Les constances d’Amédée Dunois, par Jean-Louis Panné

Amedee_DunoisUne toute jeune maison d’édition publie dans sa collection « figures militantes » le récit de la vie d’Amédée Dunois.
Qui se souvient de lui ? Peut-être les habitants et les érudits de sa ville natale. Le livre de l’un de ses petits-fils n’appartient pas au genre biographique universitaire – Jean-Marie Catonné est romancier – mais s’apparente plutôt au récit coloré d’une vie faite d’engagements successifs jusqu’à la déportation en Allemagne nazie.

Catonné-Dunois est une figure que les historiens connaissent : il appartint à la rédaction de L’Humanité et se trouvait au côté de Jaurès lors de son assassinat. Il fut l’éditeur du célèbre texte (caviardé par la censure) de Romain Rolland : Au-dessus de la mêlée, l’un des tout premiers signaux du refus de la guerre ; toujours rédacteur de L’Humanité au moment du congrès de Tours, il y convoie Clara Zetkin, entrée clandestinement en France. Il appartiendra au comité directeur du Parti communiste durant plusieurs années avant d’en être écarté sous le soupçon d’être « droitier ». Il est vrai que Dunois était revenu de ses illusions sur la Russie soviétique où il séjourna suffisamment pour ne pas supporter l’atmosphère délétère du bolchevisme, les luttes de clan, la bolchevisation progressive des PC, préfiguration de leur stalinisation. Revenu à la SFIO, il collabora au Populaire.

On est frappé par sa grande constance à toujours rechercher les voies de l’éman­cipation du travail. On découvre sa jeunesse anarchiste placée sous le magistère de Claude Tillier, l’auteur de Mon oncle Benjamin, et à l’autre extrémité de sa vie son engagement serein dans la Résistance. De longue date, Dunois, qui avait compris ce que représentait le nazisme, fut antimunichois – les accords de Munich menant « à la guerre avec certitude ». Il fut l’un des premiers à s’engager dans la reconstruction des réseaux socialistes pour résister à l’occupant – le livre de Jean-Marie Catonné est très riche sur le dernier combat de Dunois qui meurt en déportation en février 1945. À travers lui, c’est aussi toute la résistance des socialistes qui se trouve mesurée à sa juste valeur.

La vie de cet homme, ce militant, a été magnifiée par l’amour que lui porta Antoinette Fieffé et le sien envers elle, dès leur jeunesse. Ils s’épousèrent après maintes difficultés. Ce fut pour elle des dizaines d’années de luttes partagées avec son franc-tireur de la politique dont elle ne put surmonter la disparition, mettant fin à ses jours.

Si jamais vous passez rue Vauquelin (Ve arr.) où ils habitèrent, ne manquez pas de saluer leur mémoire, par-delà le temps passé.

Jean-Louis Panné

Jean-Marie Catonné, Amédée Dunois. De Clamecy à Bergen-Belsen, Nancy Éditions Arbre bleu, 2016, 303p, 25€