1969-2019 : Il y a 50 ans, le programme de travail de l’OURS

Enoncé des thèmes mis à l’étude par l’Office,
Supplément à
L’Ours, n° 2, Juillet 1969.

« Condamner sans avoir entendu, juger sans connaître, ou, au contraire, approuver à l’aveuglette, célébrer d’après des ouï-dire aussi insuffisamment éclairés, c’est toujours courir le danger d’avoir, selon le vieux proverbe, “acheté chat en poche” ».Bracke-Desrousseaux

Tels que nous voulons êtreVOICI le premier numéro des Cahiers de l’OURS. Un premier numéro qui ouvre une série d’études, en en proposant le schéma général, que le lecteur trouvera dans le sommaire et, en poursuivant la lecture, dans le corps même de l’ouvrage. Ce n’est donc ni un numéro de présentation, ni un numéro modèle que nous offrons aujourd’hui mais un ensemble qui entre immédiatement dans le vif du sujet, et situe très précisément les ambitions de l’Office.

Recherche et formation, tels sont nos objectifs. Pour le second, d’abord formation des formateurs capables ensuite d’apporter au mouvement socialiste non seulement une connaissance, mais encore une méthode de connaissance. Pour ceux qui aspireraient déjà à une si importante responsabilité, la lecture des textes publiés ici montrera la grandeur de la tâche qu’ils espèrent.

Quelques éclaircissements sur la façon par laquelle nous avons préparé ce travail leur apprendront en outre, à eux et à tous, comment nous croyons pouvoir rester fidèle à notre souci d’objectivité devant les faits.
Les notes composant ce numéro ne sont pas des réponses à des problèmes donnés, mais des problèmes posés en en survolant le contenu. Une première tâche a été la définition de ces problèmes, en fonction d’une part de ce que nous pensons être la réalité du monde moderne, d’autre part de ce que nous savons être le but poursuivi par le socialisme. Ce dernier point est important : ce cahier perdrait une bonne part de sa signification si n’était pas comprise la ligne sous jacente, mais directrice, de son contenu.

Notre démarche est socialiste, c’est-à-dire qu’elle conteste les types de société dans lesquels vit l’humanité actuelle et propose de leur substituer un autre type de société, dont il n’existe pas de modèle. Notre analyse ne peut donc se limiter à un constat : en cela ce numéro est le premier mouvement d’une symphonie volontairement inachevée. Il n’apporte pas de solutions, parce que les solutions viendront des résultats de l’analyse, par la confrontation de ces résultats avec les principes et la méthode du socialisme.

Donc, analyse objective dans son état présent, mais engagée dans son objectif final. Il nous fallait la concevoir à partir du système dominant dans le monde actuel. Et ce système est bien le système capitaliste, quelles que soient les brèches qui y ont été faites. Ce n’est même pas manier le paradoxe que de soutenir que le monde communiste, tel qu’il est à l’issue d’un développement de cinquante années, reste bien un sous-produit du système capitaliste dominant. La situation antagoniste qui est la sienne, plus par les faits que par les principes, a été et reste déterminante pour son épanouissement et il n’a pas pu ne pas tenir compte de sa naissance dans un monde inamical. Observer ce phénomène n’est pas trancher en faveur de la condamnation du socialisme dans un seul pays, mais ramener à un niveau plus modeste l’ambition de ceux qui condamnèrent sans réserve la condamnation en notant que le monde moderne est un tout, dans lequel il ne |peut y avoir de degrés de développement totalement indifférents à l’égard de ce qui les entoure.

Première partie de l’analyse – en conséquence : le système dominant, le capitalisme, abordé sous tous ses aspects, mais à partir des rapports socio-économiques qu’il crée et en aboutissant à son état en face des valeurs humaines. Cheminement à l’abstraction significatif déjà d’une volonté socialiste qui répugne à se limiter. Ensuite, les tentatives d’opposition au système dominant, d’un triple point de vue : idéologique, historique et pratique,

A ce moment, le tour est fait, et nous butons sur ce qui manque et ce qui est la raison même de notre recherche, la solution socialiste globale. Globale non point dans le sens qu’elle serait uniforme pour tous les peuples, mais dans le sens qu’elle substitue à un système dominant un autre système dominant, que nous croyons plus juste et plus efficace. Encore faut-il le démontrer et comment le faire autrement qu’à partir de l’étude, sans concession à l’égard de ce qui pourrait être nos idées préconçues de ce qui est ?

Ceci suffira-t-il à nous situer ? Comment ne pourrait-on pas voir le caractère général de notre activité ? Comment ne pas comprendre que nous ne pouvons pas, compte tenu du but poursuivi, faire porter notre recherche sur tout ce qui répondrait à la circonstance la plus légitime, c’est-à-dire à la lutte politique dans ses épisodes et dans son actualité ? Cette lutte exige un mode de recherche qui n’est pas le nôtre, parce que celui-là se situe dans le cadre d’un rapport de forces en mouvement alors que celui-ci s’insère dans la vaste et générale évolution de l’humanité du XXe siècle. Rien n’est négligeable dans le domaine de l’étude : mais les niveaux ne peuvent être confondus et nous ne confondrons pas le nôtre, sans le situer dans une échelle de valeurs, avec ceux qui sont propres à une organisation politique où syndicale.

