vendredi 17 septembre 2021
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Littérature de combat, par Sylvain Boulouque

Ces deux ouvrages, un récit et un roman, n’ont a priori rien à voir. Mais, au cœur, la boxe, les corps, la sueur, tiennent une place primordiale, comme manière de se raccrocher à la vie. À propos de Jim Tully, Du sang sur la lune, Préface et traduction de l’anglais (États-Unis) par Thierry Beauchamp, Éditions du sonneur, 2021, 424 p, 22€ et de Elsa Vallot, Le corps, le sang, la rage, Hors d’atteinte, 2021, 190 p, 16€

Le premier est le récit de la vie d’un itinérant – un jeune vagabond se distingue d’un hobo dans la mesure où il ne cherche pas de travail –, figure importante dans les romans américains, dont les œuvres de Jim Tully appartiennent aux grands classiques. Le présent volume clôt ses œuvres autobiographiques contant sa vie de trimardeur. 

Né en 1891 de parents irlandais, envoyé à l’orphelinat, Jim le quitte et devient vagabond. Lassé par cette vie de misère, doté d’un certain talent pour le noble art, il devient boxeur professionnel puis se reconvertit dans le journalisme et l’écriture romanesque et scénaristique. 

Du sang sur la lune met donc un terme à la série d’ouvrages appartenant au « cycle des bas-fonds ». L’ouvrage évoque le caractère violent de cette vie de vagabond et de misère dans tous ses aspects, y compris sexuels. La sortie de cette traversée du désert vient de la boxe, transformant ce moyen de survivre en un moyen de vivre : le combat sur le ring est un moyen de sortir de la misère, d’abord dans la confrontation aux autres, ensuite dans le rétablissement physique et, enfin, professionnel de vivre. Tully nous offre de belles pages sur l’effort physique devenu comme une ascèse et le moyen de trouver la force d’écrire, pour notre plus grand plaisir. 

Elsa Vallot pratique le « muay thay »,  la boxe thaïlandaise. Dans ce roman Le corps, le sang, la rage, elle met en scène un (ou une ?) jeune de banlieue qui commence son parcours de « nak muay » (boxeur thaï) et atteint un certain niveau. Si le contexte de violences policières dans les quartiers sensibles  – entre contrôles au faciès et tirs de LBD –  n’est pas forcément la meilleure part du roman, en revanche les pages consacrées aux heures passées dans la salle d’entrainement sont brillantes, forts bien écrites et passionnantes. L’autrice transmet sa passion pour les échanges rugueux dans les salles, les heures d’entraînements codifiées pour progresser, travailler ses coups, ses parades et devenir un boxeur accompli. Une réussite presque totale. 

Sylvain Boulouque

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