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Les socialistes, l’OURS et le centenaire de la Commune de Paris, par Denis Lefebvre et Jean-Jacques Piette

La Commune de Paris, toujours vivante ? En tout cas, elle suscite l’intérêt, mais aussi les polémiques comme on a pu le mesurer à l’occasion du 15Oe anniversaire. Dans son mensuel, notre office a consacré à cet événement plusieurs articles et dossiers, et nous publions ici deux études revenant sur cette histoire. La première, due à Denis Lefebvre, évoque les commémorations faites par les socialistes des anniversaires, en s’arrêtant à celle de 1971, au centenaire donc. Dans son texte, il évoque la façon dont l’OURS, créé deux ans plus tôt par Guy Mollet, s’est inscrit dans l’événement. Nous avons voulu aller plus loin sur ce point. C’est l’objet de la seconde étude, sous la plume de Jean-Jacques Piette, alors secrétaire général adjoint de notre office. Dernier responsable vivant de l’OURS débutant, il revient sur la façon dont le centenaire a été préparé puis réalisé par nous.

Le socialistes français et la Commune de Paris, par Denis Lefebvre

Les socialistes français, dès qu’il l’ont pu, ont toujours tenu à commémorer la Commune de Paris. Souvent dans des conditions difficiles, comme on le voit dans les textes publiés à l’occasion de la première commémoration, au Mur des Fédérés, en 1880… interdiction d’entrer dans le cimetière du Père Lachaise avec des gerbes, gerbes arrachées, militants frappés, impossibilité d’approcher du Mur symbolique, cerné par la police, etc.

C’est cette année-là que, pour la première fois après ces années de silence, on descend dans la rue pour commémorer les événements de 1871. Peut-on d’ailleurs « commémorer Â» une défaite, un massacre ? Mais les choses ont évolué peu à peu. Si Eugène Pottier écrivait en 1876 : « La semaine sanglante, en pourrais-je parler ? Â», le même est d’avis en 1881 : « Le massacre en l’éclaboussant en fit une page historique Â». Mai 1871 et ses morts sont désormais entrés dans le panthéon socialiste. Le mois de mai est maintenant l’occasion de vouloir affirmer sa présence, sa force, sa détermination à lutter.

Des montées au Mur sous tension

Jusqu’en 1885, on relève de nombreux blessés à chaque manifestation. En 1882, les discours sont autorisés devant le Mur. A partir de 1883, les drapeaux sont autorisés dans l’enceinte du cimetière. La police note les textes inscrits sur les gerbes, en arrache certaines du Mur.

Avant et après la montée au Mur, des chansons sont entonnées. C’est en 1905 qu’on relève dans les rapports de police la première évocation de L’Internationale, mais d’autres chansons appartiennent au patrimoine socialiste, et font explicitement référence à la Commune, pour en souligner les temps forts, voire l’action. On note ainsi un chant rédigé par un socialiste Nordiste, bien oublié aujourd’hui, Jean-Baptiste Jacobs : Salut Commune. Chaque couplet se termine par ces mots, qui constituent autant de slogans et de rappels : « Salut, patrie universelle Â», « Salut, glaneuse de l’idée Â», « Salut, glorieuse martyre Â», « Salut, toi qui pour nous es morte Â», « Salut demain. Salut justice Â».

Le droit de manifester n’est toujours pas reconnu de façon précise et nette, même dans les premières années du XXe siècle. Pierre Renaudel doit encore écrire dans L’Humanité du 27 mai 1910 qu’il faut se rendre au Mur des fédérés le 29 « pour honorer nos morts et pour conquérir le droit de manifestation Â». Il s’agit de lutter contre ce qui constitue une tolérance, qui est par exemple remise en cause en 1913, alors que les socialistes intègrent la commémoration de la Commune dans un mouvement plus vaste, de lutte politique. Cette année-là, en effet, le pouvoir interdit la manifestation. Alors, les socialistes et Jean Jaurès en tête se rabattent sur une commune de banlieue : le Pré-Saint-Gervais. Jusque-là, ils n’étaient que quelques milliers à fouler les allées du Père Lachaise. En 1913, ils sont peut-être 150000 à écouter Jaurès prononcer un de ses plus grands discours.

