mardi 23 avril 2024
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Joseph Paul-Boncour, un compagnon de route socialiste, par RAYMOND KRAKOVITCH

Matthieu Boisdron, chargé d’enseignement à Nanterre Université, a accompli un travail remarquable sur un homme politique important de l’entre-deux-guerres, injustement oublié aujourd’hui. (a/s de Mathieu Boisdron, Joseph Paul-Boncour (1873-1972), Sorbonne Université Presses, 2023, 514 p, 28 €)

Joseph Paul-Boncour était dans sa jeunesse un socialiste non marxiste. Il avait écrit une thèse sur droit et sociologie. Brillant avocat, il fut premier secrétaire de la Conférence du stage en 1898. Collaborateur de Waldeck-Rousseau, président du Conseil (1899-1902), il dirigea ensuite le cabinet de Viviani, ministre du Travail, en 1906, qu’il quitta pour devenir député du Loir-et-Cher, sa région d’origine, en 1909, sous l’étiquette républicain de gauche.

Paul-Boncour entre au gouvernement pour peu de temps dès 1911 en qualité de ministre du Travail, s’étant rapidement imposé à la Chambre sur les sujets touchant au syndicalisme. Il est chargé de faire appliquer la loi sur les retraites ouvrières et paysannes, récemment votées et est soutenu par Jean Jaurès dans ce dossier.

Battu de justesse aux législatives de 1914, il accomplit la guerre en qualité d’officier de réserve, assistant Gallieni pour la mise en défense de Paris au début du conflit, puis exerce des fonctions au 2e Bureau. Il rejoint par ailleurs la SFIO en 1916. Paul-Boncour s’oriente alors vers les questions militaires et la politique extérieure, tout en exerçant la profession d’avocat qui l’amène à plaider pour la partie civile au procès de l’assassin de Jaurès. Il est élu député à Paris en 1919, avant de retrouver son siège dans le Tarn en 1924.

Délégué à la SDN
Sa principale activité va s’exercer à Genève au sein de la SDN (Société des Nations). Il participe activement aux accords de Locarno en 1925. L’auteur décrit minutieusement les négociations qui, pendant des années, vont occuper les diplomates sur les problèmes de désarmement et de maintien de la paix. Lorsqu’on sait que ces considérables travaux ne déboucheront jamais sur des résultats tangibles on est accablé devant les efforts déployés dont, au premier plan, ceux de Paul-Boncour qui, sous la houlette lointaine d’Aristide Briand, s’est imposé comme le véritable chef de la délégation française à Genève.

Le député du Tarn ne néglige toutefois pas la politique française. Sa position à la SFIO est difficile car il se situe à sa droite. Il souhaite participer au gouvernement, ce que refuse Léon Blum, en particulier en 1924, dans le cadre du Cartel des gauches qui est seulement soutenu par les socialistes. Paul-Boncour quitte en conséquence le parti en 1931. Il est élu sénateur dans le Loir-et-Cher et nommé ministre de la Guerre en mai 1932 avant d’être, pour quelques semaines, président du Conseil en décembre 1932, puis ministre des Affaires étrangères pendant un an.

Paul-Boncour vient de recevoir à nouveau le portefeuille de la Guerre, lorsqu’éclatent les émeutes de février 1934 qui obligent Daladier à laisser la place de chef du gouvernement à Gaston Doumergue et la sienne à Pétain. Il est à ce moment atteint par l’affaire Stavisky en raison de relations supposées avec la compagne de Stavisky. Il est qualifié de « plus galant de nos ministres ».

Membre du Front populaire
Paul-Boncour rebondit l’année suivante, se situant dans le cadre du Front populaire, présidant sa quatrième force, intitulée PSdF (Parti socialiste de France) puis, après fusion, USR (Union socialiste républicaine, 1935). Ministre d’État en janvier 1936, il ne fait toutefois pas partie du gouvernement Léon Blum lors de la victoire du Front. Lors de l’occupation brutale de la zone démilitarisée du Rhin en mars 1936 il s’était prononcé pour une position ferme vis-à-vis de Berlin, mais seulement avec le concours de Londres (qui ne s’est pas produit), ce qui relativise cette fermeté.

Munichois hésitant et l’un des 80
À nouveau ministre des Affaires étrangères en mars 1938, au moment de l’Anschluss, pour un mois seulement, il retourne à Genève, d’où il assiste à la crise tchécoslovaque dénouée par Munich. Paul-Boncour s’abstient à la Chambre sur la ratification de ces accords. Son hostilité aux faiblesses du gouvernement face au nazisme ne va pas jusqu’à aller à une opposition totale. Il est toutefois écarté de la SDN dont le rôle disparaît pratiquement en 1939.

À Vichy, Paul-Boncour fait partie des 80 qui votent contre les pleins pouvoirs à Pétain. Il ne participe pas activement à la Résistance, bien qu’ayant connu de Gaulle dans les années trente. Sa maison s’étendant sur les deux rives du Cher qui constituent la ligne de démarcation entre zones occupée et libre, il facilite des passages entre les deux.

La carrière de Paul-Boncour sera brève après la guerre. Il est membre de l’Assemblée constituante en 1944, mais renonce à y siéger en octobre 1945. De Gaulle l’envoie toutefois à San Francisco en juin 1945 signer, au nom de la France, la Charte des Nations-Unies. Il sera président de la Fédération internationale des droits de l’homme de 1948 à sa mort.

Paul-Boncour aura été en fait un radical-socialiste égaré en terre socialiste, associé à l’aile droite de la SFIO et estimant le parti radical insuffisamment à gauche. Son rôle essentiel aura été, en qualité de délégué de la France à la SDN, d’avoir contribué à l’édification d’une doctrine internationale de recherche de la paix dont les principes seront d’ailleurs recyclés après la Seconde Guerre mondiale.

Sa carrière offre, comme l’écrit Matthieu Boisdron, « une fenêtre d’observation imprenable sur les nuances et les ambiguïtés de son époque ». Elle met en lumière la permanence dans les idées d’un homme de bonne volonté, bien décrites dans cette thèse qui a été primée en 2021 par l’Assemblée nationale.

Raymond Krakovitch (article publié dans L’ours 532, novembre-décembre 2023)

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