Commémorer le 80e anniversaire du Front populaire par Alain BERGOUNIOUX et Frédérick GENEVEE

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En 2006, le programme des commémorations officielles n’avait pas retenu le 70e anniversaire du Front populaire, pas plus qu’il ne l’avait fait pour le 60e. Pourtant, en 2016, comme en 2006 et en 1996…, cet anniversaire, le 80e ne manquera pas d’être célébré.

À propos de l’exposition « 1936, nouveaux regards, nouvelles images sur le Front populaire », au Musée de l’histoire vivante, Montreuil, du 9 avril au 31 décembre 2016.


Expo_Front_populaire_Montreuil_2016Il y a dix ans, l’ampleur des publications, expositions, colloques, débats, manifestations, et l’intérêt d’un public, ont surpris la communauté historienne. Cet engouement mémoriel ne devrait cependant pas étonner tant le Front populaire constitue un des moments fondateurs de l’histoire contemporaine française, étape historique dans les mutations de la société française, « événement mythique inscrit au Panthéon des gauches ».
En quelques semaines, dans un contexte de mouvement de grèves extraordinaires, le gouvernement socialiste et radical soutenu par le Parti communiste, la CGT, la Ligue des Droits de l’Homme et par des dizaines d’associations, de regroupements politiques, sociaux et culturels fait adopter à la Chambre des députés plusieurs réformes historiques comme la réduction du temps de travail et les congés payés. Une période intense qui a marqué une génération d’hommes et de femmes qui éprouvaient enfin le sentiment que l’avenir leur appartenait, qu’ils pouvaient se projeter au devant du bonheur. Cette embellie sera courte. Vite les difficultés et les menaces extérieures l’emportent. Les années noires de l’Occupation nazie et de la collaboration, avec leurs cortèges de lâchetés, de trahisons et de morts accentuent le contraste avec l’image d’un bonheur perdu. La Résistance, puis les années de la Libération sauront renouer avec l’héritage du Front populaire. Une séquence courte (une grande année pour l’essentiel), élevée au rang d’expérience fondatrice à gauche car jamais plus ne se rencontreront ainsi pour un dialogue fécond, mouvement social, réformes gouvernementales et foisonnement culturel.
Le Front populaire existe encore. Il vit, véhicule des images dans l’inconscient collectif, participe de l’histoire nationale et républicaine, fait encore référence pour les partis, confédérations syndicales, associations composante de la gauche française.
Notre approche de ce temps fort de l’engagement individuel et collectif contre le fascisme, pour la paix, la liberté et pour la défense d’un programme politique, économique, social et culturel auxquels souscrivent 99 organisations, n’obéit à aucune nostalgie. Il est toujours important de rappeler la place qu’occupe le Front populaire dans notre histoire et d’interroger le mythe – en n’oblitérant pas les difficultés, les affrontements, les débats, les divergences, les points aveugles au cœur même de l’entente des gauches. Sa mémoire toujours vive incite à réfléchir à son actualité.
Pour notre part, nous organisons à partir du mois d’avril 2016 une exposition au musée de l’Histoire vivante, inauguré en mars 1939 à Montreuil dans le prolongement de l’esprit Front populaire avec une forte vocation à l’éducation populaire. Des conférences, des tables rondes et des journées d’étude, en partenariat avec de nombreux centres de documentation et d’archives, bibliothèques, instituts, centres universitaires sur différents aspects ou acteurs du Front populaire l’accompagneront.
Frédérick Genevée, président de l’association pour l’histoire vivante
Alain Bergounioux, président de l’OURS