Alors que la mémoire vivante de la Commune s’estompe peu à peu avec la disparition progressive des survivants, les socialistes réussissent à prendre le virage, à faire perdurer la montée vers le Mur, à l’intégrer aux luttes du temps, à en tirer aussi des leçons différentes selon l’époque, le contexte. On le voit surtout à partir du début des années 20, celles de l’éclatement du mouvement socialiste unifié, tandis que se crée le Parti communiste.

La gauche divisée

Les socialistes sont alors en concurrence directe avec les communistes, et chaque manifestation leur offre l’occasion de mobiliser leurs troupes, en essayant d’y intégrer d’autres forces. Bref, les défilés ne sont pas « unitaires Â» ! À quelques exceptions notables près, bien sûr : pendant la montée vers le Front populaire, avec la grande manifestation unitaire de mai 1936, à quelques jours de la victoire électorale. Ou en mai 1945, dans la joie de la Libération, immense et première manifestation de l’après-guerre, à laquelle se joignent notamment la CGT et le Comité parisien de libération… tout parait alors possible, jusqu’à la Guerre froide, deux ans plus tard. Le rideau tombe. On retrouve la division, les anathèmes. Chaque commémoration offre aux socialistes l’occasion d’affirmer une filiation, la justesse d’un combat, Il s’agit de lutter contre l’ennemi intérieur, le Parti communiste stalinisé, mais en n’oubliant pas les victimes du communisme international, tous les pays annexés par l’URSS. Les années passant, on s’achemine vers le centenaire, en 1971. Le mouvement socialiste est alors lui-même divisé entre un « Nouveau Parti socialiste Â» né en 1969 après la disparition de la SFIO et certains clubs ou organisations qui ne rejoindront le parti unifié que quelques semaines plus tard, au moment du congrès d’Épinay.

La commémoration du centenaire

Le centenaire offre l’occasion de plusieurs manifestations et rencontres.

Le 18 mars, socialistes et syndicalistes non communistes se retrouvent à la salle parisienne de la Mutualité, haut lieu entre tous. Une soirée animée par Léo Campion réunit de nombreux militants, et offre l’occasion d’entendre des discours d’André Bergeron (FO), Albert Detraz (CFDT), James Marangé (FEN) et François Mitterrand (CIR). Sans oublier, bien sûr, le Premier secrétaire du PS, Alain Savary, qui assume dans son discours lui aussi la filiation : les socialistes, « héritiers de Jaurès Â», sont les héritiers des morts de la Commune. Un comité national pour la commémoration du centenaire de la Commune a été mis en place, regroupant 21 associations, dont le PS, la CIR, la CFDT, FO, la FEN, le Grand Orient de France, la Grande loge de France, la Ligue des droits de l’homme, la Fédération anarchiste. Ce comité organise le 7 mai à la Bourse du travail de Paris, une « veillée des historiens Â», avec notamment R. Chéramy, J. Guyard, J. Rougerie, J. Poperen.

Un passage par le Mur s’impose, bien sûr. Un passage, ou plutôt… des passages. Car chaque grande famille a son comité, sa manifestation. Le 22 mai est le jour phare, et les cortèges se succèdent. Le premier regroupe 4000 personnes, à l’initiative d’un Comité pour la commémoration du centenaire de la Commune de Paris. Le même jour, la CFDT et le PSU réunissent eux aussi 4000 personnes. Quelques jours auparavant, la Ligue communiste révolutionnaire avait mobilisé près de 30000 personnes. Le 23, le PCF revendiquera 50000 manifestants.

