« Les socialistes et les sciences, XIXe-XXIe siècle », recherche socialiste 78-79, juin 2017

En octobre 2017, les Rendez-vous de l’histoire de Blois ont pour thème « Euréka : découvertes et innovations ». L’OURS est présent depuis une dizaine d’années à ce grand rassemblement, et il nous a semblé opportun de consacrer le dossier de notre revue aux socialistes et aux sciences, d’hier à aujourd’hui, afin d’apporter notre concours à la réflexion commune.
Sommaire et avant-propos à découvrir ci-dessous.

SOMMAIRE
Alain Bergounioux, Avant-propos

Vincent Duclert, Introduction

Contributions pour une histoire
Christophe Prochasson, Le socialisme est-il une science ?
Marion Fontaine, Jaurès et la science
Focus : Gilles Candar, Édouard Vaillant, la science face au réformisme social
Gilles Vergnon, Jean Perrin, Paul Langevin et les autres… : de la science comme ressource politique
Diane Dosso, La mobilisation scientifique de la France libre : la part des socialistes
Focus : Frédéric Cépède, La collection Sciences et Savants aux éditions de la Liberté (1945-1946)

Témoignages et perspectives
Vincent Duclert, Mise en perspective : la politique scientifique et son institutionnalisation 1868-1969
Focus : Frédéric Cépède, La «Science vivante » : échanges entre Henri Laugier et Michel Cépède (1966-1969)
Robert Chapuis, L’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques

Pierre Papon, Les gouvernements socialistes et le recherche scientifique 1981-1995 : mutations et continuité

Alain Deshayes, L’évolution du regard du PS sur les sciences, les technologies et l’innovation
Alain Bergounioux, Progressisme et progrès : réflexions d’un socialiste
Focus : Alain Bergounioux, La science et le progrès dans les déclarations de principes du PS, 1905-2008

Histoires socialistes
Denis Lefebvre, Godin et le Familistère de Guise : le bicentenaire d’un utopiste pragmatique
Alain Bergounioux, François Mitterrand et Pierre Mauroy, faire gagner la gauche (1971-1981)

Notes de lecture
Mathieu Fulla, Alain Boublil porte-voix du mitterrandisme économique (à propos de Alain Boublil, Une vie avec la gauche, L’Archipel, 2017, 384 p…)
Christian Chevandier, Le vote Front national : comprendre son succès dans les classes populaires (À propos de : Christèle Marchand-Lagier, Le vote FN, Pour une sociologie localisée des électorats frontistes, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, 2017, 221 p., 24,50 € ; Gérard Mauger et Willy Pelletier, coord., Les classes populaires et le FN. Explications de vote, Vulaines-sur-Seine, Editions du Croquant, 2017, 282 p., 18 € ; Pascal Perrineau, Cette France de gauche qui vote FN, Seuil, 2017, 142 p., 16 €)

In memoriam
Charles Bonifay, Henri Emmanuelli, Corinne Erhel, Jean-Louis Rollot

« Les socialistes et les sciences, XIXe-XXIe siècle », L’OURS hors-série recherche socialiste 78-79, janvier-juin 2017, 206p., 15€

Pour commander ce numéro.

La vulgate, à gauche, oppose le « socialisme scientifique », révélé par Marx et Engels, au « socialisme utopique » des doux rêveurs qui imaginaient des communautés, des formes d’entreprises coopératives, un nouveau monde… Mais de quelle science s’agit-il ? Quelles sont les relations entre le monde des sciences et celui des socialistes ? Héritiers des lumières, guidés par la perspective d’un monde dans lequel le génie humain libèrerait l’homme des tâches les plus rudes, la machine se substituant à lui et lui offrant le temps de jouir enfin du bonheur de vivre sans entrave… les socialistes ont fait des scientifiques et des sciences leurs alliés. Cette alliance est-elle brisée aujourd’hui après Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima, le réchauffement climatique, et tant de catastrophes dans lesquelles la responsabilité des hommes est engagée ? Signalons simplement la question cruciale, qui dépasse bien sûr le seul domaine de la science et de la recherche scientifique, posée ici dans plusieurs articles, par la distance qui s’est installée entre les intellectuels, les chercheurs et les socialistes. Où situer aujourd’hui la parole politique face à la question du risque ? Le principe de précaution est-il devenu un frein à la recherche ? Les politiques cèdent-ils trop aux émotions exprimées par les citoyens ? Le dossier piloté et introduit par Vincent Duclert, historien, professeur à Sciences Po, revisite cette histoire, de cette alliance initiale aux ruptures progressives, à travers des questions (« Le socialisme est-il une science ? »), des portraits, des engagements, des expériences, présentés ici par des historiens et des témoins, acteurs engagés. Je me permets donc de renvoyer simplement à ses propos introductifs en le remerciant vivement, ainsi que les auteurs sollicités, d’avoir accepté notre proposition.

