AccueilActualitéIn memoriam : Jean Battut (1933-2022)

In memoriam : Jean Battut (1933-2022)

Ancien responsable syndical au SNI et à la FEN, ancien militant socialiste et responsable de la revue École et socialisme, fidèle ami de l’OURS depuis des années, Jean Battut nous a quittés le 9 avril 2022 à l’âge de 89 ans. Comme l’écrivait Bruno Poucet dans notre mensuel « Jean Battut a la particularité d’avoir vécu de longues années là où le futur Président de la République [François Mitterrand] a commencé à s’enraciner dans un territoire – la Nièvre – tout en commençant une belle carrière, avant de devenir l’opposant le plus emblématique à de Gaulle ». Dans une démarche pas si courante, il avait soutenu en 2009 une thèse en histoire sous la direction de Jacques Girault sur son « Itinéraire militant d’un instituteur socialiste nivernais ». Il avait également publié plusieurs ouvrages sur ses engagements politiques, syndicaux et associatifs. Nous adressons à sa famille et à ses proches nos sincères condoléances.

Mitterrand, le chantier de la Nièvre, par BRUNO POUCET. À propos du livre de Jean Battut, François Mitterrand, Les trois années inconnues, 1969-1971, au pied d’Epinay (L’Harmattan 2016), relire l’article paru dans L’OURS 464 (janvier 2017).

Jean Battut revient sur les années, à ses yeux fondatrices, de celui qui allait devenir Président de la République en 1981.

Ancien responsable syndical au SNI et à la FEN, ancien militant socialiste, Jean Battut a la particularité d’avoir vécu de longues années là où le futur Président de la République a commencé à s’enraciner dans un territoire – la Nièvre – tout en commençant une belle carrière, avant de devenir l’opposant le plus emblématique à de Gaulle. Mais Jean Battut a eu le souci des archives et il a ainsi conservé des échanges et des correspondances avec François Mitterrand et surtout avec nombre de militants – ses archives ont été déposées aux archives départementales de la Nièvre, à Nevers. Archiviste de son passé, il s’en est fait l’historien en soutenant une thèse de doctorat en histoire et en publiant plusieurs d’ouvrages issus de ses recherches – c’est ici le cinquième ouvrage qu’il nous est donné de lire.

Un témoignage de première main
Jean Battut organise son ouvrage en trois parties, la seconde et la troisième étant les plus neuves en informations inédites. Car, que l’on ne s’y trompe pas : le titre n’est pas tout à fait adéquat au contenu – la première partie est en effet entièrement consacrée à l’implantation progressive d’un « parachuté » qui cherche une circonscription pour prendre racine. Ce sera la Nièvre et sa conquête méthodique : députation, puis sénatorial, conseil général, puis présidence de cette institution, conseil municipal puis mairie de Château-Chinon. C’est assez vite réussi grâce à l’entregent, l’intelligence politique et le prestige acquis dans les combats nationaux, notamment lors de la candidature à la présidence de la République de 1965. L’homme de la terre est aussi un opposant au pouvoir en place redouté. Restait à le conquérir : cela passait par l’unité. Ce sont les deux parties essentielles de l’ouvrage.

La Nièvre et son expérience singulière
La Nièvre apparaît ainsi comme une manière de terrain d’expérimentation pour la conquête du pouvoir. Et François Mitterrand apparait comme un homme qui n’agit jamais seul, qui n’est pas toujours au premier plan et qui sait s’entourer d’amis. C’est le moins que l’on puisse dire, un fin stratège. 1969-1971 : c’est la préparation de la prise du pouvoir du futur premier secrétaire, alors que la rénovation du parti socialiste et en gestation et que la vielle SFIO reprise en main par Alain Savary résiste… et se transforme difficilement. De nombreux groupuscules existent ici ou là, dans une grande dispersion, groupuscules qu’il faut unifier. La stratégie mitterrandienne sera double : envelopper le vieux parti par la base, le prendre d’assaut nationalement. C’est cette seconde stratégie qui s’imposera finalement.

C’est dans ce contexte qu’intervient Jean Battut. Il a renoncé à ses fonctions syndicales pour prendre des responsabilités politiques. Or, pour contourner l’obstacle de la SFIO, il participe, sous des appellations diverses, à la création d’un mouvement socialiste nivernais dont il est le secrétaire général. Ce mouvement ou parti selon les moments représente une manière de galop d’essai ou de laboratoires d’idées de ce que pourrait être le futur parti socialiste. François Mitterrand est à la manœuvre et observe, guide, oriente, accompagne ce qui se fait. Il est plongé au cœur des débats locaux, mais prépare en même temps la conquête du pouvoir. Il y a deux partis socialistes dans la Nièvre – signe d’une unification nécessaire.

La conquête du parti
Tentant une première opération de généralisation de cette manière de faire dans d’autres départements en Bourgogne mais également en Normandie, très vite, au fil de son tour de France, François Mitterrand comprend que ce n’est pas ainsi que s’imposera la rénovation du parti socialiste. Il faut conquérir par le haut et avec ses amis, il s’y emploie. Approche patiente de certaines fédérations, notamment celle des Bouches du Rhône (avce Gaston Defferre) ou celle du Nord (avec Pierre Mauroy) jusqu’au congrès d’Epinay une nouvelle fois raconté par un témoin Jean Battut. Et le résultat que l’on sait.

Bref un livre qui nous fait entrer dans les arcanes d’une conquête patiente et déterminée d’abord d’un parti et du pouvoir ensuite.

Bruno Poucet

Vous pouvez retrouver au bout de ce lien sa notice biographique parue dans le Maitron en ligne.

Vous pouvez lire sur le site de l’OURS la critique par Marion Fontaine de son dernier livre, Meisseix, souvenirs d’un fils de mineur, paru en 2019.

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