jeudi 28 octobre 2021
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Retour de France-Urss par un socialiste français, par Bruno Poucet

Choses vues en URSS au temps de la Perestroïka, 1984-1992 : De cette période qui nous parait déjà fort lointaine, Jean Battut donne un récit circonstancié, à partir de son expérience de dirigeant de France-URSS. A propos de Jean Battut, Choses vues en URSS au temps de la Perestroika, 1984-1992, sur les pas de l’association France-URSS, Paris, L’Harmattan, 2020, 179p, 20 €

Témoin engagé et réfléchi.
Jean Battut a été instituteur (et il en reste des traces dans sa volonté d’expliquer, de donner des tableaux récapitulatifs, de dresser des cartes), mais il a surtout été militant syndical et politique (plusieurs de ses livres en témoignent dont l’OURS a rendu compte). Il s’est également, sur le tard, essayé à l’histoire en soutenant une thèse de doctorat en histoire. Et l’obtention de cette thèse lui a donné le goût d’écrire : le témoin se fait historien, l’historien laboure les expériences que le militant a pu connaître : après le Liban, la Georgie, nous voici en URSS, au sein d’une association pro-communiste, mais qui a laissé place à des socialistes, des gaullistes, etc. 

Une association de défense et illustration de l’URSS
France-URSS est une association française (il en existe d’équivalentes dans d’autres pays) qui avait pour but de faire connaître aux yeux des Français qui le souhaitaient les réussites de l’URSS et de mettre largement sous le boisseau les échecs. Des conférences, des publications –  France-URSS magazine – et surtout des voyages qu’on peut qualifier de militants étaient chaque année organisés, ainsi que de nombreux jumelages. L’association, au temps de sa splendeur, comptait pas moins de 90 permanents au siège parisien, s’appuyait sur ses 40 000 adhérents, ses 450 groupes départementaux et ses 16 000 Français qui chaque année voyageaient. À souligner qu’il existait également une association URSS-France qui permettait à environ 6000 soviétiques de découvrir chaque année les charmes d’un pays capitaliste. De plus, cette association jouait également un rôle politique, une sorte d’interface entre la France et l’URSS, notamment au moment de la guerre froide. 

Un mandat au cœur des transformations de l’URSS
En mai-juin 1981, l’arrivée de la gauche au pouvoir puis l’entrée de quatre ministres communistes dans le deuxième gouvernement Mauroy provoquent dans un parti resté largement stalinien, une nécessaire adaptation. D’autant que, du côté de l’URSS, en 1985, la nomination du nouveau secrétaire général du PCUS – et qui sera le dernier – Mikhaïl Gorbatchev entame une véritable révolution politique et économique au sein de pays, jusqu’à sa démission en 1991. Difficile pour l’association de ne pas s’adapter et de ne pas soutenir ces transformations, même si elles rencontrent une hostilité assez profonde au sein même du pays qui va bientôt éclater en de multiples républiques.

C’est au cœur de ce maelstrom politico-diplomatique que Jean Battut est élu membre de la direction (appelée présidence nationale) de France-URSS en 1984 au côté de Claude Estier, Henri Noguères et Gérard Jaquet, tous mitterrandiens. Les communistes tiennent encore largement les rennes de l’association, mais certains, tel Roland Leroy, se montrent de fervents défenseurs de la politique du nouveau secrétaire général d’URSS. Des rapprochements avec les socialistes ont ainsi lieu qui créent de véritables liens d’amitié au dire de Jean Battut. 

Jean Battut représentant de France-URSS
Membre de la direction nationale, il est amené à représenter l’association en France-URRS au cours de manifestations officielles (par ex. les 60 ans de l’établissement de relations diplomatiques avec la France) ou le séminaire de l’Intourist à Kiev en 1986 qui souhaite une ouverture à des non-communistes lors des voyages. Certains délégués français, soviétophiles à l’excès, n’hésitent pas, au cours des visites, à faire état du retard de la France en matière éducative par rapport à ce qui se passe en URSS. Jean Battut se situe nettement en retrait de ce genre de critiques, à ses yeux malvenues. Il soutient l’initiative de Roland Leroy « Initiative 87 » : 378 participants de tous horizons (parlementaires, religieux, journalistes, enseignants, avocats, syndicalistes, anciens ministres dont Pierre Mauroy) atterrissent à Moscou en septembre 1987. De nombreux échanges ont lieu, des discussions qui soulignent les changements en cours, ce que confirme la rencontre avec le Premier secrétaire. L’association est ainsi soutenu les relations cordiales Mitterand/Gorbatchev, de ce fait le poids des socialistes se trouve renforcé, au grand dam de certains membres de l’association peu favorables aux évolutions. En 1991,la fin de l’URSS met également un terme à une association privée de ses ressources. Elle prononce ainsi sa dissolution. 

Telle est la chronique qu’a tenu Jean Battut de l’intérieur de cette structure qui, en dépit des circonstances, a pu jouer un rôle dans une reconnaissance mutuelle de moins en moins liée à une propagande déplacée.

Bruno Poucet

Jean Battut, Chroniques libanaises (1999-2002), L’Harmattan, 2018, 318 p

Jean Battut. Chroniques géorgiennes, 2002, un besoin d’occident. Les Impliqués éditeur, 2019, 156 p. (L’OURS 495)

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