L’OURS signale : L’Or de France, Tibéry, Lefebvre, Pécau… l’intégrale

Signalons la réédition en seul volume de la bande dessinée L’Or de France de Tibery, réalisée en 2012 d’après un scénario de Denis Lefebvre et Jean-Pierre Pécau. L’album, rappelle comment, au lendemain de la défaite de juin 1940, la France a caché une partie de son or en Martinique  et l’a protégé des convoitises de truands mais aussi des Anglais et des Américains. Cette BD est complétée d’un dossier historique inédit de 14 pages.  Relire ici l’article de Vincent Duclert dans « l’actu des bulles » à l’occasion de la sortie du volume 2.

L’Actu des bulles, par Vincent Duclert: L’or sous les tropiques
Tibéry, Lefebvre, Pécau, L’Or de France, T2. 12 milliards sous les tropiques, Le Lombard, 2012, 56 p, 14,45 €
Article paru dans l’OURS 420 (2012)
Denis Lefebvre et Jean-Pierre Pécau sont des scénaristes inspirés. Avec leur complice Tibéry (pour le dessin), ils permettent à la France de récupérer 254 tonnes de pièces d’or et de lingots (représentant douze milliards de francs), le fameux trésor de la Banque de France prestement évacué le 11 juin 1940 par mer, depuis Brest, sur le fleuron de la Royale, L’Émile-Bertin, alors que les troupes allemandes investissaient les faubourgs du port breton. Que l’Élysée et Bercy ne rêvent pas trop quand même, l’or est bien revenu, mais le 10 mars 1946, à Cherbourg, après une villégiature reposante sous les tropiques, sur l’île de la Martinique. Enfin, façon de parler…
Car un tel trésor entreposé dans les entrailles du fort Desaix, durant toute la guerre, a suscité bien des convoitises et d’homériques batailles d’espions. 12 milliards sous les tropiques s’ouvre du reste sur de très belles planches de la plage du Diamant, une nuit de 1941, sur une mer d’huile éclairée par la pleine lune, simplement troublée par la silhouette d’un U-Boat allemand et le sillage d’un canot pneumatique ralliant le rivage. L’agent allemand est accueilli par deux truands au service de la Gestapo, aux trousses de l’or depuis Brest. Sur place, la Martinique est sous administration vichyste, un amiral et 2 000 hommes, mais les gaullistes s’agitent avec leurs réseaux et leurs hommes dont un socialiste et franc-maçon, Maurice des Étages, assisté d’un aventurier de haut vol, Frye, de mèche avec les Américains également très actifs. Les Anglais sont de la partie aussi. Tout ce petit monde se croise et s’affronte sur l’espace clos d’une île sous les tropiques, enclave française dans les Caraïbes où surgissent tels personnages improbables comme Aimé Césaire au milieu d’une incroyable bibliothèque ou André Breton accueilli sur le quai de Fort-de-France par son vieux complice Frye en souvenir d’une amitié espagnole. La guerre des espions (on ne dit pas encore « barbouzes », il faudra attendre Alger en 1960) bat son plein tandis que l’amiral, accroché à sa « neutralité », navigue entre l’Allemagne et les États-Unis, entre les sous-marins allemands en maraude et les croiseurs américains qui font relâche en Martinique. La présence de l’or agite tous les esprits et polarise les imaginations. Frye est à la tête d’une équipe qui s’emploie à creuser un tunnel jusqu’à la salle souterraine du fort, tandis que l’amiral songe à couler l’or en mer, surtout si la menace d’invasion américaine augmente. Le blocus de l’île par la Navy exacerbe les passions locales, les mutineries se succèdent, l’amiral s’apprête à se réfugier sur l’Émile-Bertin au mouillage mais son équipage se révolte à son tour. Quelques jours plus tard, le 14 juillet 1943, l’envoyé du général de Gaulle Henri Hoppenot débarque à Fort-de-France proclamant qu’il ramène « la France et la République », tandis que les Américains exfiltrent l’amiral Robert vers Porto Rico. L’or n’a pas bougé sous la tempête. La Martinique peut retomber dans sa torpeur et ses trafics en tout genre.
Clap de fin pour une série menée à grand train, avec des deux albums aux styles radicalement dissemblables, atlantique pour l’un, tropical pour l’autre, que restituent les couleurs et le trait d’un dessin particulièrement réussi. Quant au scénario et aux dialogues, pédagogiques sans être pédants, alertes et riches, ils donnent l’unité à une histoire française dans la guerre mondiale.
Vincent Duclert