Jean-Christophe Averty, à communier avec la formidable énergie déployée par les cinq comédiens. Un parangon de ce qu’est la créativité théâtrale ! Durée : 1 h 15. A 19h., du mardi au samedi jusqu’au 17 mars.

Selon un mode d’écriture déjà remarquablement mis en œuvre dans sa Réunification des deux Corées (suite de variations sur un thème, dont on perçoit seulement peu à peu les liens tissés), Joël Pommerat s’empare ici du thème central de l’humanisation de plus en plus sophistiquée des robots (« personnes artificielles ») désormais dotés de capacités sensibles. Toutes les saynètes enchaînées y font allusion, plus ou moins directement, de manière plus ou moins drôle ou émouvante, sinon glaçante, toujours dans une forme théâtrale admirablement réussie. Sur ce thème se greffent en permanence les problématiques du genre, des relations ados-parents, du machisme. Le tout est magnifiquement servi par un ensemble de jeunes comédiennes bluffantes se faisant passer pour des gamines ou des gamins ou … des robots. De la fonction de critique sociale du théâtre exercée à son plus haut niveau. Durée : 1h50. A 20h30, jusqu’au 31 mars.

Sans incarner d’emblée la grande figure du socialisme, l’initiateur, co-auteur et interprète Patrick Bonnel se met dans la peau de Jean-Patrick, comédien d’un certain âge, en difficulté (et par là en questionnement sur la marche du monde), qui rencontre fantasmatiquement Jaurès et entre en dialogue avec lui. S’il ne s’agit donc pas d’une reconstitution frontale et immédiate, c’est plus subtil : Jaurès s’installe en lui à la mesure de son talent de comédien selon la définition de Jouvet (« celui qui est habité par un personnage »), ce qui nous vaut – à la fin – des incarnations poignantes à travers quelques grands derniers discours restitués, Lyon Vaise le 25 juillet 14, Bruxelles le 29. Alors que Patrick Bonnel a quitté le costume et la perruque un moment endossés, cela s’achève par le vibrant discours à la jeunesse de 1903, témoignant tout à la fois l’actualité de Jaurès et le rôle éminent du théâtre dans la critique sociale quand il est porté par des artistes comme les deux auteurs et leur équipe technique. https://www.essaion-theatre.com/spectacle/1050_looking-for-jaures.html

Septième volet d’une cartographie de l’Anthropocène entreprise depuis 2010 par F. Ferrer, auteur, metteur en scène, acteur, géographe (après notamment A la recherche des canards perdus ou Pôle Nord), ce Problème Lapin se présente comme une conférence sur le lapin (Oryctolagus cuniculus) prononcée par lui-même et sa complice, Hélène Schwarz. C’est un mélange savoureux de savoirs vrais, scientifiques et historiques (on y découvre des faits étonnants), et de dérapages verbaux hilarants tirant vers le nonsense à l’anglaise. On rit beaucoup mais, mine de rien, le spectacle porte un message écologique traversé d’interrogations plus que de réponses, montrant la complexité des problèmes liés à l’Anthropocène. On peut y courir pour passer un moment très amusant et fort intelligent.
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 27 janvier. Durée : 1h 15.

Hommage à Popeck (88 ans) dont c’était en principe la dernière en ce dernier jour de 2023, même si, comme il le dit, un comédien ne doit jamais dire « fontaine … ». Un humour yiddish jamais refermé sur lui-même, souvent touchant même s’il ne s’interdit pas quelques plus gros traits, un hommage – au passage – à Devos et à Brassens ; à côté de quelques nouveaux sketchs, une reprise de standards comme les caleçons molletonnés et la carte du restaurant … A défaut du spectacle vivant, un DVD « C’est la dernière fois ».