4000 personnes, pour la famille socialiste, cela peut paraître peu. Mais les socialistes n’ont jamais eu la pratique des mouvements de masse. Ce n’est guère dans leur tradition, à la différence des communistes, qui, eux, descendent facilement dans la rue. Mais en 1971 l’heure n’est plus aux injures et aux anathèmes entre les deux familles de la gauche « officielle Â». 

Des débats, des publications

On le mesure au niveau des débats intellectuels organisés pour l’anniversaire. Dans le cadre de la semaine de la pensée marxiste, les communistes organisent du 22 au 29 avril 1971 une série de rencontres auxquelles participent plusieurs socialistes dont Jacques Piette, Denis Cépède et Claude Estier. L’ancien secrétaire général de la SFIO, Guy Mollet, intervient de son côté en mai 1971 dans un colloque international sur la Commune organisé par les communistes, sous l’égide de l’Institut Maurice Thorez : l’heure est aux gestes symboliques, à la confrontation, au dialogue. L’OURS, Office universitaire de recherche socialiste, organise de son côté, entre mars et mai 1971, cinq soirées débat sur la Commune, qui entendent constituer un lien entre l’histoire et l’actualité de l’époque, autour de cinq thèmes principaux : insurrection-révolution-prise du pouvoir ; la révolution en tant qu’anti-violence ; démocratie et pouvoir révolutionnaire ; l’homme nouveau dans une vie nouvelle ; du phénomène révolutionnaire à la situation révolutionnaire. Ces rencontres réunissent un nombre important de participants, d’horizons très variés,

Les publications socialistes à cette époque sont peu nombreuses, mais force est de constater que nombre d’entre elles restent bien silencieuses sur la Commune. Dans Dire, publication proche de François Mitterrand, on trouve un article François Fontvieille-Alquier, semble-t-il déjà paru auparavant dans Hebdo TC. Mais rien dans les publications du CERES de Jean-Pierre Chevènement, ni dans celles du club de Jean Poperen, toutes deux sans doute avantage préoccupées par l’immédiate actualité : celle de la préparation du congrès d’Épinay. La Revue socialiste, cette vieille dame du socialisme, est quant à elle malgré tout présente dans le débat avec un article de Jacques Guyard, « Questions pour un centenaire Â».

Tout cela reste de facture très classique, alors que la Commune se voulait invention permanente, création, imagination. Quelques trublions entendent cependant mettre leur grain de sel. Il s’agit des Jeunesses socialistes. Mais ils ne se départissent pas des questions de l’heure. Alors, dans leur organe, L’Insurgé, ils lancent « La Commune. 4 manifestations ! Pourquoi pas tous ensemble ? Â» Il n’y a eu, écrivent-ils, qu’une Commune de Paris, alors pourquoi quatre défilés ? Pourquoi ces oppositions permanentes ? Mais leurs aînés ne répliquent pas, préoccupés qu’ils sont par des questions autrement plus importantes !!!

Que retenir de toute cette période, sur un siècle ?

Il est indéniable que le caractère des manifestations est différent selon les périodes. Les socialistes sont montés au Mur, « animés parfois par l’esprit de vengeance, et plus souvent encore, par le goût de l’espérance Â», pour reprendre une belle expression de Claude Fuzier. Ils ont toujours considéré que la Commune était vivante. À signaler aussi qu’ils peuvent, selon le moment, insister sur tel aspect ou sur tel autre de cet événement. La lecture des slogans appelant à manifester est à cet égard très révélatrice. On y souligne le combat pour la République, ou celui pour la révolution à poursuivre, on s’adresse aux militants, aux républicains, aux démocrates.

Selon les périodes, l’héritage est ressenti négativement ou positivement, dans la douleur, la mythification des morts, ou dans l’espérance.

