lundi 20 septembre 2021
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Orwell un socialisme libertaire

(le dossier#1 de l’OURS)

L’actualité éditoriale qui accompagne l’entrée d’Orwell dans le domaine public vient rappeler son importance dans la critique des totalitarismes et de la modernité mise au service de l’autorité.

Si les principaux aspects de sa biographie ont été explorés, ses amitiés demeurent méconnues, comme en témoigne sa relation avec George Woodcock (lire cet article). Il en est de même de l’introduction des œuvres d’Orwell en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ce travail de traduction et d’édition a été, comme le souligne l’historien François Bordes (1),  à la confluence de plusieurs milieux, antistaliniens de gauche mêlant anciens socialistes révolutionnaires pivertistes et libertaires plus ou moins inclassables qui, dès les origines, ont tenté de faire connaître  en France l’œuvre de l’auteur de la Ferme des animaux et qui par la suite participent à la revue Preuves publiée par le Congrès pour la liberté de la culture. 

La seule interview d’Orwell dans la presse française est publiée dans la revue Paru (2), éditée par la maison d’éditions de Sophie Pathé, proche des milieux socialistes, qui au même moment fait traduire Animal Farm.

Cette édition et cette préface (publiée intégralement dans notre dossier#1 Orwell) sont d’autant plus précieuses qu’encore aujourd’hui certains prétendent qu’Orwell a été introduit en France tardivement. Alors qu’en 1946, la première version d’Une histoire birmane publiée sous le titre Tragédie birmane, est également publiée en français.

La préface à Animal Farm a été demandée à Jean Texcier. Né le 6 octobre 1888 à Rouen, il est issu d’une famille d’enseignants républicains (son père publie dans son journal les « propos d’Alain »). Installé à Paris pour poursuivre des études de droit, il adhère aux Jeunesses socialistes en 1906 puis au parti adulte, où il est proche de Pierre Renaudel auquel il sera toujours fidèle jusque dans la scission néo-socialiste en 1933. Juriste, rédacteur au ministère du Commerce, ancien combattant, il consacre son temps libre à la peinture, au dessin, illustrant dans Les Nouvelles Littéraires de portraits d’écrivains les chroniques de Frédéric Lefevre « une heure avec… ». Entre 1929 et 1940, sous le pseudonyme de Jean Cabanel, il participe à la revue Triptyque, qui s’adresse au monde médical, présentant chaque mois un écrivain ou un poète de langue française. Résistant de la première heure avec sa brochure Conseils à l’occupé diffusée clandestinement, animateur de Libération Nord, il est à la Libération  un éditorialiste et un intellectuel connu, animateur notamment de l’hebdomadaire socialiste et culturelle Gavroche (qui s’inscrit dans la ligne de Vendredi, l’hebdomadaire du Front populaire) (3). Il entre au comité directeur de la SFIO en août 1946.

Ce passionné de culture, de littérature, de music-hall, de cirque, pas plus révolutionnaire en art qu’en politique, plus Camus que Sartre, est également  président (1946-1948) de la Ligue pour le droit des peuples, branche française de la ligue britannique qui réclame des droits égaux pour les Indiens.

Cette proximité idéologique et culturelle avec Georges Orwell explique sans doute que Léon Blum ait glissé à Sophie Pathé son nom pour rédiger la préface de Les Animaux Partout ! Quant au titre finalement adopté, bien éloigné de la traduction littérale, Jean Texcier l’explicite d’un point de vue littéraire, taisant – volontairement ( ?) – à ses lecteurs qu’ils pourraient lire derrière cette sorte d’avertissement le rappel d’un autre slogan, « Les Soviets Partout »…

Sylvain Boulouque

(1) François Bordes a largement comblé cette lacune dans son texte « French Orwellians. La gauche hétérodoxe et la réception d’Orwell en France à l’aube de la Guerre froide », Agone, n°45, 2011, pp. 141-151 (consultable en ligne sur : https://cfedit.flib.fr/agone/libre/ebook_2367.pdf

(2) Elle est reproduite par François Bordes dans l’article cité précédemment.

(3) Bruno Demonsais, Gavroche, hebdomadaire culturelle socialiste, préface de Pascal Ory, L’Harmattan, Des poings et des roses, 2006.

Retrouver ici notre dossier : https://fr.calameo.com/read/006347101c62781c736c5

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