jeudi 21 octobre 2021
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Sur les planches : Péguy, une éternelle jeunesse à Avignon, par ANDRÉ ROBERT

Infime contribution de ce n° d’été pour aider à se repérer dans l’immense offre de 1500 spectacles au Festival d’Avignon Off qui reprend, avec tous les défauts de ce vaste emporium du théâtre vivant, mais aussi pour notre plus grand bonheur (tout comme son homologue du In). À propos de « Notre jeunesse » de Charles Péguy, adapté et interprété par Jean-Baptiste Sastre, à voir au lycée Mistral, 11 bd Raspail, Avignon, du 10 au 29 juillet. Article paru dans L’OURS 510, juillet-août 2021.

Il nous a été donné de voir en avant-première « Notre jeunesse » de Charles Péguy, un parmi les Cahiers de la Quinzainese colletant aux défis de la « société moderne » (1910), adapté pour la scène par Jean-Baptiste Sastre, également interprète. Pour la création, le site choisi, la clairière des Fusillés au Mont-Valérien (cf. L’Ours, n° 509, p. 8), résonnait de manière particulièrement émouvante avec les propos de Péguy écrits trente ans avant les drames : « Que tant d’hommes aient tant vécu, aient tant souffert pour la République, qu’ils aient tant cru en elle, qu’ils soient tant morts pour elle, que pour elle ils aient supporté tant d’épreuves, souvent extrêmes, voilà ce qui compte, voilà ce qui m’intéresse, voilà ce qui existe. Voilà ce qui fonde, voilà ce qui fait la légitimité d’un régime ».

Nous ne pouvons totalement préjuger des effets de la transposition de cette mise en espace et en profération impressionnante des réflexions de Péguy dans un autre endroit forcément moins sacré, moins chargé de la mystique du combat pour la liberté, pour l’idée républicaine et contre le nazisme que ce haut lieu de la Résistance française. Néanmoins, la force de l’interprétation de Jean-Baptiste Sastre, qui se met au service de l’auteur tout en n’hésitant pas à s’interrompre parfois pour interpeller tel ou telle dans l’assistance et reprendre aussitôt, réalisant ainsi une véritable « performance », nous rend certain que l’intelligence et la puissance de ce retour de Péguy sur sa jeunesse opéreront auprès d’un public. Celui-ci sera sans nul doute sensible à l’hommage rendu tout au long du texte à l’idée républicaine, à l’analyse de l’importance majeure de l’affaire Dreyfus et du dreyfusisme dans la société française du début du XXe siècle, à la célébration du rôle oublié, en faveur du capitaine Dreyfus, de l’ami essentiel, Bernard Lazare (1865-1903), peut-être aussi à l’idée si chère à Péguy qu’il n’y a pas d’opposition entre son socialisme et son dreyfusisme d’autrefois avec son christianisme ultérieur, fusionnés dans un même idéal mystique. Plaidoyer pour faire « apparaître un homme, une humanité plus profonde, plus approfondie, où n’avaient pas atteint les révolutions précédentes ».

André Robert

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