En décembre dernier, L’OURS signalait la parution des actes du colloque consacré à « Garry Davis et les 70 ans de la citoyenneté mondiale » tenu à Paris en novembre 2018 (publiés sous la direction de Michel Auvray et Jean-Francis Billion, Lyon, Presse fédéraliste, 2019). Il ne s’agissait alors que d’une mise en bouche. L’ouvrage de l’historien Michel Auvray, documents et archives à l’appui, vient combler une vraie lacune sur ce moment « mondialiste » (avec ses débats sur la question du pacifisme après la Résistance) et sur le mouvement des Citoyens du monde qui en est issu.

Il offre une relecture passionnante de la période qui va du largage des bombes sur Hiroshima et Nagasaki à l’entrée dans la guerre froide.

à propos du Michel Auvray, Histoire des Citoyens du Monde. Un idéal en action de 1945 à nos jours, Imago, 2020, 342p, 24€

La menace d’un conflit mondial et d’un hiver nucléaire hante alors les populations. L’ONU vagissante montrant déjà ses faiblesses, des hommes et des femmes, issus de la Résistance, des milieux chrétiens ou laïques, se mobilisent autour d’un jeune aviateur Garry Davis qui s’est déclaré « premier citoyen du monde » sur la parvis du Trocadéro (où siège alors l’ONU) en septembre 1948. Depuis la fin de la guerre, les mouvements fédéralistes sont mobilisés, pour l’Europe, pour les États-Unis du monde, mais leurs stratégies divergent. Dans son combat, Davis peut compter immédiatement sur le soutien du Front humain des citoyens du monde, association lancée par Robert Sarrazac, Jeanne Allemand-Martin et Paul Montuclart, des chrétiens progressistes. Ils rencontrent et convainquent Vercors, Teilhard de Chardin, Claude Bourdet de les rejoindre. Si L’Humanité se moque et Le Populaire regarde de loin, Combat, dirigé par Bourdet, et Franc-tireur soutiennent et dans Le Canard enchaîné Tréno prend fait et cause pour « le petit homme ». Le comité de soutien s’étoffe : Einstein, Camus, André Breton, l’abbé Pierre, Guy Marchand, des artistes… Auriol reçoit Davis. Le mouvement revendique 223 000 citoyens dans 76 pays.L’engouement ne durera que deux ans, les peurs s’éloignant. Pourtant Cahors, dans le Lot, s’est « mondialisée » avec le docteur Louis Sauvé et d’autres villes ont suivi. Le mouvement a continué son aventure, lumières et ombres, qu’éclaire Michel Auvray.

François Lavergne