Les deux principaux syndicats ont choisi une femme pour les diriger. Ce n’est pas un hasard, car il importe de rompre avec un passé où la domination masculine traduisait une conception trop verticale du pouvoir. Marylise Léon le dit sans ambages : « Je veux changer la CFDT. » (a/s de Marylise Léon, S’engager, avec Cécile Amar, Flammarion, 2025, 192p., 20€)
Ce faisant, Marylise Léon reste dans la ligne définie par Edmond Maire. Celui-ci a terminé ses mémoires en disant que la CFDT poursuit « un projet social ambitieux concrétisé par des objectifs de réformes accessibles. Mais le choix d’y prendre part, de s’engager, appartient à chacun » (L’esprit libre, 1999). Il est significatif que Marylise Léon ait choisi pour titre de son livre : S’engager ! Elle a d’ailleurs connu la CFDT à travers la fédération de la chimie, celle-là même qui fut jadis dirigée par Edmond Maire.
Militer, du local au national
Elle a en effet une formation de chimiste, tournée surtout vers l’environnement et la biologie. Son parcours étudiant, terminé par un DESS, fut assez classique. Née au Mans dans une famille bretonne fortement engagée dans la vie associative, elle fait ses études supérieures à Angers, où elle s’intéresse plus à la musique qu’au syndicalisme. C’est la vie professionnelle qui lui fera rencontrer la CFDT, à travers la fédération de la chimie-énergie où elle a la responsabilité de la formation. Les suites de la catastrophe d’AZF à Toulouse vont l’amener à travailler de façon plus militante et, en 2008, elle s’intègre dans la structure comme déléguée fédérale. Après la naissance de son deuxième enfant, elle s’engage plus avant et participe aux réunions nationales. Elle se spécialise sur le dossier des conditions de travail et se fait remarquer par Laurent Berger qui vient de succéder à François Chérèque. Elle en deviendra l’adjointe et la numéro deux de la CFDT. Elle est très active dans les négociations sur la loi El Khomri. Ses convictions et son acharnement à les défendre vont tout naturellement la désigner pour succéder à Laurent Berger à la fin de son mandat. Elle prend alors une responsabilité qu’une seule femme, Nicole Notat, issue du SGEN, avait occupée avant elle.
De l’action syndicale
À la tête du « premier syndicat de France », comme elle le rappelle, elle découvre la politique et surtout la crise de la démocratie, entretenue par un président qui exerce la verticalité du pouvoir dans tous les domaines. La pratique de la CFDT est fort différente. Rien ne se décide sans une large consultation et c’est en relation avec le terrain que se définit l’action syndicale. Là, pas de « course de petits chevaux, comme pour Matignon ». Souvent, dit-elle, « les partis politiques s’intéressent plus à leur communication qu’à la construction d’un projet de société ». La CFDT a le souci des travailleurs en tant que personnes, sachant que le travail est au cœur de la vie sociale. « Ni valeur travail ni droit à la paresse », mais des situations concrètes dont veulent parler les salariés : leurs difficultés à tenir la fin de mois ; leur angoisse de perdre leur emploi ; leur peur de ne pas réussir à bien faire leur travail ; leur volonté de progresser, d’être reconnus, respectés. Dans l’action, la CFDT n’est pas seule, il y a d’autres syndicats, en particulier la CGT. Ils ne fonctionnent pas de la même manière, mais leur union est indispensable face aux grands enjeux du travail. Ils doivent notamment se retrouver dans le combat contre l’extrême droite et tout ce que Trump représente comme vision du monde.
Marylise Léon insiste sur ce qu’elle peut apporter de spécifique : dans la défense de l’environnement, la cause des femmes et l’amélioration des conditions de travail (avec leurs conséquences sur les retraites). Insistant sur le caractère démocratique de la CFDT, elle entend en faire un atout dans la négociation, pour obtenir des avancées sociales. Elle termine sur la question des retraites où les politiques se sont disqualifiés les uns après les autres. Seule la négociation sociale, avec le souci de l’avenir des jeunes et pas seulement des retraités d’aujourd’hui, peut permettre d’avancer. Alors, et c’est le mot de la fin, « rendez-vous en 2027 ».
Ce livre, rédigé avec le concours de Cécile Amar, vient au bon moment. La panne budgétaire oblige à s’interroger sur la façon de faire de la politique. L’exemple syndical doit nous inspirer. Un changement s’impose. La CFDT, avec sa toute nouvelle secrétaire générale, en sera un acteur incontournable.
Robert Chapuis
Article paru dans L’ours 545 janvier-février 2026
