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“Où en est le mouvement syndical français ?”, le dossier de recherche socialiste de juin 2020

Suite au mouvement social de l’hiver 2019-2020, le dossier de ce numéro « Où en est le mouvement syndical français ? » entend, comme nous l’avons fait l’an dernier à propos du mouvement des Gilets jaunes, apporter une série de réflexions après les mobilisations sur les retraites notamment, en donnant la parole à des acteurs du (syndicalistes ou non), à des chercheurs et universitaires de diverses disciplines, enfin à des observateurs. Le sommaire et l’avant-propos sont là.

p. 3-Avant-propos, L’Ours

p. 8-Alain Bergounioux, Le hasard et la nécessité

L’événement : Où en est le mouvement syndical français ?
p. 13-Guy Groux, Le temps des incertitudes, le temps de « possibles »
p. 25-Dominique Andolfatto et Dominique Labbé, Quelle est la représentativité du syndicalisme français ?
p. 37-Yves Veyrier, Où en est Force Ouvrière (FO) aujourd’hui ?
p. 51-Dominique Corona, Où en est l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) aujourd’hui ?
p. 63-Frank Georgi, Où en est la Confédération française démocratique du travail (CFDT) aujourd’hui ?
p. 75-Michel Noblecourt, Il était une foi(s) la CGT
p. 91-Michelle Zancarini-Fournel, Des Gilets jaunes, aux retraites et à la recherche : un mouvement social ininterrompu par étapes jusqu’au coronavirus (2018-2020)
p. 103-Rémi Bourguignon, Le syndicalisme dans l’entreprise face à la question du management
p. 113-Henri Rouilleault (dix questions à), Où va la démocratie sociale ?

Notes de lecture
p. 132-Matthieu Tracol, La politique, le syndical et l’entreprise : quelles relations ? (à propos de Le social et le politique, sous la dir. de G. Groux et alii, CNRS édition, 2020)
p. 139-Arthur Delaporte, De quoi la « démocratie sociale » est-elle le nom ? (à propos de Dominique Andolfatto (dir.), La démocratie sociale en tension, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, collection « Espaces politiques », 2018)

Debat : Au temps du Covid-19 : premières réflexions
p. 145-Philippe Quéré, Un exécutif renforcé et un Parlement confiné. Seul dispositif institutionnel adapté pour faire face à une crise majeure ?
p. 161-Jean Mallot, Coronatribune : leçons pour le « monde d’après »

Histoires socialistes
p. 171-Jean-Louis Panné, L’anarchiste et l’avocat socialiste (1936) : Émile Cottin et Maurice Paz
p. 184-Pierre-Emmanuel Guigo, Pro ou militant ? Le rôle de conseiller en communication au PS de 1971 à 1995

In memoriam
p. 196 – Henri Weber

(Pour commander ce numéro,  le bon de commande est au bout de ce lien)

Avant-propos

Mais, en préambule à ce dossier, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur la crise du Covid-19 qui, à notre petite échelle, a perturbé nos activités et la préparation de ce numéro. L’heure n’est évidemment pas aux analyses globales, mais les réflexions que livre ici Alain Bergounioux nous semblent ouvrir des pistes, interpeller tous nos abonnés et lecteurs pour ouvrir entre nous le débat, tout en posant des jalons pour prendre la mesure de que ce qui vient de se passer. Et notamment, en ce qui concerne notre pays, pour envisager les enseignements qui se dégagent sur l’état de notre société (solidarité, économie, justice, politique, démocratie, santé, écologie..). Le débat est ouvert, et déjà Philippe Quéré et Jean Mallot s’en sont saisis dans ce numéro, et nous y prendrons collectivement notre place, avec tous nos lecteurs qui le souhaitent.

L’OURS, le mouvement syndical et le monde du travail

Depuis 50 ans, nos publications ont abordé régulièrement la question syndicale et le monde du travail. Dans l’esprit de nos fondateurs, elle est consusbstantielle au socialisme, aussi naturellement, dans le schéma de travail initial conçu en 1969, « le syndicalisme » constituait une partie de la « réponse socialiste aux problèmes de notre temps ». Plus d’une dizaine de Cahier & Revue de l’Ours ont été publiés entre 1972 et 1980 par un groupe de travail piloté par deux animateurs de l’OURS, Adrien Spinetta et Henri Hornez, ce dernier réalisant en 1985 une série d’études sur « La grève » dans quatre numéros de nos Cahiers. Jacques Dubois et Pierre Rimbert livrèrent régulièrement dans les colonnes de notre mensuel leurs analyses sur l’évolution du monde du travail, de l’entreprise, des négociations salariales. Entre 1989 et 1993, dans le cadre de nos réflexions pour « un nouveau manifeste socialiste », nous avons reçu des représentants de principales centrales syndicales pour une série d’entretiens lors de nos « mardis de l’OURS » : CFDT (Jean-François Troglic), FO (Jean-Claude Mailly et Marc Blondel), FEN (Yannick Simbron), CFE-CGC (Claude Cambus), CFTC (Jean Bornard), CGT (Alain Obadia) donnant la matière à trois numéros de notre revue (192, 200, 212). Dans Recherche socialiste, nous avons poursuivi nos coups de projecteur sur le monde syndical, dans la fonction publique (15, juin 2001), sur les mutations du salariat (20, septembre 2002), sur l’Europe sociale et la CES (26, mars 2004), sur les syndicats et la formation professionnelle continue (36, 2006). Plus récemment, Florent Le Bot a piloté trois dossiers : Le(s) Monde(s) du travail (60-61, 2012), Le travail en relations (66-67, 2014) et Le travail globalisé (72-73, 2015).

