samedi 3 décembre 2022
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Le Programme commun de gouvernement, quelle histoire, par ARNAUD DUPIN

Partant du constat du peu d’études sur le programme commun de gouvernement (PCG) jusqu’au début des années 20101, Christophe Batardy se propose dans son ouvrage – issu de sa thèse – de revenir sur ce « moment » fort de l’histoire de la gauche des années 1970. (a/s de Christophe Batardy, Le programme commun de la gauche, 1972-1977. C’était le temps des programmes, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2021, 508p, 29€)

Signé en 1972, ce texte est à replacer dans les débuts de la Ve République. Face à la majorité gaulliste, des initiatives sont lancées à gauche dans les années 1960 afin de former un bloc alternatif. Même si les communistes militent pour un programme commun dès 1963, aucun observateur n’estime cependant que la gauche pourra se rassembler afin de gouverner.

Un « moment PCG »
La situation évolue en 1971. François Mitterrand conquiert le PS en promettant un accord programmatique avec les communistes. Après que les deux formations se sont dotées d’un programme (« Changer la vie » pour le PS, « Changer de cap » pour le PCF), les négociations peuvent s’ouvrir au printemps 1972. Elles aboutissent le 12 juillet avec la signature du texte par François Mitterrand, Georges Marchais et Robert Fabre représentant les radicaux favorables à l’union de la gauche. 

Aussi curieux que cela puisse paraître, le programme commun ne contient que peu de mesures concrètes. Selon l’auteur, il définit une « voie » au socialisme pour une gauche au pouvoir. Loin d’être d’accord sur tous les sujets, les signataires passent de nombreux compromis. Les deux principales formations n’accordent néanmoins pas la même place au programme. Pour les communistes, il s’agit d’assurer coûte que coûte le succès de ce texte. Les socialistes estiment, pour leur part, qu’il est un atout parmi d’autres afin de parvenir au pouvoir.

Suite à la signature du PCG, des actions communes s’engagent lors des campagnes électorales tant nationales que locales ou sur des sujets précis entre 1973 et 1978 (éducation, coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili, commémoration de la Commune). Elles sont néanmoins peu nombreuses au regard des cinq ans que dure le « moment Programme commun » à gauche. Le déséquilibre est tel entre les forces militants du PCF et du PS que, selon l’auteur, la direction socialiste freine la dynamique unitaire. La situation évolue néanmoins suite à l’élection présidentielle de 1974. Même s’il est défait au second tour, le premier secrétaire du PS apparaît comme le premier des présidentiables à gauche. Les communistes deviennent alors plus hargneux et doutent de la fiabilité de leur partenaire socialiste.

Même si le programme commun est prégnant sur les mondes politiques et syndicaux, les tensions ne cessent d’augmenter entre les signataires sur la question des libertés. Les socialistes reprochent au PCF l’absence de prise de distance avec l’URSS et sont dubitatifs, dans leur majorité, quant au positionnement communiste sur la révolution des Œillets.

De la fin de l’histoire au « mythe »
Suite aux élections municipales de 1977 qui sont un succès pour la gauche, l’actualisation démarre afin de préparer au mieux les élections législatives de 1978. Néanmoins, les socialistes ne souhaitent pas donner de l’importance à l’actualisation du Programme commun afin de ne pas rompre la dynamique de l’union de la gauche. Dans une situation plus défensive, les communistes souhaitent une réactualisation tout en conservant des marges de manœuvre afin d’avoir encore du grain à moudre avec les socialistes.

Face à la montée en puissance du PS, les communistes se raidissent durant les discussions. Sur la question des nationalisations, ils refusent la proposition des socialistes de transférer la propriété des maisons-mères à l’État tout en transformant les filiales en sociétés d’économie mixte avec participation de l’État. Cette mesure permettra au grand capital de conserver sa domination sur le pays !

De manière moins convaincante, Christophe Batardy explique aussi le durcissement de la position communiste durant les négociations par les révélations dans les années 1970 sur le passé de Georges Marchais durant la Seconde Guerre mondiale. Selon ses proches collaborateurs, c’est un Marchais préoccupé qui aurait participé aux réunions d’actualisation, moins enclin au compromis qu’auparavant. N’est-ce pas donner trop de poids à une information que la classe politique connaissait depuis longtemps et n’est-ce pas la possibilité pour les anciens responsables communistes de se dédouaner de leurs responsabilités dans le déclin du PCF ?

Au final, Christophe Batardy propose une belle plongée dans la gauche des années 1970 dont les accords et désaccords ont été théâtralisés par la télévision. Si le programme commun stricto sensu n’a tenu que cinq ans, il a permis d’enclencher l’union de la gauche qui est un des éléments de la victoire de 1981. Bien que le « tournant » de 1983 ait balayé ce texte, les années 1970 restent dans la mémoire socialiste comme un « âge d’or » du militantisme qui sont régulièrement mobilisées afin de relancer la dynamique unitaire. 

Arnaud Dupin
1. Danielle Tartakowsky et Alain Bergounioux (dir.), L’Union sans l’unité : le programme commun de la gauche, 1963-1978, Rennes, PUR, 2012. 

Article paru dans L’ours 520 juillet-août 2022

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