Quelques mots sur les articles des autres rubriques de ce numéro. Nos « histoires socialistes » proposent d’abord un article de Denis Lefebvre sur Godin, le créateur du Familistère de Guise, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance.L’occasion de s’interroger sur les utopies, socialistes ou autres, et des échos qu’elle peuvent encore susciter aujourd’hui.Vous pourrez également lire la communication que j’ai présentée à l’occasion de la journée d’études intitulée : « Pierre Mauroy et François Mitterrand, une longue histoire 1965-2013 », organisée par la Fondation Jean-Jaurès, l’Institut François Mitterrand et Sciences Po Lille, le 19 juin 2015.Si les actes de cette journée sont téléchargeables sur le site de la Fondation Jean-Jaurès, il nous a paru utile aussi de proposer la version « papier » de cette étude qui peut compléter la diffusion de ces recherches vers un autre lectorat. Traitant de la période 1971-1981, l’étude des relations entre le premier secrétaire du PS d’Épinay et celui qui fut longtemps son numéro 2 montre une nouvelle fois que la marche au pouvoir ne fut pas un long fleuve tranquille. Leurs rapports très différents à leur parti, leurs lectures des événements et le destin qu’ils se dessinent ont convergé, mais rien n’était écrit d’avance.

Les copieuses « Notes de lectures » proposées par Mathieu Fulla sur les mémoires d’Alain Boublil, et de Christian Chevandier sur le Front national (poursuivant ainsi les réflexions proposées dans le dernier dossier de notre revue), sont nourries chacune par leur propre actualité éditoriale. Dépassant le format défini pour les articles de notre mensuel, elles s’offrent ici à un autre regard, pour d’autres réflexions sur des sujets au cœur de nos préoccupations d’amateurs d’histoire et de politique.

Sans être directement liés à l’actualité immédiate, les articles proposés dans ce premier numéro de l’année 2017 de notre revue n’en résonnent pas moins de bien des sujets qui préoccupent les Français. Ils autorisent quelques développements. La méfiance vis-à-vis de la science est-elle sans rapport avec la défiance à l’égard des politiques ? La distance entre les socialistes et le monde de la recherche est-elle sans lien avec la perte de substance de leurs propositions ?

Bien sûr, ce n’est là qu’une petite partie du questionnement qu’il nous faut et faudra mener pour comprendre l’actuelle déroute du parti socialiste qui nous est cher. Non que nous ne connaissions pas ses défauts et ses faiblesses. Mais c’est la culture et la tradition qu’il porte qui nous soucient, ici, à l’OURS. Nos travaux – particulièrement dans cette revue – le montrent suffisamment. Alors ? Nous contribuerons, tout simplement, avec nos moyens, à la restructuration de ce courant politique, notre courant politique. Il sera nécessaire de mener une réflexion de grande ampleur. Car s’il y a des causes immédiates à notre situation, les erreurs du quinquennat écoulé, les ratés d’une campagne présidentielle, l’habileté et l’audace d’Emmanuel Macron etc., il y a aussi des causes plus lointaines et structurelles qui tiennent aux difficultés du socialisme européen dans son ensemble, avec des fortunes différentes selon les pays certes, mais avec des difficultés semblables pour réaliser les adaptations nécessaires au nouvel état de nos sociétés, tout en remplissant ses promesses de justice sociale. Établir un diagnostic exact relève, sans aucun doute, de notre responsabilité. Nous ne serons pas seuls. Mais notre vocation est de pouvoir donner une perspective aux problèmes actuels, en reliant le passé et le présent. Il sera, évidemment, ensuite, de la responsabilité des socialistes de débattre de la stratégie à suivre, des formes d’organisation à trouver, du rôle des hommes et des femmes qui incarneront le nouveau moment du socialisme français.

Alain Bergounioux