jeudi 29 juillet 2021
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Autour d’Éric Blair, l’avant Orwell

Si le titre original, L’esprit de cristal, convenait mieux pour qualifier Orwell, cette biographie (longtemps disponible en édition de poche en langue anglaise chez le très classique Penguin Books), permet de rappeler quels ont été l’entourage et les amitiés d’Orwell. (A propos de George Woodcock, Orwell à sa guise, La vie et l’œuvre d’un esprit Libre, Montréal, Lux, 2020, 424p, 20€) 

Son auteur, George Woodcock, sans être initialement un de ses intimes, a tout du moins été un proche d’Orwell. Né en 1912 au Canada, boursier, il a abandonné ses études et sa bourse à Oxford pour devenir séminariste avant de rompre avec la religion quand, devenu cheminot, il découvre l’anarchisme par la lecture de Kropotkine. Pacifiste convaincu, objecteur de conscience travaillant dans une ferme dans le nord de l’Angleterre, Woodcock participe à la revue libertaire War commentary avec Vernon Richards, un autre ami libertaire d’Orwell. Après la guerre, il reste un des principaux animateurs du mouvement libertaire anglophone, publiant une dizaine d’ouvrages sur ce mouvement (comme sa biographie de Kropotkine ou une anthologie de textes anarchistes). Il est un des premiers défenseurs de la cause tibétaine, familier du Dalaï-Lama, jusqu’à sa mort en 1995. Son livre sur Orwell est à la fois une mise en perspective biographique et théorique. Il s’est imposé comme une référence dans le monde anglophobe. 

La première partie est la plus riche au point de vue biographique. Sa rencontre avec Eric Arthur Blair – il n’est pas encore Orwell – est plutôt fondée sur les échanges intellectuels avant de changer de nature. Par petites touches, Woodcook explique comment ils ont échangé sur le passé militant, sur la littérature et l’écriture des romans après s’être croisés dans le bus… Blair lui raconte comment il s’inspire d’une librairie pour rédiger le début de Et vive l’aspidistra, puis de ces années de misère avec Dans la Dèche à Paris et à Londres. C’est un auteur maltraité par le monde de l’édition, mis au ban par les éditeurs en raison de ses positions. Il essuie plusieurs refus d’éditeurs – y compris des anarchistes de Freedom press, qui n’en veulent pas parce qu’il n’est pas pacifiste – qui le trouvent anticommuniste. La proximité entre les deux hommes se mue en connivence politique quand Orwell rejoint le Freedom Defence Commitee. Les dernières années de la vie d’Orwell sont marquées par cette tolérance bienveillante avec ses amis libertaires dont Woodcock a été une des relations centrales. 

Les trois autres parties de l’ouvrage rappellent l’attachement d’Orwell à la liberté et font d’espérer qu’un éditeur prolongera cette remarquable initiative par la traduction de l’ouvrage d’hommages des libertaires britanniques à Orwell (George Orwell at Home, avec les photographies de Vernon Richards). Un Orwell dans son milieu, loin des tentatives de récupération contemporaines…

Sylvain Boulouque

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