Sommaire de L’OURS 470, juillet-août 2017

Un numéro d’été bien chargé en lectures roboratives, et en suggestions. Des coups de gueule, des irritations, des satisfactions, des découvertes, des paradoxes, des soldats, des confirmations, des interrogations, des idées pour les vacances, pour la rentrée…  plein des choses à découvrir dans le sommaire ci-dessous. En lecture, notre page culture
Bel été à nos lecteurs.
L’OURS n°470, juillet-août 2017, 8 pages.
version papier 3,10€, 4€ port compris (commande à L’OURS)
Version pdf 3 € par chèque

SOMMAIRE
À la une :
Refonder le « processus laïc », ALAIN BERGOUNIOUX
A propos du livre de Gilles Kepel, La laïcité contre la fracture ? Les rencontres de la laïcité, Privat, 2017, 106 p, 9,80 €

Page 2 : CULTURE (article à découvrir un peu plus bas)
Cinéma :
(Dé)montrer, la question du point de vue, par Jean-Louis Coy (a/s de Le Vénérable W de Barbet Schroeder, Suisse, 2017, 1 h 47 et HHhH de Cédric Jimenez, France, 2017, 2 h, avec Jason Clarke, Rosamund Pike)
À propos des bulles : Consécration ?, par SYLVAIN BOULOUQUE (a/s de « Le sacre de la bande dessinée », Le débat n°195, mai-août 2017, 208p, 20€)
L’actu des sons : Lieux et création, par FREDERIC CEPEDE (a/s de Ahmad Jamal, Marseille, Harmonia Mundi, 2017 et Dejohnette, Grenadier, Medeski, Scofield, Hudson, Motema, 2017).
L’OURS au théâtre :
Démontage théâtral, par ANDRE ROBERT (a/s La Jurassienne de réparation, Création collective du Théâtre Group’, théâtre itinérant).

page 3 : ESSAIS / POLITIQUE
L’État, et sa critique, par RAYMOND KRAKOVITCH (a/s de Jean-François Kesler, Institutions et politique française, L’Harmattan, 2017, 262p, 28€)
Vers un monde nouveau, par ROBERT CHAPUIS (Pierre Veltz, La société hyper-industrielle, Seuil, La République des idées, 2017, 122p, 11,80€)
Face au faux
, par SYLVAIN BOULOUQUE (a/s de François-Bernard Huyghe, La désinformation.Les armes du faux, Armand Colin, 2016, 192p, 22,50€)
Jeu de pouvoir
, par ROBERT CHAPUIS (a/s de Où est le pouvoir ?, Jean Birnbaum (dir.), Gallimard, Folio essai, 2016, 227p, F6, 6,60€)

Pages 4-5 : EUROPE / SOCIETE
Europe : le discours et la méthode, par JEAN-FREDERIC DESAIX (a/s de Altiero Spinelli avec Ernsto Rossi, Le manifeste de Ventotene. Pour une Europe libre et unie. Projet d’un Manifeste et autres textes (1941-1947), Textes sélectionnés par Jean-François Billion, Jean-Luc Prevel, Lyon Presse fédéraliste, 2017, 347p, 25€ et Michel Theys, Jacques-René Rabier. Fonctionnaire-militant au service d’une… certaine idée de l’Europe, PIE, Peter Lang 2017, 185p, 30,85 CHF)
Les Français et leurs paradoxes, par CLAUDE DUPONT (a/s de Béatrice Giblin, Le paradoxe français. Entre fierté nationale et hantise du déclin, préface d’Yves Lacoste, Armand Colin, 2017, 208p, 19€)
Les deux corps du soldat, par FRANCOISE GOUR (a/s de Jeanne Teboul, Corps combattant. La production du soldat, Éditions de la maison des sciences de l’homme, 2017, 260p, 27€)

