dimanche 27 novembre 2022
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1940-1945: La guerre au quotidien, par Noël Delomelle

A la fois livre d’histoire, d’histoires et recueil de documents iconographiques, cette somme est composée autour d’un thème, un seul : les Français entre 1940 et 1944. À propos de Bénédicte Vergez-Chaignon, Les Français dans la guerre. Archives du quotidien, 1940-1945, Flammarion, 2022, 224 p., 39 euros.

Cet album a été conçu d’après une idée originale de Bernadette Caille qui en a assuré la direction éditoriale et la recherche iconographique. L’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon nous fait vivre ces Français, à Paris, en province et… à Vichy. Vichy ? Ce « provisoire qui dure », une vie d’hôtel dans cette ville devenue « nid à potins » est l’objet de nombreuses pages. Le récit de la vie quotidienne du maréchal et de ses affidés est édifiant, avec ces bureaux bricolés dans des chambres d’hôtel exiguës, ces dossiers accumulés dans les bidets. Pétain, lui, ne partage pas les privations de ses concitoyens, ses factures d’achat de nourriture ici reproduites en attestent : légumes frais, poulets, viandes diverses abondent ! On découvre même que les services du Maréchal font détruire chaque jour les menus des repas qui lui sont servis. La confiance règne ! Quelques pages plus loin, les photos de longues queues devant les magasins sont saisissantes. Plus anecdotiques, ces coupures de presse offrant des recettes, une béchamel sans lait et sans œuf, ou un gâteau sans lait ni beurre ? Non, elle sont le reflet de l’époque, tiennent compte des réalités du moment, et Marie Claire qui les publie en mars 1941 ajoute ce commentaire : « Nous ne pouvons plus faire ces plats raffinés, ces riches sauces dont s’enorgueillissait notre traditionnelle cuisine. Le bon vieux temps ressuscitera. Ingénions-nous, pour le moment, à faire selon nos ressources, une cuisine saine et savoureuse. »

Pétain est omniprésent dans ce livre : à Vichy bien sûr, et dans ses voyages à travers la France. Cette « icone de la Révolution nationale » est aussi mis en scène dans de multiples objets : cendriers, foulards, calendrier des Postes… 

Les documents iconographiques abondent, nombre d’entre eux sont publiés pour la première fois, ils sont de différents ordres : photos, bien sûr, mais aussi tracts, affiches, circulaires et notes dactylographiées sorties de nombreux fonds d’archives. Le lecteur pourra regretter que certains documents ne soient pas reproduits in extenso, ainsi l’entretien du 1er décembre 1941 entre Pétain et Goering, ou encore cette note de février 1942 se plaignant que la valise contenant les documents échangés par les services de police entre Paris et Vichy soit régulièrement ouverte par les occupants et que ces derniers y prélèvent même des pièces les intéressant. 

Rien n’est évacué dans ce livre : la germanisation de la France, et pas uniquement en Alsace, le sort des Juifs, etc. La propagande de Vichy vers les enfants aussi, objets de toutes les attentions : ils doivent être de « bons petits Français » et se préparer à servir, entrainés par la figure paternelle et tutélaire du Maréchal, récompensés par des bons points distribués dans les écoles, endoctrinés par des jeux de société ou des journaux illustrés.

Les affiches françaises ou allemandes sont omniprésentes au fil des pages, elles sont éclairantes : celles vantant le STO, celles attaquant les Juifs, ou celle apposée en Alsace intitulée en allemand « Hinaus mit dem welschen plunder »… « Dehors les détritus franchouillards ». Affiche où sont balayés les symboles prêtés à la France : un coq gaulois, un béret, un buste de Marianne, un casque de poilu, un livre de Hansi.

La France au quotidien étudiée ici est celle de Vichy ou des Allemands, avec son lot de vénalité, médiocrité, trahison, bassesses aussi. La presse en offre de multiples exemples. Mais nous voyons aussi la France du courage, de l’honneur, de la justice. Ces lettres d’enseignants du lycée Henri IV ou d’ailleurs se mobilisant en faveur de leurs collègues juifs révoqués méritaient d’être sorties des oubliettes de l’histoire. Enfin, l’autrice consacre de longues pages à la Résistance, de ses débuts avec les premiers tracts et papillons collés sur des poteaux aux combats de la Libération.

Cet ensemble iconographique est d’une grande richesse, mais il ne faut pas négliger les analyses et commentaires de l’autrice : ils sont précis, argumentés. Pour toutes ces raisons, cette France du quotidien mérite une lecture attentive.

Noël Delomelle

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