Le présent dossier a un objet modeste. Il se propose simplement de faire « un point de situation » sur le syndicalisme et le mouvement syndical en France, aujourd’hui. Il fait donc appel à des acteurs et à des observateurs du monde syndical. Nous les remercions de leur confiance.

Nous avons choisi de porter le regard sur quatre organisations syndicales, au lendemain d’un long conflit sur les retraites qui a montré leur diversité d’approche de cette question. Nous n’entendons pas dégager une synthèse de leurs propos ou des regards portés, mais nourrir la réflexion commune de notre famille de pensée et de la gauche française, à un moment particulier d’interrogation et de recherche d’issue(s) collective(s). Nous ne perdons pas de vue le temps long, l’histoire des hommes et de leurs organisations, car négliger cet aspect dans la compréhension du mouvement social actuel dans toutes ses composantes, c’est amputer la réflexion et la déconnecter de la réalité des expériences vécues. Il est aussi important que les observateurs eux-mêmes interrogent leur manière d’appréhender ces questions. En l’occurrence, les grilles d’analyse doivent être clarifiées. On le voit bien à propos de la question de la représentativité syndicale qui, au-delà des chiffres d’adhérents aux organisations, pose la question plus générale de la participation des citoyens à la démocratie sociale : comment la faire vivre ? Comment impliquer davantage les travailleurs, au-delà de la diversité de leur statut (salarié, fonctionnaire, indépendant,..) ? Se pose aussi la question du lieu d’expression des revendications, du mandat reçu et du dialogue entre les interlocuteurs. Quelle légitimité donne le vote ?

État des lieux

Pour ouvrir ce dossier, Guy Groux revient sur les derniers mouvements sociaux (des mobilisations contre la loi dite « El Khomri » au dernier mouvement contre la réforme des retraites) et les difficultés tactiques et stratégiques qu’ils ont posées et continuent de poser aux différentes organisations syndicales françaises. À travers celles-ci, Guy Groux interroge plus globalement les défis auxquels le mouvement syndical français est confronté, entre le poids traditionnel du politique et de l’appareil administratif de l’État, l’importance accrue de la négociation de plus en plus décentralisée au niveau de l’entreprise, une défiance certaine de l’opinion publique, et l’irruption de nouvelles problématiques : climat, numérique et digital… La typologie du mouvement syndical français qu’il esquisse en fin d’article appelle à poursuivre les travaux et les débats entre nous.

L’article de Dominique Andolfatto et de Dominique Labbé pose la problématique générale de la mesure de l’audience et de l’influence du mouvement syndical français. Les deux auteurs utilisent tous les outils à leur disposition pour cette mesure, étant entendu que dans le cas français (c’est sans doute vrai aussi ailleurs !) le nombre d’adhérents et le taux de syndicalisation dans le pays ne donnent qu’une vue partielle et limitée de l’influence réelle du mouvement syndical. C’est pourtant ainsi qu’en comparaison internationale, l’OCDE, dans la ligne des travaux de Jelle Visser notamment, et d’autres organisations internationales, rendent compte de l’influence des syndicats. En France, au cours des dernières années, à la suite d’accords entre organisations syndicales et organisations patronales et diverses autres dispositions législatives, d’autres outils ont été mis en place pour jauger voire juger la représentativité des diverses organisations, dans l’entreprise, la branche ou le secteur d’activités, à travers notamment des élections professionnelles à différents niveaux. Ce sont tous ces résultats ainsi produits depuis maintenant quelques années que nous présentent de façon claire et intelligible Andolfatto et Labbé. Ils soulignent la singularité et la fragilité du mouvement syndical français, très éclaté par organisations et numériquement faible, face aux employeurs ou à l’État, laissant ainsi à ceux-ci et à ceux-là un éventail particulièrement large de tactiques et de stratégies.

