Yvette Roudy et la cause des femmes, par Philippe Foussier

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Au centre, Yvette Roudy lors d'une manifestation du PS en 1979.

Militante féministe et socialiste depuis 1965, Yvette Roudy (1929-2027) vient de mourir à l’âge de 97 ans. Parlementaire européenne en 1979, ministre des Droits de la femme de 1981 à 1986, députée du Calvados, maire de Lisieux, Yvette Roudy a agi sur tous les terrains de la politique. Pour faire avancer la cause des femmes, elle a du aussi bousculer ses camarades et les frontières partisanes. Son passage au pouvoir s’est accompagné de mesures fortes : campagnes d’information sur la contraception, remboursement de l’IVG, égalité professionnelle, projet de loi antisexiste (encore sur le métier)… Toujours sur la brèche, elle n’a jamais oublié le lent et opiniâtre combat mené depuis la Révolution par quelques-unes pour libérer les femmes des oppressions, du sexisme, en faire des citoyennes majeures, et revendiquer leur place en politique. Elle savait d’expérience que rien n’est jamais acquis. Nous publions ici l’article de Philippe Foussier paru dans nos colonnes à la sortie de son dernier livre, Lutter toujours (Robert Laffont, 2020) dans lequel elle revenait sur ses combats.

La cause des femmes

Dans ce petit livre, la première ministre des Droits de la femme revient, à 90 ans, sur son parcours. Quelle vie ! Une existence de combat. D’abord contre son propre père, puis comme femme issue d’une classe populaire et enfin contre l’ordre social et politique. Un trop bref résumé d’une lutte incessante contre les injustices, qu’Yvette Roudy relate à travers celles et ceux qui l’ont soutenue : « Transmettre comment une poignée de féministes a fait trembler les murs est un devoir. Raconter comment nous avons fait pour réparer quelques injustices, comment aussi nous avons échoué, comment nous avons souffert, comment nous nous sommes battues est une nécessité. Parce que rien n’est jamais acquis ». Car Yvette Roudy souligne dans ce livre l’importance des rencontres qui ont jalonné son existence, au premier chef desquelles son mari, Pierre, et puis celles avec deux femmes qui l’ont accompagnée pendant des décennies : Colette Audry, l’intellectuelle, et Marie-Thérèse Eyquem, la militante, présidente du Mouvement démocratique féminin, proche de François Mitterrand.

Le bilan d’une vie

Ce livre dresse le bilan d’une vie. Yvette Roudy a marqué de son empreinte le ministère – le premier – des droits de la femme, obtenant notamment le remboursement de l’IVG, alors que l’Eglise catholique conduite par le cardinal Lustiger faisait le siège de l’Elysée pour s’y opposer. Le soutien présidentiel, en cette circonstance comme en d’autres, lui sera précieux. Car les préjugés contre les femmes ne sont pas l’apanage des milieux réactionnaires, comme elle le raconte à travers plusieurs anecdotes. La gauche comptait -et compte toujours- dans ses rangs son lot de tenants de l’ordre patriarcal : « La misogynie héritée de Proudhon infestait nos rangs, je le constatais autour de moi ». Yvette Roudy raconte aussi son expérience d’élue, députée européenne, députée du Calvados, maire de Lisieux, mais c’est avant tout la cause des femmes qui demeure saillante dans son parcours. On lira ainsi avec intérêt les pages qui racontent sa rencontre et ses échanges avec Simone de Beauvoir, qui illustrent combien l’œuvre de la philosophe a compté dans la seconde moitié du siècle précédent. Lutter toujours ? On ne doute pas que, jusqu’à son dernier souffle, Yvette Roudy sera fidèle à ce programme.

Philippe Foussier (article paru dans L’Ours n°500)

Philippe Foussier