AccueilActualitéLes mutations de la Bigorre, par Arnaud Dupin

Les mutations de la Bigorre, par Arnaud Dupin

Dans un beau livre illustré par de nombreuses photographies, l’historien José Cubéro se propose de revenir sur l’histoire industrielle et sociale des Hautes-Pyrénées. A propos de José Cubéro, Histoire sociale et industrielle des Hautes-Pyrénées. Les entrelacs du local et du national, Pau, Cairn éditions, 2021, 336p, 25 €

Territoire au caractère rural fort, ce département passe à côté de la première industrialisation. Les activités prégnantes y demeurent l’agriculture et l’artisanat. Dans les années 1870, la préfecture Tarbes tire profit de son éloignement de la frontière allemande. Suite à la défaite, l’État prend la décision d’implanter dans cette ville un arsenal. Deux autres atouts expliquent cette installation industrielle : le nÅ“ud ferroviaire que représente la préfecture et la production massive d’énergie hydroélectrique. L’usine d’armement est un centre de production important durant la Première Guerre mondiale mais son activité décroît au fur et à mesure du conflit. Le gouvernement donne alors sa préférence à des usines plus proches du front.

Du fait de la présence de l’arsenal, les activités se diversifient jusqu’à former un « complexe militaro-industriel Â» durant la guerre. Des entreprises se lancent dans l’électrométallurgie, dans la production d’explosifs ou de matériel ferroviaire. Après 1918, l’activité industrielle perdure non sans reconversion. Les produits chimiques utilisés pour la fabrication d’explosifs (azote, phosphates) servent à produire des engrais agricoles. 

La crise des années 1930 touche tardivement le département. La majorité des ouvriers qui n’ont plus d’activité se font employer dans les exploitations agricoles et un programme de grands travaux est mis en place (construction d’un preventorium, des archives départementales et d’un asile psychiatrique). La conflictualité dans les usines reste assez faible, les syndicats donnant la priorité à la conservation de l’emploi. 

La débâcle de 1940 permet l’implantation de nouvelles usines : Hispano-Suiza et Dewoitine dans l’aéronautique, Panhard dans l’automobile, Ugine dans l’aluminium… L’arsenal, quant à lui, est contrôlé par Vichy puis tombe dans l’escarcelle de l’occupant en novembre 1942. Si les ouvriers se montrent peu disposés à collaborer avec l’Allemagne et ses séides, l’usine d’armement est un centre d’organisation de la Résistance. À la Libération, les ouvriers se lancent pleinement dans la « bataille de la production Â» afin de contribuer à la reconstruction du pays.

Durant les « trente glorieuses Â», l’activité industrielle semble confortée. En 1965, les Hautes-Pyrénées compte 26 000 ouvriers (30,5 % de la population active) contre 29 000 agriculteurs. À partir des années 1970, les mutations de l’économie internationale et l’évolution de la donne géopolitique (fin de la guerre froide, mondialisation) vont cependant porter un coup dur au département. De nombreux groupes vont fermer leurs portes jusqu’à l’arsenal en 2006. On peut parler d’une véritable désindustrialisation, le nombre d’ouvriers passant de 12 000 en 1972 à 3 200 en 2004. Elément important de l’identité du département, la diminution drastique de l’activité industrielle affecte beaucoup la population locale. 

Dans les dernières pages de l’ouvrage, José Cubéro présente un panorama de l’industrie contemporaine afin de relativiser la disparition des activités lourdes. La dynamique tourne désormais autour des activités de haute-technologie (céramique, Sagem, Alstom), de l’aéronautique (avions d’affaires, démantelement des avions en fin de vie) et de la formation. Tarbes est devenu un pôle universitaire de 6 000 étudiants. La ville dispose également d’un aéroport disposant d’une liaison quotidienne avec Paris. Toutes ces initiatives sont soutenues par l’ensemble des acteurs politiques et syndicaux afin que le département demeure attractif. Sans pavoiser outre mesure, la situation des Hautes-Pyrénées semble plutôt positive puisque le secteur industriel représente encore 15% de l’emploi du département et que la population totale ne cesse d’augmenter. Le département aurait-il réussi son insertion dans la troisième révolution industrielle ?
Arnaud Dupin

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