pages 5-7 : HISTOIRE
Arméniens : marques et traces d’un génocide, par MICHEL DREYFUS (a/s Le génocide des Arméniens : représentations, traces, mémoires, sous la direction de Jocelyne Chabot, Marie-Michèle Doucet, Sylvia Kasparian et Jean-François Thibaul, Laval/Canada, Presses de l’Université de Laval, 2017, 230 p)
Politique : les terrains d’affrontements, par SYLVAIN BOULOUQUE (a/s de Fanny Brugnon et Isabelle Lacroix (dir.), Territoires de la violence politique en France, Riveneuve, 2017, 270p, 24€)
Lens, 1892 : de la xénophobie ouvrière, par MARION FONTAINE (a/s de Bastien Cabot, « À bas les Belges ! ». L’expulsion des mineurs borains (Lens, août-septembre 1892), préface de Christophe Prochasson, Rennes, PUR, 168p, 17€)
Le Creusot, 1882 : de la violence ouvrière, par JEAN-LOUIS PANNE (a/s de Yves Meunier, La Bande noire. Propagande par le fait dans le bassin minier (1878-1885), L’Échappée, 2017, 189p, 17€)
Aux sources du grand soir, par SYLVAIN BOULOUQUE (a/s de Aurélie Carrier, Le grand soir. Voyage dans l’imaginaire révolutionnaire et libertaire de la Belle Époque, Libertalia, 2017, 242p, 16€)
Paris Apache, par SYLVAIN BOULOUQUE (a/s Émile Chautard, Goualantes de la Villette et d’ailleurs, L’insomniaque, 2017, 180p + CD, 25€)
Le blues des poilus noirs américains, par JEAN-MARC BINOT (a/s Thomas Saintourens, Les poilus de Harlem, l’épopée des Hellfighters dans la Grande Guerre, Tallandier, 2017, 284p, 19,90€)
L’Europe contre Hitler, par GILLES VERGNON (a/s de Olivier Wieviorka, Une histoire de la Résistance en Europe occidentale 1940-1945, Perrin, 2017, 476p, 24,50€)
Les grèves rouges de 1947, par MICHEL DREYFUS (a/s de Robert Mencherini, Guerre froide, grèves rouges. Les grèves insurrectionnelles de 1947. Parti communiste, stalinisme et luttes sociales en France, préface de Maurice Agulhon, Editions Syllepse, 2017, 364p, 25€)
Récit : Italie 44 : la mémoire des « Marrochinate », par JEAN-LOUIS PANNE (Éliane Patriarca, Amère libération. Italie 1944, la douleur insensée du passé, Arthaud, 2017, 236p, 19,90€)

Page 8 : FIGURES
Mirbeau, l’homme et ses mots, par FREDERIC CEPEDE (a/s de Alain (Georges) Leduc, Octave Mirbeau (1848-1917), le gentleman-vitrioleur, Les éditions libertaires, 2017, 230p,15€ et Octave Mirbeau, La grève des électeurs, Allia, 2017, 44p, 3,10€)
Simone Weil, fin de partis, par CHRISTIAN CHEVANDIER (a/s de Simone Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques, Allia, 2017, 47p, 3,10€)

8 : BD
Des anars en cases
, par SYLVAIN BOULOUQUE (a/s de Matz et Chemineau, Le travailleur de la nuit, Rue de sèvres éditions, 2017, 128p, 18€ ; Attila Futaki et Laurent Galandon, Hypnos vol : 1. l’apprentie, Le lombard 2017, 56p, 13,90€)
Nous avons reçu

