Il y a 15 ans, le 13 juin 2000, Pierre Guidoni nous quittait

guidonicouleurIl y a 15 ans, le 13 juin 2000, Pierre Guidoni nous quittait. Né en 1941, diplômé de sciences politiques, militant socialiste depuis 1962, animateur du CERES, député de l’Aude, secrétaire national aux affaires internationales du PS…, il était président de l’Office depuis 1997.

Nous lui avons rendu hommage dans un supplément spécial à notre mensuel L’OURS, téléchargeable ici.

Dans une brochure d’hommage éditée par le Parti socialiste était reproduit un texte de Pierre dans lequel il revenait sur le sens de son engagement socialiste. Nous le republions ci-dessous.

« Mais vous même, de quel lieu parlez-vous ? » Je suis socialiste. Je l’ai toujours été. Je n’ai jamais été que cela. J’ai adhéré à la SFIO en 1962, en un temps où ce n’était pas à la mode. J’aurais pu adhérer plus tôt : mais je m’étais beaucoup battu, comme tant d’autres, pour la paix et l’indépendance de l’Algérie et je ne voulais pas adhérer au parti de Robert Lacoste tant que la guerre durait. Lorsqu’elle fut finie, je n’hésitai pas. Je pensais qu’on ne fait sérieusement de la politique que dans les grands partis et qu’à gauche il n’y avait que deux traditions, celle de Lénine et celle de Jaurès. La plupart de ceux qui m’entouraient avait choisi Lénine et en tiraient, dans des sectes variées, des conséquences diverses. Ils jugeaient extravagant que l’on puisse être socialiste -on disait : “ Social démocrate ” – et s’en gaussaient sans retenue. Dix ans plus tard, ils m’invitaient à goûter les charmes du pluralisme et de la liberté d’expression, qui venaient de leur apparaître. Quinze ans plus tard, ils me conviaient à “ découvrir ” le goulag à travers Soljenistsyne. Vingt ans plus tard, à l’intérieur du PS, ils me donnaient des leçons d’orthodoxie mitterrandiste. Trente ans plus tard, ou presque, ils me reprochaient d’être trop patriote et ne comprenaient pas pourquoi j’étais si attaché à la République. Comment répondre ? L’essentiel, pour moi, c’étaient ces quelques phrases de Jaurès, lues très jeune, et jamais oubliées :

“  Le Socialisme suppose la France : il suppose la République. Et, de même que Blanqui disait à l’heure de l’invasion, avec un admirable cri de détresse, “ que deviendrions-nous si nous n’avions pas de patrie ? ”, nous nous redisons sans cesse “ que deviendrait donc le socialisme s’il n’y avait plus de France ? ” Le parti socialisme ne sera jamais tenté de commettre l’erreur funeste de ceux qui séparent la question sociale de la question politique. Il n’y a de justice sociale que par la liberté républicaine. Défendre la patrie et la République est pour nous le premier article de la Charte socialiste. Ni l’Angleterre, ni l’Allemagne n’ont, dans leur passé, une République démocratique comme celle qui fut proclamée en France en 1792. Au contraire, en France, le seul mot de République, tout plein de rêves grandioses des premières générations républicaines, contient à lui seul toutes les promesses d’égalité fraternelle. Il se peut qu’un jour prochain le vrai parti des républicains, celui qui ne se borne point à accepter la République comme un fait accompli et inévitable, mais comme la force nécessaire du droit, soit amené à se déclarer tout entier parti socialiste républicain. Il se peut que la République française s’appelle bientôt dans le monde une République socialiste. Pour ma part, je le désire et je le crois, car la Révolution française contient le socialisme tout entier. ”

Voilà ce que je crois, et qui est tout simple. Le socle de mes fragiles certitudes. Lorsque j’essaie de penser et d’agir, c’est à partir de là. “ L’égalité fraternelle ”, ce n’est qu’une encore qu’une promesse, je le sais bien. Mais elle est belle et juste, je crois, vaut qu’on s’y dévoue. »

Pierre Guidoni a marqué l’histoire de l’Office et nous ne l’oublions pas.
Au bout de ce lien l’hommage publié en 2000 sur le site de l’Office