Surtout, la Commune offre bien des éléments fédérateurs de la gauche socialiste, car elle offre l’avantage d’avoir été brève, populaire, innovante et surtout… massacrée. Enfin, jusqu’en 1971 – les quelques manifestations qui suivent ont surtout un caractère rituel – elle est une espérance patriotique, internationaliste et socialiste.

Denis Lefebvre

L’OURS et le centenaire de la Commune de Paris, par Jean-Jacques Piette

Je suis alors secrétaire général adjoint de l’Office, après avoir succédé à Roger Fajardie, qui n’a occupé ce poste que quelques semaines, lui et les amis de Pierre Mauroy ayant quitté le conseil d’administration après le congrès socialiste d’Issy-les-Moulineaux, en juillet 1969… Mais c’est une autre histoire… Restons pour le moment sur la Commune de Paris.

Dès 1970, L’OURS entend se manifester de multiples façons sur les questions soulevées par la Commune à l’occasion de son centenaire, indépendamment de toute organisation, sur la base du Manifeste que nous avions adopté en 1969, à notre création, en association à nos travaux différentes forces et partis de gauche, des syndicats et différentes entités y compris religieuses en France et à l’étranger. Très tôt j’ai eu à ce propos des contacts en Allemagne (avec la Fondation Friedrich Ebert) et en Italie.

Décision est prise d’organiser en 1971 des colloques. Avec leur préparation, j’ai renoué avec la pratique des rencontres que j’avais organisées à partir de 1963 dans la fédération SFIO de la Seine avec Claude Fuzier, son secrétaire général.

Février 1970 : l’OURS lance un appel

En février 1970, notre mensuel lance un « Appel pour le centenaire de la Commune de Paris Â» â€¦ Â», « adressé aux bonnes volontés afin de retrouver ensemble la Commune vécue et vivante. Â» Le journal annonce aussi « qu’un comité d’organisation a été constitué pour la recherche, la formation et des colloques Â» sous la responsabilité de B. Scemama. 

Celui-ci, dans le journal suivant, rappelle la démarche et précise : « Notre comité d’organisation du centenaire travaille discrètement mais efficacement Â». En effet, des relais se mettent en place dans une vingtaine de départements. Puis des lettres sont adressées à différents intellectuels que nous connaissons pour obtenir leur participation :

Soit à l’élaboration d’un outil de formation,

Soit à l’élaboration d’un cahier spécial qui serait publié en mars 1971, 

Soit aux colloques que nous envisagions pour mars et avril 1971.

Avec Guy Mollet, nous déjeunons avec certains d’entre eux.

En mai 1970 Guy Mollet dans l’éditorial du journal de l’OURS écrit avec optimisme (c’était un de ses défauts) « …  L’Ours à un an… l’équipe chargée de préparer les manifestations pour l’anniversaire de la Commune est au travail… Â». Et il annonce : « Notre comité d’organisation du centenaire poursuit son travail et s’est récemment enrichi de collaborations nouvelles Â». Cet homme était devenu bavard.

En juin 1970 dans le journal suivant, les rencontres évoquées ci-dessus n’étant pas terminées, il est écrit : « Centenaire de la Commune : le comité d’organisation fera connaître dès octobre la composition du comité de parrainage et les thèmes des différents colloques… Il a en outre retenu l’hypothèse d’une série de cours pendant la période du centenaire… Â»

Il est vrai que nous savions déjà les refus (il y en eut) et les accords de ceux qui acceptaient de participer à une ou plusieurs des manifestations énoncées ci-dessus.

En septembre 1970, le mensuel rappelle que notre petite équipe mène depuis 6 mois un « cycle d’étude sur l’histoire du mouvement ouvriers et socialiste Â» et que dans ce cadre elle a adressé aux abonnés de l’OURS une cinquième étude : La Commune.