L’OURS 470, page 2 : Culture – Cinéma – Sons – Théâtre…

À propos des bulles : Consécration ?, par SYLVAIN BOULOUQUE (a/s de « Le sacre de la bande dessinée », Le débat n°195, mai-août 2017, 208p, 20€)
Ce numéro du Débat vient en quelque sorte consacrer la bande dessinée comme un art et une forme de narration à part entière, au même titre que la littérature, la peinture ou le cinéma. Même si la revue s’étonne elle-même dans son introduction de consacrer un dossier complet au 9e art, les différentes contributions s’accordent sur plusieurs points et notamment sur le fait que le public a donné au dessin son espace, lequel est devenu un marché. Dès lors la BD s’est institutionnalisée avec ses actes de légitimation, comme le festival d’Angoulême (étudié par son ancien directeur artistique Benoît Mouchart), des stands dans les différents salons du livre, la multiplication des offres de planches de grands dessinateurs dans les salles de ventes et les expositions particulières, sans oublier aussi l’importance des emprunts dans les bibliothèques de prêts (municipales, CDI, etc.), bien analysée par Antoine Torrens.
Les historiens sont entrés dans cette danse très tôt et souvent par la bande, est-on tenté d’écrire. D’abord comme scénaristes, voire pour certains talentueux comme dessinateurs. Depuis, on ne compte plus les bandes dessinées historiques, les collections « histoire » chez les éditeurs, voire même d’historiens qui prêtent le savoir pour écrire les trames des BD. Mais, tel n’a pas toujours été le cas comme le souligne à juste titre Pascal Ory, et même si elle est aujourd’hui un moyen de transmission pédagogique et un objet d’études historiques, la BD n’est toujours pas considérée comme un objet « légitime » par nombre des personnes détentrices d’un pouvoir institutionnel.
Le volume se clôt par des réflexions sur les tendances actuelles de l’histoire mise en bulles : la Première Guerre mondiale – autour des récits de Tardi et l’article de Vincent Marie synthétisant les BD sur la Grande Guerre –, la Shoah – Lucie Servin en présente les dernières publications –, la géopolitique – avec un expert en la matière : Hubert Védrine. Ce riche numéro propose une synthèse agréable et utile pour les amateurs du 9e art et une bonne mise au point pour ceux qui en moins férus.

Sylvain Boulouque

Cinéma : (Dé)montrer, la question du point de vue, par Jean-Louis Coy (a/s de Le Vénérable W de Barbet Schroeder, Suisse, 2017, 1 h 47 et HHhH de Cédric Jimenez, France, 2017, 2 h, avec Jason Clarke, Rosamund Pike)

Un documentaire et un long métrage récents incitent à la réflexion sur la question du point de vue.
Le premier, Le Vénérable W, présenté à Cannes lors d’une séance spéciale, concerne un bonze boudhiste birman nommé Wirathu, leader d’un mouvement nationaliste Ma Ba Tha, récemment interdit. Cet homme est nommé le « Hitler de Birmanie », son extrémisme lui a coûté une condamnation par l’ONU mais sa présence constante sur les réseaux sociaux a largement compensé son hypothétique anathème. Le principe de son idéologie repose sur l’islamophobie radicale même si les musulmans ne représentent que 4 % de la populaire… Il prêche l’éradi­cation de ce peuple (surtout les Rohingyas dont le génocide se précise). Tous les moyens sont bons, tortures, viols et assassinats collectifs se perpétuent dans la quasi-indifférence des pouvoirs militaires et civils de la Birmanie. Même le discours de la prix Nobel nommée au gouvernement demeure fort ambigu. Comme « W » le déclare calmement devant la caméra impassible de Barbet Schroeder, « nous avons peur de la disparition de la race, il faut éliminer avant d’être éliminé ».

Au-delà de ce documentaire courageux d’un cinéaste engagé, auteur de Général Idi Amin Dada (1974) et Avocat de la terreur (2007), pour ne citer que sa création hors fictionnelle, se pose donc cette double-face d’une religion fondée sur la paix et la tolérance, problème à la fois moral et sociologique. Tous les discours de ce genre sont néfastes aussitôt qu’ils débutent, la fin de la démocratie accompagne le laxisme et le silence. Comment une pareille communauté a-t-elle pu dériver par vengeance ou haine au-delà de la barbarie ? Ce documentaire du cinéaste suisse nous effraie, mais il a le pouvoir de nous éveiller au milieu de paillettes cannoises, le vent de la lucidité a sifflé.

