lundi 3 octobre 2022
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La culture écologique, nouvelle nature de l’homme, par SARAH KERRICH

Pierre Charbonnier a une ambition : prodiguer une culture écologique au même titre que la matière historique, scientifique, littéraire ou artistique que l’on enseigne à l’école. Et comme toute matière doit se doter d’un bon manuel, le sien, sobrement intitulé du même nom que l’ambition qu’il se donne, se veut être une référence en la matière. (a/s de Pierre Charbonnier, Culture écologique, Sciences Po Les Presses, 2022, 343p, 19€)

Ambition démesurée ou simple mesure de bon sens que tout ministre de l’Éducation nationale, y compris les plus récemment nommés, devrait mettre en œuvre sans tarder ? On penche pour la deuxième option tant son manuel, qui alterne de manière didactique savoirs techniques et réflexions sur l’histoire et la politique, nous semble être l’outil pertinent pour aborder la matière.

Pédagogie
Divisé en huit chapitres (La terre le vivant la technique, la nature domestiquée, l’invention de la nature, le capitalisme et ses limites, les critiques du progrès, les chemins de l’écologisme, l’économie du changement climatique, la réinvention de la société) et une conclusion qui tire un enseignement général, Culture écologique se fixe comme objectif de « porter à la connaissance du plus grand nombre les débats qui organisent aujourd’hui la question écologique » en mobilisant la sociologie, l’histoire, la géographie, l’économie, mais aussi la philosophie ou l’anthropologie.

C’est un pari parfois long, souvent technique mais plutôt réussi que nous livre cet ouvrage. Les quatre premiers chapitres nous narrent le long développement de l’Homme et des sociétés modernes de l’émergence de l’Homo sapiens jusqu’à la conquête du Wild West. Pierre Charbonnier nous rappelle que le dérangement que l’Homme provoque sur la nature est antérieur au développement des technologies industrielles. Il date du processus de « défaunation » présent dès le paléolithique. La domestication de la nature viendra achever ces premières grandes tensions au sein de la relation du vivant. 

Ces développements historiques sont souvent ponctués de détails ethnographiques et techniques et de planches graphiques peu connus du grand public, y compris des militants souvent habitués aux discours de l’écologie politique.

Les contradictions du capitalisme
Les chapitres pointant les limites du capitalisme jusqu’aux chemins de l’écologie portent une critique plus habituelle pour les lecteurs avertis, mais qu’il est de bon ton de rappeler. Le capitalisme porte en lui des contradictions internes, matérielles, écologiques et spatiales qu’il est impossible de résoudre sans sortir de son cadre. En écho à la violence de celui-ci, Pierre Charbonnier nous remémore les pionniers des luttes environnementales, telle la naissance du World Wildlife Fund jusqu’à l’environnementalisme partisan.

Les développements finaux sont sans doute les plus intéressants si l’on souhaite finir cette lecture en ayant en main quelques solutions : une fois le constat habilement posé, que faire de cette culture ? L’assimiler comme un legs ou l’utiliser pour changer, une bonne fois pour toute, de modèle ? Pierre Charbonnier nous livre des pistes pour l’avenir : la manifestation de la cause animale, l’intersectionnalité des causes avec l’écoféminisme et le green new sont ici des théories posées comme faisant de la crise écologique la centralité des politiques futures. La culture est ici notre nouvelle nature.

Sarah Kerrich
Article paru dans L’ours 519, juin 2022.

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