La magie du lieu fait toujours son effet quand on pénètre dans les salles en bois du théâtre Zingaro à Aubervilliers et qu’on s’installe dans la salle du spectacle dans le clair-obscur des bougies. Bartabas a conçu un hommage aux femmes persanes et à la dénonciation de leur persécution en Iran sans beaucoup de mots (toutefois quelques beaux poèmes sont dits par des écuyères de toutes tailles et corpulences, sans aucune discrimination) et sur de très belles musiques jouées en direct par un orchestre lui-même féminin. Les mollahs sont raillés sur leurs ânes poussifs, les femmes célébrées sur de magnifiques chevaux avec la complicité desquels elles exécutent des prouesses. Tout est beauté. Théâtre équestre Zingaro, Aubervilliers, 176 av. J. Jaurès, jusqu’au 31 mars 2024. Durée : 1h 40.

Après un début un peu plan-plan, tout bascule avec l’arrivée d’Harpagon, en la personne d’un Olivier Broche absolument survolté, qui fait tantôt rire tantôt peur (vraiment) ; bref, il est formidable au sens ancien de ce qualificatif. Pari réussi pour Olivier Lopez (cie La Cité Théâtre) : sa mise en scène fait bien émerger ce qu’il estime à juste titre être au coeur de la pièce, l’intense conflit des générations. Remarquons au passage, sans offenser ses autres partenaires, un Cléante, fils de l’avare, tout à fait étonnant (Gabriel Gillotte, promis à un bel avenir). A voir désormais au Havre (le Volcan), à la MC de Nevers, au Carré de Château-Gontier, au Gallia de Saintes, à la Cidrerie de Beuzeville, au théâtre des Halles d’Avignon, au théâtre du Briançonnais, puis aux Deux rives de Charenton-le-Pont. Durée : 2 h. 10.

Sur la très belle traduction de Jean-Michel Desprats, Christophe Rauck nous livre un Richard II d’une grande modernité théâtrale, jamais gratuite et parfaitement maîtrisée. Tout concourt à la réussite : jeux des ombres et lumières superbement travaillées, renouvellement du combat d’épées, partie musicale au violoncelle, utilisation pertinente d’une vidéo de vagues menaçantes inspirée d’Ange Leccia … Dans le rôle-titre, Micha Lescot confirme lui aussi toute la modernité de son jeu et la plasticité de son corps, par où passe sa relation au pouvoir, un temps possédé puis irrémédiablement perdu ; toute la troupe très homogène est à saluer.

A voir au Théâtre des Amandiers-Nanterre du 2 au 22 décembre 2023, du mardi au vendredi à 19h 30, le samedi à 18 h, le dimanche à 15 h. Durée : 3 h. avec entracte.

Labiche (1815-1888) est un vaudevilliste nettement inférieur à Feydeau (1862-1921), c’est entendu. Un de nos plus grands metteurs en scène vivants, Alain Françon, s’empare de ce texte pour en faire un spectacle « de qualité », accompagné musicalement par le groupe Feu Chatterton. Il faut cependant attendre le cinquième et dernier acte pour retrouver vraiment la patte du maître, celui qui nous avait tant éblouis avec sa Cerisaie et plus récemment sa merveilleuse Seconde surprise de l’amour. Théâtre de la Porte Saint-Martin jusqu’au 31 décembre. Durée : 2 h.

Théâtre de la Porte Saint-Martin jusqu’au 31 décembre. Durée : 2 h.

Ruy Blas, de Victor Hugo, vu à L’épée de bois le dimanche 19 novembre 2023

Dans cette mise en scène d’Olivier Mellor (Compagnie du Berger), on se laisse constamment emporter par la puissance du verbe hugolien, même si le traitement des scènes nous a paru inégal. Les deux derniers actes sont très réussis ; mentions spéciales à Don César de Bazan (Rémi Pous), Don Salluste (Stephen Szekely) et Ruy Blas soi-même (Emmanuel Bordier).

Du 16 novembre au 3 décembre 2023. Jeudi, vendredi et samedi à 21 h, dimanche à 16 h 30.
Théâtre de l’Épée de Bois, Salle en pierre, La cartoucherie, Paris 12e.

Du 8 novembre 2023 au 7 janvier 2024, à 19 h du mardi au samedi, à 16 h le dimanche (deux fois 3 pièces, au choix)

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