L’avancement du projet

Les entretiens ou déjeuners préparatoire changèrent de nature (Claude Fuzier s’étant joint à nous) : 

– Jacques Duclos du PCF nous invite par deux fois pour définir la participation du PCF d’alors à nos colloques et nous demander notre participation à un colloque international de l’Institut Maurice Thorez dont il ignorait encore tout. Nous avons accepté sur le principe en tant qu’OURS mais pas sous d’autres étiquettes.

– Puis le PSU accepte que trois de ses membres participent à nos colloques.

– Puis au cours d’un déjeuner François Mitterrand accepte que deux membres de la CIR interviennent dans les colloques.

De son côté Pierre Guidoni membre du CERES et de l’OURS m’assure que le CERES sera présent. En fin d’année nous avons l’accord de tous les syndicats sauf de FO.

Dans le mensuel de décembre 1970, Guy Mollet, présentant les vœux de l’OURS… fait part d’un travail solide sur la Commune et de cinq colloques en préparation.

Dans ce même numéro, trois pages sont consacrées à Â« Cent après : l’OURS et la Commune Â».

Sur la première de ces pages :

Nous republions : « L’appel du journal de février 1970 Â».

Puis nous précisons, sur le travail du comité d’organisation…

… il s’est enrichi de quelques participants prestigieux tel Henri Lefebvre qui fut longtemps le doctrinaire officiel du PCF puis s’en est écarté

… il a créé des groupes de recherche à Paris et en province (trente départements, me semble-t-il)

… il a pris des contacts avec l’étranger (Belgique, Allemagne, Suède, Grande-Bretagne, avec une revue italienne très marquée par Gramsci, Critica sociale, et la Yougoslavie.

… il annonce sans les nommer (volontairement) la participation de sociologues, d’économistes, d’historiens à l’ensemble des actions : colloques, enseignements, expositions…

… il donne l’ordre du jour d’un cycle de formation sur les thèmes suivants : la situation économique et sociale à la veille de la Commune ; la désintégration de la société à Paris ; la Commune se défend ; une vie nouvelle

Sur une seconde page sont présentés les résumés de ce que seront les rapports des cinq colloques programmés : Insurrection, révolution, prise du pouvoir ; la révolution en tant qu’antiviolence ; démocratie et pouvoir révolutionnaire ; l’homme nouveau dans une vie nouvelle ; uu phénomène révolutionnaire à la situation révolutionnaire.

Une troisième page offre un article de fond de P. Rebourg, « Commémoration de la commune (1871) Â».

Dans le journal de janvier, nous publions sur une page un article de Jean Clodion membre du comité d’organisation « Cent ans après : l’OURS et la Commune, présence du passé. Â»

Nous animerons, Jean Clodion et moi sur plusieurs mardis, de janvier à mars 1971, le cycle de formation dont les thèmes avaient été donnés dans le numéro de décembre. Puis l’un et l’autre nous irons dans plusieurs départements répéter ce cycle de conférences.

Notre mensuel mis à contribution

En février 1971, notre mensuel reproduit un éditorial de Guy Mollet intitulé « La Commune et la démocratie Â». Il en profite pour commenter trois phrases du programme des Communards. Dans ce journal suit une longue interview de Jacques Rougerie considéré à l’époque comme « le Â» spécialiste de l’histoire de la Commune. Cet article est suivi par la toute première publicité sur l’ordre du jour et les rapporteurs des cinq colloques. 

Dans ce même journal, on trouve une courte analyse de L’histoire de la Commune de 1871 de Lissagaray rééditée par Maspero. J’y note : « C’est l’ouvrage le plus classique et le plus émouvant de la Commune Â». Il y a aussi une analyse plus critique par Jean Clodion d’un ouvrage de Jacques Duclos, La Commune de Paris à l’assaut du ciel. Puis, dans ses notes de lecture, Guy Bordes évoque la presse des années 1944 ou la Commune de Paris est souvent évoquée.

Vient enfin le journal de mars 1971 N°18, spécialement consacré à l’événement Commune.