Mots et regards sur FO, l’UNSA, la CFDT et la CGT

Après ces deux premiers articles ouvrant le dossier, chacun avec leur approche, les articles suivants sont chacun consacrés à une organisation syndicale. Deux d’entre eux devaient faire l’objet d’un entretien (CGT Force ouvrière et UNSA) à partir d’un canevas de questions commun, les deux autres (pour la CFDT et la CGT) étant confiés chacun à un auteur particulier. Finalement, avec le confinement lié à la pandémie, nous n’avons pu réaliser qu’un seul entretien direct via une plate-forme téléphonique dédiée avec Dominique Corona pour l’UNSA. Le ton est donc un peu différent, plus direct, et nous avons pu même brièvement évoquer la crise sanitaire. Pour la CGT Force ouvrière, nous n’avons pu mettre en œuvre le même dispositif avec Yves Veyrier, aussi lui avons-nous demandé de répondre à notre canevas par écrit. Nous remercions personnellement Dominique Corona et Yves Veyrier de leur grande disponibilité pour nous durant cette période.

Pour les deux autres organisations, CGT et CFDT, nous avons demandé à Frank Georgi (pour la CFDT) et à Michel Noblecourt (pour la CGT) de nous dresser un état de chacune de ces deux organisations syndicales. L’un et l’autre étudient le mouvement syndical français dans la durée, l’un dans un cadre universitaire, l’autre pour un grand quotidien et à travers plusieurs ouvrages. La lecture croisée de ces deux contributions, en particulier dans leur rapport à la politique, est particulièrement intéressante.

Ces quatre « focus » sur les principales organisations confédérales syndicales appellent pour nous à être prolongés par des travaux ultérieurs sur chacune.

Mouvement syndical, mouvement social : revendiquer et négocier

Michelle Zancarini-Fournel et Rémi Bourguignon abordent chacun deux points particuliers que nous ne pouvions évacuer de ce dossier.

Michelle Zancarini-Fournel examine la vitalité du mouvement social dans ses diverses formes et dont le mouvement syndical n’a pas l’exclusivité tout au cours de ces dernières années. Elle rend compte aussi de la circulation et de la diffusion de certaines pratiques au sein des mouvements et manifestations, de la porosité aussi des milieux, populaires ou non, qui à un moment ou un autre se retrouvent ici ou là. Rémi Bourguignon se concentre sur un tout autre sujet, essentiel pour le mouvement syndical et corrélé à la décentralisation de la négociation jusqu’au niveau de l’entreprise. Rémi Bourguignon souligne le rôle du management et son autonomie relative des actionnaires. Il y voit une clef possible pour instaurer (à nouveau) un rapport de forces plus favorable au salariat, en notant que le vaste et multiforme pan des TPE – le plus créateur d’emplois hier, celui qui va sans doute le plus souffrir très immédiatement – n’est pas directement concerné.

L’entretien avec Henri Rouilleault clôt ce dossier. Il permet de revisiter cinquante ans de relations et de dialogue sociaux, articulés aux différents pouvoirs politiques en France. Il rend palpable cette spécificité française, cette difficulté historique des autorités et pouvoirs politiques – mais aussi de nombre de citoyens qui préfèrent s’en remettre à l’État ! – d’accepter l’autonomie du champ social et de ses acteurs. Il continue néanmoins – militant convaincu ! – d’œuvrer pour cette « démocratie sociale », conscient cependant – en dépit de l’urgence – qu’il y a loin de l’intention à la réalisation.

Deux notes de lecture sur des ouvrages dont les auteurs participent au dossier de cette livraison complètent l’ensemble. Elles permettent – parce qu’elles sont critiques – d’ouvrir entre nous et avec nos contributeurs le débat et partant, d’initier des travaux à lancer et à venir.

Histoire et mémoire

Après les articles de la partie « débat » déjà évoqués, nos « Histoires socialistes » offrent deux stimulantes contributions. À partir d’archives inédites, Jean-Louis Panné revisite le destin singulier de l’anarchiste Émile Cottin, qui tenta en 1919 d’assassiner Clemenceau, et fut finalement gracié en 1924 après une campagne de presse, mais assigné à résidence. Défendu en 1936 par l’avocat socialiste Maurice Paz pour avoir contrevenu à ses obligations restrictives, il revient alors sur sa vie sous surveillance depuis sa libération. Pierre-Emmanuel Guigo, dans la suite de ses travaux sur la communication de Michel Rocard notamment, revient sur les rapports difficiles des socialistes avec la communication politique. Il interroge la place des militants et des professionnels de la communication des années 1970 au milieu des années 1990, dans un moment où le PS devient un parti de gouvernement : reste-t-il alors maître de son message ?

Le « In memoriam Henri Weber » nous ramène à cette période difficile que nous traversons. Nous pensons à la peine de nos ami.e.s et de tous ceux qui ont perdu un être cher, et nous leur adressons un message d’amitié. Et nous espérons que nos lecteurs trouveront dans ce numéro de notre revue matière à réflexion pour la suite.

Nous vous souhaitons un bel été. Santé et fraternité.

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