dimanche 25 juillet 2021
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Des primaires démonétisées ?, par ARTHUR DELAPORTE

Après avoir publié dans la même collection Municipales quels enjeux démocratiques (L’OURS 499), Rémi Lefebvre récidive avec cette synthèse portant sur la question de l’enjeu, démocratique et politique, des primaires.
(à propos du livre de Rémi Lefebvre, Primaires : de l’engouement au désenchantement ?, Doc’ en poche, La Documentation française, 2020, 193p, 7,90€). article publié dans L’OURS 505, février 2021.

Son titre résume à lui seul l’articulation de l’ouvrage qui, après avoir présenté le processus contemporain de diffusion des primaires afin de désigner les chef-fe-s de partis politiques ou leurs candidats à des élections, présente leurs limites et leur remise en cause plus récente. 

SI les primaires se sont développées progressivement depuis les années 1960, aux États-Unis au départ puis dans le reste du monde à partir des années 1990, comme une réponse à la crise des partis politiques, elles étaient aussi conçues comme un moyen de démocratiser la sélection des candidats et de leur donner une légitimité plus forte. 

En France, envisagées dès la fin des années 1980 à droite, la première grande expérience de primaires ouvertes reste celle des primaires de 2011. La victoire lors de l’élection du candidat désigné, François Hollande, a contribué à renforcer l’aura de cette méthode. Pour autant, cette diffusion semble être, pour Rémi Lefebvre, une énigme : par les primaires, les partis – et les militants – sont dépossédés d’une de leurs principales facultés, la désignation des candidats. 

Les primaires présentent des atouts indéniables. Elles offrent une forte médiatisation et une visibilité hors du temps de la campagne présidentielle pour les propositions et les candidats des partis politiques qui les mettaient en œuvre. Elles se sont traduites par des niveaux élevés de participation qui pouvaient témoigner d’un engouement des candidats envers certaines formations politiques présentées comme déconsidérées. Pour autant, après l’échec de 2017, elles n’apparaissent plus comme le mode ultime de désignation. 

L’intérêt de l’ouvrage, en particulier dans cette période où les primaires sont en disgrâce, est aussi de pointer les limites de cet exercice d’élargissement du « sélectorat » (ceux qui désignent le candidat), en soulignant que celui des primaires n’est pas représentatif de la population ou encore que les primaires radicalisent, renforçant des clivages internes aux formations politiques qui ne sont ensuite pas forcément résorbés (ils le sont généralement aux États-Unis) lors de la campagne électorale consécutive à la désignation du candidat d’un parti.

Alors que les primaires ont été particulièrement remises en cause en France (elles le sont aussi en Italie) après l’élection d’Emmanuel Macron en raison de la défaite des deux candidats désignés par ce processus, elles ne sont pas définitivement enterrées. Alors qu’à droite les candidatures se multiplient, elles comptent encore des défenseurs qui soulignent qu’elles permettent de départager des candidats lorsqu’aucun n’a le leadership suffisant pour s’imposer de lui-même. 

L’ouvrage est une bonne synthèse des travaux de Rémi Lefebvre, mais aussi de manière plus générale un condensé de la littérature scientifique sur les primaires. Il permet, alors que le débat sur la pérennité de ce mode d’élection en France et à gauche reste ouvert, sinon de se faire un avis tranché, au moins de mesurer l’ensemble des enjeux sous-jacents.

Arthur Delaporte

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