Dans son éditorial, Guy Mollet détaille le travail fait depuis un an et ce qui va être fait jusqu’en mai par l’OURS.

En page 2, Le secrétaire général Denis Cépède y va de son « mot Â», comme chaque mois, mais ici centré exclusivement sur la Commune. L’appel de l’OURS de 1970 est aussi rappelé.

La page 3 est consacrée à ce que nous appelons pour l’occasion les « mercredis Â» de L’OURS, la présentation des cinq colloques qui vont s’enchainer. Et chacun peut voir la qualité des intervenants et le fait que toute la gauche y participe sauf FO. J’ai quelque fierté d’avoir été l’homme-orchestre de ces mercredis.

Puis viennent sur six pages quatre pré-rapports issus des groupes de travail mis en place un an plus tôt sur lesquels vont travailler les adhérents pendant trois mois :

Insurrection, prise de pouvoir, révolution, présenté par G. Rosenwald,

La révolution en tant qu’antiviolence, présenté par P. Rimbert,

La Commune et la démocratie, présenté par… moi,

La Commune et le domaine culturel, présenté par P. Cousteix

Puis une page reprend in extenso « la déclaration au Peuple français du 19 avril 1871 Â» par « la Commune de Paris.

Suivent ensuite des analyses de livres : La Proclamation de la Commune, d’Henri Lefebvre analysé par T. Pescioux, un des pseudonymes dans nos publications de Pierre Cousteix ; Paris Libre 1871, de Jacques Rougerie analysé par P. Rimbert ; La Commune, de Thalès, réédité par les cahiers de Spartacus préfacé par Trotski en 1921.

Sans oublier un rappel de toutes les publications qui venaient de paraître sur la Commune, suivies d’un commentaire d’une phrase.

Cette publication offre l’occasion d’inviter la presse dans les locaux de l’OURS au lendemain de sa parution. Soit le 23 mars 1971. Les revues du PS, du PCF, du PSU, de la CFDT, de la CGT, de la FEN ainsi que deux revues proches des chrétiens de gauche assistent à cette conférence de presse et des journaux généralistes :  Le MondeLa Voix du NordLa Dépêche du midi… et autres titres dont j’ai oublié les titres. A ces journalistes français s’ajoutaient nos interlocuteurs allemands, italiens, belges et yougoslaves. De nombreux articles sont publiés dans la presse pour annoncer notre projet, et d’autres suivront au fil de nos colloques et rencontres : dans Le MondeL’Humanité et d’autres titres.

Les colloques

Le déroulement de nos manifestations :

  • 24 mars 1971, premier colloque à Bondy devant 200 personnes :

Insurrection, Révolution, Prise du pouvoir

Animateur, Jacques Fleury de l’OURS (futur député), 

Communications par deux rapporteurs : 

Dominique Taddéi, doyen de la faculté de droit d’Amiens

Maurice Benassayag, chargé de cours à Paris IV, 

Cinq débateurs :

Claude Fuzier, secrétaire national du PS ou Robert Verdier

Victor Joannes, membre du comité central du PCF, 

Danièle Léger, sociologue et membre du PSU, 

Robert Telliez, membre de la commission exécutive de la CGT, 

Jean-Paul Bachy, du groupe permanent de la CIR. 

Avec deux interventions non prévues à l’origine : Guy Mollet, président de L’OURS et Didier Motchane du CERES.

  • 31 mars 1971, second colloque à Suresnes devant 190 personnes. 

La Révolution en tant qu’antiviolence

Animateur, Pierre Rimbert, 

Communications par deux rapporteurs :

Jacques Rougerie, professeur à Paris 1,

Henri Lefebvre, Professeur à Paris X.

