samedi 24 janvier 2026
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L’ours au théâtre: Edouard III, par André Robert

C’est la première fois qu’est présentée en France cette pièce, dont la paternité intellectuelle a été discutée (même si celle-ci, peut-être partagée, ne semble plus faire de doute aujourd’hui), s’agrégeant au registre des drames historiques de Shakespeare. Avec sa troupe, Cédric Gourmelon, directeur de la Comédie de Béthune, a choisi de nous faire vibrer aux emportements amoureux et aux élans belliqueux du roi Edouard III (1312-1377, roi d’Angleterre de 1327 à sa mort) revendiquant le trône de France au début de la guerre de Cent ans (1337-1453); le metteur en scène réussit parfaitement son pari. A entendre la magnifique traduction due à Jean-Michel Déprats et Jean-Pierre Vincent (publiée aux éditions du Brigadier), on ne doute pas un instant qu’on est bien en présence de la poésie et de la force dramaturgique shakespeariennes.

Edouard III d’Angleterre déclenche la guerre en 1337, refusant sa vassalité à l’égard de Philippe VI de Valois, roi de France, et proclamant sa légitimité pour ce trône en arguant de son ascendance maternelle (Isabelle de France). La pièce va nous faire assister à son entreprise guerrière sur le territoire ‘français’ à travers notamment les batailles de Crécy et de Poitiers, puis le siège de Calais. Mais, avant cela, les deux premiers actes nous valent, à l’occasion de la rencontre entre Edouard et la comtesse de Salisbury (dont l’époux lutte contre les Ecossais, alliés des Français), des moments de joute amoureuse qui sont un pur bonheur théâtral grâce à Vincent Guédon (incarnation du pouvoir et de la folie amoureuse muée en folie de pouvoir absolu sur le corps d’une femme) et Fanny Kervarec (incarnation de la soumission obligée au pouvoir royal et de la résistance féminine) :

« Vous fabriquerez vous-même la rivière
Avec le sang de ceux qui nous séparent dans notre amour/
A savoir mon mari et votre épouse »

Les trois actes suivants nous transportent au cœur des batailles. Les trouvailles de mise en scène de Cédric Gourmelon sont nombreuses, outre l’humour de comédie qu’il sait tirer du texte (déjà présent dans les deux actes précédents, par-delà leur dimension de tragédie). Parmi ces trouvailles, les combats stylisés entre soldats renouvellent le genre, de simples petits gestes introduits ici ou là dans les scènes les plus solennelles apportent une touche de distance et d’originalité drolatique, l’épisode mythique des bourgeois de Calais est fort bien traité, les accompagnements musicaux s’avèrent pertinents. L’ensemble est remarquablement servi par une troupe mêlant plusieurs générations et nationalités, dans une profération sans micro – c’est à noter – qui passe très bien la rampe, à l’image d’un théâtre populaire dans l’esprit de Jean Vilar (aux côtés de Vincent Guédon et Fanny Kervarec: Zakary Bairi, Laurent Barbot, Jessim Belfar, Marc Bertin, Vladislav Botnaru, Guillaume Cantillon, Victor Hugo Dos Santos Pereira, Manon Guilluy).

Durée: 3 h 10 avec entracte. Jusqu’au 22 février, du mardi au samedi à 20 h, le dimanche à 16 h.

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