AccueilActualitéL’anticommunisme, un vaste programme, par JEAN-LOUIS PANNÉ

L’anticommunisme, un vaste programme, par JEAN-LOUIS PANNÉ

On ne peut que partager l’avis des maîtres d’œuvre lorsqu’ils écrivent : « Les 25 contributions proposées dans ce volume centrées sur les années 1917-1991 permettent de prendre la mesure de l’importance, de la variété et de la durée de l’anticommunisme tout au long du XXe siècle en Europe. » Conscients du renouveau des travaux historiques, les initiateurs du colloque nous avertissent : « Force est pourtant de constater que de nouvelles pistes devraient être creusées, en particulier pour articuler cette histoire centrée sur l’Europe à d’autres continents, notamment aux Amériques et à l’Asie… » Certes, mais il ne faudrait pas lâcher la proie pour l’ombre, tant il reste à explorer sur les terrains français et européen.

Anticommunisme et/ou antisoviétisme.

Une synthèse de l’anticommunisme vu par les communistes, et pas seulement eux, éclairerait beaucoup de choses. Les compagnons de route ont joué leur rôle et au sein de la SFIO. Un dirigeant tel Jean Zyromski écrivait dans Le Populaire du 20 mars 1939 : « L’anticommunisme sur le plan intérieur qui se traduit par la volonté d’isoler le Parti communiste, de rejeter en dehors de la communauté nationale toute une fraction de la classe ouvrière, rejoint l’anticommunisme sur le plan extérieur qui vise à dénoncer le pacte franco-soviétique, et à isoler à la fois l’URSS et notre pays devant la coalition du fascisme international. » Zyromski conclut : « L’“anticommunisme” voilà l’ennemi, voilà notre ennemi », retournant la formule du ministre de l’Intérieur de 1927, Albert Sarraut : « Le communisme, voilà l’ennemi. »

L’article de Zyromski pose la question du lien entre anticommunisme et antisoviétisme. On peut être anticommuniste sur le plan intérieur, et n’être pas antisoviétique, ce qui ouvre à toute sorte de modalités. On peut être les deux par logique politique ou idéologique. Mais le rapport entre la perception des questions de politique internationale, d’une part, et les prises de position de politique intérieure strictement politiques face au communisme, d’autre part, n’est pas toujours évident. À cette complexité s’ajoutent les évolutions des groupes et des discours en fonctions des situations nouvelles, mais nous n’allons pas parcourir ici à nouveau cette histoire si riche1. Sur quoi repose le rejet radical de l’Union soviétique et du communisme ? On verra, grâce au kaléidoscope proposé ici, que cela renvoie aux cultures et aux expériences de chaque segment envisagé.

Avec cet ouvrage, les panoramas antérieurs sont considérablement enrichis. Contrairement à ce qu’avait avancé Ignazio Silone2, l’opposition au communisme et à la politique soviétique dépasse très largement les milieux des « ex ». L’importance de cet affrontement entre anti et pro apparaît comme structurant plus qu’on ne le croit la vie de nos sociétés au XXe siècle. On pense aux divers comités et aux organismes tels que Paix et Liberté3.

Prolongements

Si toutes ces communications contribuent à prolonger des travaux antérieurs et invitent à de nouvelles recherches, il paraît nécessaire, à l’avenir, de se pencher sur le syndicalisme. En France – et ceci n’est qu’un exemple –, la réunification de la CGT (Jouhaux) et de la CGTU (Frachon) est très vite fragilisée par ce que le courant réformiste, rassemblé autour de René Belin et le journal Syndicats, appelle la « colonisation communiste » qui connaîtra un coup d’arrêt avec la troisième scission qui eut lieu en raison du pacte-germano-soviétique.

Soyons satisfaits que les actes du colloque dont est issu ce livre ouvrent des perspectives de recherches déjà nourries de nombreux travaux – ici référencés – qui renouvellent notre vision de ces courants de pensée, de ces personnalités et de ces organismes de lutte contre le communisme.

Jean-Louis Panné
article paru dans L’ours 545, janv-fev 2026

1. Pour mémoire : Remboursement des emprunts franco-russes ; réception de l’Encyclique Divini Redemptoris sur le communisme athée (19 mars 1937) du pape Pie XI ; positionnement politique des prisonniers libérés par l’Armée rouge ; réception des livres d’Arthur Koestler ; actions de l’Assemblée des nations captives ; meeting de l’Union pour la défense des peuples opprimés ; brochures d’Henry Frenay ; la collection Les Îles d’Or chez Self, puis Plon (existe-t-il des archives ?) ; éditions Calmann-Lévy avec le livre Le Dieu des ténèbres (Koestler, Richard Wright, Gide, Louis Fischer, et Stephen Spender, Silone) ; voyage des socialistes à Moscou en 1956 ; activités de Suzanne Labin ; le comité international pour l’Europe des libertés ; les mouvements de soutien au syndicat polonais Solidarnosc ; autant de sujets à garder en mémoire…

2. I. Silone : « La lutte finale, ai-je dit à Togliatti en plaisantant, sera celle des communistes et des ex-communistes » (Le Dieu des ténèbres, Calmann-Lévy, 1950).

3. Si les archives conservées par Pierre Rostini ont pu être récupérées, il n’en est pas de même des nombreux dossiers de presse, fondement du travail de Paix et Liberté et du Bulletin Ésope, à l’exception des dossiers concernant les socialistes, pris en charge par l’OURS.

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