Cinq débateurs :

Denis Cepede, secrétaire du PS, 

Marcel Rosette, du comité central du PCF, 

Danièle Leger, sociologue, du PSU, 

Michel Warcholack, de la commission Exécutive de la CGT, 

Révérend Père Sommet, directeur du centre d’études et de recherches philosophiques,

Deux interventions non prévues : Robert Fonteneau du CERES et Jean-Jacques PIETTE, secrétaire général adjoint de l’OURS, 

  • 21 avril 1971, troisième colloque à Cachan devant 350 personnes.

Démocratie et pouvoir révolutionnaire 

Animateur, Jacques Villedary,

Communications par deux rapporteurs :

Pierre Joxe, de la CIR 

Robert Buron, Président d’Objectif 1972

Cinq débateurs :

Jacques Piette, membre du CD du PS, 

Claude Quin, du PCF et rédacteur en chef de la revue Ã‰conomie et politique,

Freddo Krumnov, de la CE de la CFDT, 

Jean-Louis Moynot, secrétaire confédéral de la CGT, 

Robert Chéramy, de la FEN, 

Révérent Père Madelin rédacteur politique à la revue Concept.

  • 23 avril 1971 : Quatrième colloque à Cachan devant 350 personnes.

L’homme nouveau dans une vie nouvelle

Animateur Yves Durand (futur député), 

Communications par deux rapporteurs :

Jean-Marie Domenach, directeur de la revue Esprit,

Henri Laborit, biologiste, 

Cinq débateurs :

Claude Fuzier, secrétaire du PS (remplacé par Jean-Jacques Piette)

Pierre Juquin, du CC du PCF, 

Jean Dubois, de la CE de la CGT, 

André Henry de la FEN (SNI) 

Pierre Goureau, professeur à Nantes et Coopérateur du secrétariat français pour les non-croyants, 

  • 5 mai 1971 : Cinquième colloque à Bondy devant 500 personnes.

Du phénomène révolutionnaire à la situation révolutionnaire

Animateur Jean-Jacques Piette,

Communication par un rapporteur :

Guy Mollet, président de l’OURS 

Cinq débateurs :

Alain Savary, premier secrétaire du PS,

Guy Besse, du bureau politique du PCF,

Henri Krasucki, secrétaire confédéral de la CGT, 

André Ouliac, secrétaire général du SNI, 

Albert Detraz, de la CE de la CFDT

En mai 1971, notre revue est entièrement consacrée au centenaire de la Commune. Il s’agit d’un recueil de documents classés chronologiquement en quatre parties : avant la proclamation de la Troisième République, de cette proclamation au 18 mars, du 18 mars à l’instauration de la Commune, pendant la Commune

Ce travail a été conçu par Guy Mollet et Henri Lefebvre (le penseur du matérialisme historique du PCF) avec les quatre groupes de travail.

Le même mois, dans son éditorial du Journal N°20, Guy Mollet dans un éditorial consacré au deuxième anniversaire de l’OURS rappelle que « ces colloques ont obtenu un succès remarquable et retenu l’attention de toutes la critique » … Il rappelle aussi les « Ã©changes que l’OURS a établi avec de nombreux établissements similaires à travers le monde. Â»

Avant d’en terminer avec ce centenaire, il me faut évoquer un point, qui n’est pas sans importance : tout ce travail de l’OURS s’est enchaîné (et c’était convenu de longue date) avec un colloque international organisé par l’institut Maurice Thorez du 6 au 9 mai 1971, auquel ont participé pour notre office Guy Mollet et moi-même. Nos interventions respectives s’inspiraient des thèmes abordés lors des cinq mercredis de l’OURS. Guy Mollet y a traité de « La Commune, l’État et la démocratie Â». De mon côté, j’ai évoqué le thème suivant : « La réalisation d’un homme nouveau dans le cadre d’une vie nouvelle Â».

Quelques mois après cette intense mobilisation, l’OURS a consacré trois de ses cahiers aux manifestations qu’il a organisées, le numéro 23 aux deux premiers colloques, les numéros 24 et 25 aux trois derniers colloques.

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