Un mélodrame caricatural
Le long métrage HHhH réalisé par Cédric Jimenez, déjà auteur de Aux yeux de tous (2012) et La French (2014), est tiré d’un roman éponyme de Laurent Binet, paru en 2009. Pour résumer, il s’agit de mettre en scène l’assassinat de Reinhard Heydrich, le « bourreau de Prague », le planificateur de la solution finale, « le cerveau d’Himmler » (le titre étant l’acronyme de Himmlers Hirn heißt Heydrich). Voilà bien un épouvantable moment d’histoire qui avait déjà inspiré Fritz Lang (Les Bourreaux meurent aussi, 1943) avec quelques libertés fictionnelles. Mais ici c’est un désastre.
Nous sommes au centre d’un mélodrame caricatural, aux limites du pensable. Tout y passe, les clichés succèdent aux clichés, qui pourrait aujourd’hui réaliser un pareil chromo consacré à de tels événements ? Que Heydrich soit un bon père aimant la musique, détourné de son destin par une femme adorable (Rosamund Pike, très belle) mais nazie, et qu’il vénère l’auteur de Mein Kampf, nous nous y attendions mais qu’un chapelet s’engloutisse dans une cave à la suite des deux derniers héros aux trousses d’Heydrich noyés par la meute SS, ça étonne. C’est suffisant.
Et pourtant, cela suscite une réflexion qui rejoint celle du Vénérable W dont nous évoquions l’interview. Deux génocides se préparent, les juifs d’un côté, les musulmans de l’autre, les discours haineux se multiplient, les nazis prêchent le changement du monde et de l’Allemagne, les fanatiques birmans et boudhistes prônent l’extermination d’une « race ».
Quel point de vue défend le cinéaste ? Suffit-il d’écouter, de montrer des images, de narrer une histoire, d’affronter les réalités d’hier et d’aujourd’hui, aussi semblables qu’inadmis­sibles ? Si l’on admet le rôle pédagogique d’un documentaire nécessaire pour nous tous, que faire d’une mise en images aussi quelconque et médiocre, incapable de démontrer comment s’édifie la haine qui sert de semence aux monstres ?
Jean-Louis Coy

L’actu des sons : Lieux et création, par FREDERIC CEPEDE (a/s de Ahmad Jamal, Marseille, Harmonia Mundi, 2017 et Dejohnette, Grenadier, Medeski, Scofield, Hudson, Motema, 2017).

Marseille et Hudson, les deux derniers projets respectifs d’Ahmad Jamal et de Jack DeJohnette fournissent de stimulantes
illustrations du processus de création et de ses mystères. Leur commune référence à un lieu cher comme suppport à leurs explorations musicales n’est qu’un indice (Dejohnette, batteur et pianiste, n’avait-il rendu hommage à son pianiste aîné avec le morceau « Ahmad le terrible », allusion à un propos élogieux de Miles Davis). Avec des musiciens de cette trempe, les compagnons sont choisis en fonction des idées qu’ils ont en tête, venues de sources multiples.
Huit titres et trois fois « Marseille », en musique et en mots (un poème de Jamal traduit et chanté par Mina Agossi), longue pièce présentée d’abord par le pianiste, puis slamée au milieu du CD par Abd al Malik, et chantée pour finir. Deux standards (dont « Autumn Leaves »), des « vieilles compositions » de Jamal (« Pots de Verre », « Baalbeck ») qui ouvrent sur d’autres lieux. À deux pas de l’Afrique, la rythmique et les percussions de ses musiciens lui offrent de larges plages, variations et vibrations, pour exprimer sa vision d’une ville-carrefour, ses rues où il aime se perdre.
Autre lieu, un quatuor haut de gamme pour célébrer l’Hudson, nom du groupe formé avec DeJohnette aux manettes, la guitare saturée de John Scofield, la basse de Larry Grenadier, l’orgue suave ou le piano de Medeski : des reprises de Dylan, Hendricks, Joni Mitchell, des compositions des membres du groupe, où l’on retrouve cette liberté et cette écoute. Au cœur, du blues, du jazz, de la musique pop, surtout des univers livrés à la méditation, dans une énergie communicative. Chaque auditeur y retrouvera des marques, tant il y a d’origines à la (re)création, comme sur le dernier titre « Great Spirit Peace Chant », chant indien repris par les quatre hommes.
Frédéric Cépède
Ahmad Jamal, Marseille, Harmonia Mundi, 2017, 59’
DeJohnette, Grenadier, Medeski, Scofield, Hudson, Motema, 2017, 1h11’


L’OURS au théâtre : Démontage théâtral,
par ANDRE ROBERT (a/s La Jurassienne de réparation, Création collective du Théâtre Group’, théâtre itinérant).

