AVANT-PREMIERE Avignon off 2026. Les Glaces, de Rébecca Déraspe, vu au Escher Theater d’Esch-sur-Alzette (Luxembourg) le 11 juin 2026.
Les Glaces, comme celles que charrie l’hiver le Saint-Laurent, le Fleuve, omniprésent dans la pièce, en filigrane de tous les drames vécus, et comme celles qui, en miroir, pétrifient à jamais corps et âmes violentés …
Si l’action imaginée par Rébecca Déraspe (prix Michel Tremblay 2023 de la meilleure œuvre dramatique du Québec) est ainsi géographiquement située, son sujet est malheureusement universel, le viol et, au-delà, la culture du viol d’une part, la notion de consentement d’autre part. L’autrice l’aborde de front, sans fard, d’une écriture dramatique extrêmement alerte, traversée de fulgurances verbales (mots racontant, tels des morceaux de glace, corps et coups), faisant se succéder les scènes avec une remarquable dynamique interne et une grande vérité des dialogues, sans volonté didactique pesante (les échanges entre protagonistes ouvrent sans cesse au questionnement), tout en affirmant un point de vue final sans aucune ambiguïté.
Dans la mise en scène très précise de Sophie Langevin, organisée autour des silences comme autant de tensions dramatiques, sur une scénographie au réalisme stylisé de Peggy Wurth, sous les clairs-obscurs de Jef Metten et dans une ambiance sonore elle-même en tension de Rozenn Lièvre, évoluent sept personnages, tous exceptionnellement incarnés sur le plateau. La révélation à Noémie (Amandine Truffy) que son fils s’est rendu coupable d’un viol sur Jeanne (Juliette Moro) la renvoie brutalement à un trauma enfoui, refoulé, sans nul doute son propre viol – adolescente – par deux copains, Vincent (Thomas Gourdy) et Sébastien (Bryan Polach), ce qui la conduit à interpeller véhémentement ceux-ci. Le premier, jeune père, immédiatement quitté par sa femme (Lydia Iodova), se réfugie dans la maison familiale auprès de sa soeur Valérie (Renelde Pierlot) et de son père Richard (Francesco Mormino) qui lui-même ne se trouve pas exempt de toute tache sur la conscience, quand il se souvient avoir assisté jadis, de loin – en tous les sens du terme -, à un moment de la scène entre les trois ados au bord du fleuve … Vincent est au moins assailli par remords et questionnements alors que Sébastien, mis devant ses responsabilités vingt ans après, ne cherche qu’à les fuir. Résonnant particulièrement dans l’actualité post #metoo, un des enjeux dramaturgiques très forts des Glaces est là, en parallèle avec le choix de Noémie de soutenir Jeanne, contre son propre fils violeur. Une pièce puissante, marquante, à voir absolument, dès 13-14 ans.
Cette pièce a aussi reçu le prix de la meilleure production des arts de la scène luxembourgeois. Elle sera donnée à Avignon au théâtre “Le 11” (bd Raspail) salle 1, du 4 au 23 juillet (relâche les 10 et 17) à 22h 30.