Dans la pratique, il nous a fallu plusieurs réunions pour élaborer la liste des questions. Puis la répartition en a été faite entre les volontaires, pour l’établissement, sur chacune d’entre elles d’une fiche. Ce premier travail de rédaction a entraîné quelques modifications à la liste primitive, un approfondissement montrant l’inutilité des unes ou l’insuffisance des autres. Chaque fiche a été ensuite soumise à l’ensemble des membres du Conseil d’Administration, rédacteurs ou non. Des modifications ont été et débattues, rejetées ou retenues. Et un dernier travail de polissage, de mise en forme et de complément a été confié à une équipe plus restreinte.

Ainsi un travail collectif du début à la fin. Étant entendu que cette fin est un commencement, parce que c’est maintenant à vous, amis qui nous connaissez déjà et amis qui nous découvrez à cette lecture, à faire à votre tour ce que nous avons fait à quelques-uns. Nous attendons de vous le même travail critique à l’égard de cette oeuvre qui ne peut pas ne pas être imparfaite.

A partir de là, l’Office devient la chose de tous. Les groupes de recherche ont déjà une pâture riche et astreignante. Les futurs formateurs sont placés devant la réalité de leur ambition. Les socialistes pour qui la quotidienneté n’exclut pas la réflexion redonnent sa place privilégiée au fil directeur de leur action. Le réel et l’idéal sont côté à côte inséparables Et la modestie qui convient à notre volonté de recherche ne sort pas renforcée et écrasante par l’ampleur du travail, mais dans sa juste situation, celle de ceux qui, ne croyant pas aux, surhommes capables de dominer le monde, aspirent à être les hommes sûrs capables de le comprendre.

SOMMAIRE DES THEMES SOUMIS A LA DISCUSSION

I – L’ANALYSE DU CAPITALISME

A. — Évolution des formes et rapports de production en économie capitaliste. Faits et théories.

1. Propriété et pouvoir de décision en économie capitaliste.

2. Effets réciproques du progrès technique et du capitalisme.

3. Classes sociales, lutte des classes.

4. Rapports intersectoriels et interrégionaux en économie capitaliste.

5. Rôle de l’État en économie capitaliste (en particulier comme fac­teur d’intégration sociale).

6. Le fascisme sous ses diverses formes.

7. La liaison offre demande en économie capitaliste.

8. Frustrations objectives et frustrations ressenties.

9. Le contenu des conflits sociaux en économie capitaliste.
10. Le capitalisme et l’organisation de l’espace.

B. L’Internationale capitaliste.

1. Rapports internes au monde capitaliste (constitution de zones commerciales, compétitions).

2. Relations économiques Est-Ouest.

3. Capitalisme et Tiers-Monde.

C. Capitalisme et valeurs.

1. Capitalisme et culture.

2. Le capitalisme et l’information : conditionnement de l’opinion.

3.Système d’éducation et besoins de l’appareil productif capitaliste.

4. Capitalisme, société, individu.

II – LES REPLIQUES ACTUELLES AU CAPITALISME

A Études des principes fondamentaux.

1. Des partis de la IIe Internationale.

2. Des partis de la IIIe Internationale.

3. D’autres organisations politiques se réclamant du socialisme (IVe Internationale, Castrisme…)

4. Des mouvements syndicaux, coopératifs.

5, De la pensée économique et sociale des grands courants religieux et philosophiques.

B. L’action des partis socialistes dans les pays capitalistes.

1. Dans l’opposition.

2. Dans le partage des responsabilités gouvernementales.

3. Au Gouvernement sans partage.

4. L’action d’inspiration socialiste dans les pays du Tiers-Monde.

C. L’action des partis communistes.

1. Dans l’opposition et dans le partage des responsabilités gouverne­mentales en pays capitaliste.

2. En U.R.S.S.

3. Dans les pays de l’Europe de l’Est.

4. Dans les pays en voie de développement (Chine, Vietnam, Cuba).

5. Relations réciproques entre pays communistes.

III. LA REPONSE SOCIALISTE AUX PROBLEMES DE NOTRE TEMPS

Ce sont évidemment les conclusions des analyses énumérées aux points I et II de ce programme de recherche qui détermineront les thèmes appelés à figurer sous cette troisième rubrique. C’est en procédant ainsi qu’il sera apporté une réponse appropriée aux problèmes de notre temps.

LES FICHES
Nos lecteurs auront appris, dans le texte de présentation qui figure au début de ce cahier, l’intention qui animait l’équipe de l’OURS en rédigeant les fiches qui suivent et ce que nous attendons de chacun de vous.
Qu’il me soit permis simplement de remercier tous ceux – et ils sont nombreux – qui ont accepté de collaborer à ce travail.
Un merci particulier à Denis CEPEDE et à Claude FUZIER grâce à qui la mise en œuvre aura été rendue possible dans les délais imposés.
Guy Mollet