Il est possible que vous croisiez ou dépassiez sur les routes de France une vieille Ford blanche suivie d’une camionnette tirant une caravane défraîchie estampillée « La Jurassienne de réparation », équipage improbable de quelque ferrailleur, brocanteur ou garagiste d’un autre temps. C’est la dernière option qui est la bonne : de façon inattendue, le théâtre s’empare du sujet « réparation automobile ».

Attractif, comme en témoigne la présence d’un nombreux public invité par la maison des Pratiques amateurs du quartier des Roches à Montreuil (93), ce théâtre itinérant (parcourant le pays depuis une dizaine d’années et parvenu à sa 403e représentation), qui relève des arts dits de rue, se joue de nuit et investit divers espaces (places, champs, stades) pour se donner à voir.
Si donc « la Jurassienne » a installé son campement à votre proximité, ne manquez surtout pas d’aller assister à la performance mise en œuvre. Car c’est bien d’une performance qu’il s’agit : démontage complet d’un moteur1, la Ford étant proprement vidée de sa substance, et remontage d’un autre jusqu’à ce que la voiture redémarre (celle-là même qui ramène chaque fois la petite troupe à sa base de départ dans le Jura), le tout en deux heures environ. Vous ne le regretterez pas car, en plus de leçons sur le moteur à quatre temps et sur les bruits différenciés selon les modèles, la performance est également théâtrale et vous rirez presque continument, en présence des quatre protagonistes. Le vieux père Camille Goydadin, bien qu’affecté d’une claudication, n’hésite pas à se glisser lestement à la première occasion sous la voiture, avec une sorte de gourmandise réparatrice ; son fils Claude (50 ans) a la truculence irrespectueuse mais finalement soumise, c’est lui qui est en charge du commentaire permanent de l’action ; Nicolas le jeune employé du coin fait preuve d’un dynamisme, quoique mesuré, au service de l’équipe, et Ali l’employé albanais est habité d’une prudente réserve.

Une saine satire
On se régale d’abord de l’accent jurassien et d’expressions vernaculaires particulièrement savoureuses. On retiendra ensuite quelques morceaux d’anthologie : la cuisson réelle de merguez, que les acteurs consommeront allègrement, dans une boîte à outils transformée en barbecue ; le récit de l’accident des Choses de la vie fait par le fils Goydadin pour « meubler » pendant l’installation du moteur, et traité au prisme du regard professionnel d’un garagiste ; les commentaires toujours un peu déjantés de l’actualité ; les rapports avec Ali, à qui on reproche de ne pas s’adapter en refusant de boire du gros rouge, mais dont on recrache le thé servi par lui avec beaucoup de gentillesse ; la mauvaise foi constante des garagistes père et fils vis-à-vis de leurs deux employés à travers des arguties différenciées selon leur nationalité. Bref, une satire sans prétention des comportements franchouillards, mais touchant parfois à des points sensibles, déclenchant presque constamment sourires ou rires de distanciation.
Tout en recommandant vivement ce spectacle, on émettra cependant une réserve : la toute fin semble de trop, car elle introduit une sorte de rupture de ton avec ce qui précède, en insistant lourdement sur une pathologie psycho-affective du fils, non soupçonnable auparavant, et sur un lourd secret de famille lié à la mère enfuie. La jubilation des comédiens à incarner leurs personnages, particulièrement le père et le fils, les emporte alors un peu au-delà des limites de la comédie « garagiste » grinçante initialement posées.
Création collective du Théâtre Group’ (Patrice Jouffroy, Martin Petitguyot, Pio, Elia et Salvatore De Filippo), transportée dans différents lieux et festivals, la « Jurassienne de réparation » suscite parmi le public une ambiance de convivialité et de bonne humeur, signe d’un théâtre généreux et populaire au meilleur sens.
André Robert

(1) La presse est invitée à ne pas dévoiler l’objet, pour maintenir le suspens. Tant pis, c’est dit ! mais savoir de quoi il s’agit ne nuit pas au plaisir…