D’une rive à l’autre, les sièges du Parti socialiste (1905-2017)

Au moment où le PS a décidé la mise en vente de son siège de la rue de Solférino, nous proposons un retour sur les pérégrinations des socialistes à Paris depuis l’unité de 1905.

Des locataires bruyants
Au lendemain du congrès de l’unité, en avril 1905, le Parti socialiste SFIO s’installe près de la République, à deux pas du marché du Temple, au 16, rue de la Corderie (3e arrondissement). Ce local est le siège depuis juillet 1904 du Parti socialiste de France (PsdF) de Jules Guesde et Édouard Vaillant, où il accueille aussi la rédaction de l’hebdomadaire Le Socialiste.
Cette rue est déjà chargée d’histoires socialistes : c’est à côté, au 14, que l’Internationale socialiste a installé son siège dans les années 1870 (elle venait du 44, rue des Gravilliers). Suivons Louis Lévy qui, dans les Vieilles histoires socialistes (librairie Marcel Rivière, 19331), nous invite à une visite nostalgique de ce premier siège du Parti unifié.

« Je traverse le marché du Temple. Une rue en coude, dont les côtés, en se rejoignant, forment une petite place d’un calme provincial : c’est la rue de la Corderie. Elle est située sur l’emplacement de l’ancien enclos du Temple […] Au fond d’une longue cour morne, un vaste bâtiment sans beauté. Mais j’ai tort de faire le dédaigneux. Léon Osmin, qui m’accompagne, admire la propreté de la façade et de la cour où vient d’être aménagé un garage « battant neuf ». Il paraît qu’aux environs de 1905, la cour était remplie d’invraisemblables « bric-à-brac » et qu’il y régnait une atroce odeur de vieilles savates. »

À gauche, un escalier conduisait chez Louis Dubreuilh, secrétaire du Parti. À droite, un autre escalier amenait chez Lucien Roland, bibliothécaire, libraire et archiviste.

En 1912, le Parti socialiste s’installe 37, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, dans le 4e arrondissement. Il y restera jusqu’à la scission de Tours en 1920. Louis Lévy évoque dans ses souvenirs l’immeuble et les réunions agitées, tardives. Parfois, les voisins se plaignent du tapage ; certains se mettent aux fenêtres et injurient les membres de la Commission administrative permanente (CAP), l’organe directeur de la SFIO.
Au lendemain du congrès de Tours, le Parti socialiste est accueilli « provisoirement » par Le Populaire, au 12, rue Feydeau, dans le 2e arrondissement. Dans son rapport pour le congrès de l’automne 1921, Paul Faure, le secrétaire général désigné à l’unanimité, résume la situation : « Tout était à refaire. Presque tout l’avoir du Parti restait entre les mains des dissidents bolchevistes : local, meubles, archives, librairie, journal et pas mal d’argent liquide ». Un provisoire qui durera jusqu’en octobre 1928.

La première maison des socialistes
En octobre 1928 la SFIO se trouve enfin une véritable maison. Compère-Morel s’est chargé du dossier. A la une du Populaire, pendant une semaine, les militants découvrent des photos et le plan de la future maison du Parti. Le 15 octobre (voir l’article sur le site Gallica de la BNF), Compère-Morel fait le guide :

« L’Hôtel que nous venons d’acheter se trouve dans le neuvième arrondissement à dix minutes des grands boulevards, au numéro 9 de la rue Victor Massé, qui s’ouvre à l’intersection de la rue des Martyrs et de l’avenue Trudaine et prolonge la rue Condorcet.
Cet immeuble, dénommé Hôtel du Vieux Rouen, construit entièrement en pierre de taille… »

1924 : la SFIO devient propriétaire. Cette photographie sera diffusée sous forme de carte postale.

Quatre étages pour loger l’administration du parti, tenir les réunions de la CAP, accueillir les délégations étrangères… Une grande souscription est lancée auprès des militants pour trouver les deux millions qui permettront l’achat de la maison. Appel entendu. De longues listes de souscripteurs sont publiées dans le quotidien du parti dans les semaines suivantes. En face, au 6, vient s’installer la Librairie du Parti. En mars 1929, Le Populaire rejoint la maison du parti ; il y restera jusqu’en juin 1940.

De la Cité Malesherbes à Solférino, en passant par la place du Palais-Bourbon
En 1938, le secrétariat du Parti déménage à deux pas ; il change de trottoir, passe une grille en fer, et entre au 12, cité Malesherbes, un hôtel particulier de trois étages qu’il vient d’acheter, dans une voie privée tranquille. Il semble qu’une fois encore, leur arrivée suscite des réactions hostiles des riverains qui pétitionnent s’y opposer2. La rédaction du Populaire reste rue Victor-Massé : Paul Faure et Léon Blum ne travaillent plus tout à fait dans la même maison.
Devant l’avancée des troupes allemandes, le secrétariat général et la trésorerie du Parti se replient sur Limoges, au siège du Populaire du Centre (9, place Fontaine-de-Barres). En juillet 1940, René Hug, secrétaire administratif du Parti socialiste, écrit à Suzanne Caille, secrétaire de Paul Faure :

« J’ai vu hier Duquenet qui venait de Paris. Il m’a dit que la porte du 12 de la Cité avait été fendue à coup de hache et qu’une barricade avait été posée avec un écriteau portant en allemand et en français la mention suivante : défense d’entrée sous peine de mort.

Je ne crois pas qu’il s’agisse, en l’occurrence, d’une perquisition des autorités françaises ou allemandes, mais je crois que nous nous trouvons en présence d’une tentative de la part de nos groupements de droite. »

Juillet 1958 : le 12 cité Malesherbes rend hommage à Pierre Commin, secrétaire général adjoint décédé.

C’est à cette époque que les archives de la SFIO pour la période 1920-1940 ont été éparpillées. Une partie a été récupérée par les Allemands, puis par les Soviétiques : en 1999, 22 cartons ont été « rendus » à l’OURS. Durant la guerre, différents occupants se succèdent au 12, cité Malesherbes dont un chef de l’organisation du Service de renseignement allemand (SRA), Laurent Serroze, ancien secrétaire du capitaine Sezille de l’Institut des questions juives, qui y crée un autre service de renseignement3.
À la Libération, le Parti socialiste est hébergé provisoirement par Le Populaire, au 6 boulevard Poissonnière, siège « occupé » avec d’autres journaux après en avoir délogé la rédaction du Matin, le journal collaborationniste de Bunau-Varilla. Dès le mois de février 1945, le Parti socialiste retrouve son hôtel particulier de la cité Malesherbes, Le Populaire demeurant boulevard Poissonnière jusqu’à son départ en mars 1948 pour la rue La Fayette. La direction nationale socialiste, de la SFIO au PS, y restera jusqu’en 1975 : les secrétaires généraux de la SFIO Daniel Mayer (1944-1946) et Guy Mollet (1946-1969), puis les premiers secrétaires du PS, Alain Savary (1969-1971) et François Mitterrand (1971-1975) occuperont un bureau au premier étage.
Après la présidentielle de 1974 et la progression du PS, l’immeuble du 12 cité Malesherbes est devenue trop petit pour accueillir les nombreux secrétaires nationaux et responsables qui travaillent autour du François Mitterrand : après le lancement d’une souscription auprès des adhérents « Pour acheter la maison du Parti », le PS installe en 1975 son nouveau siège dans un immeuble de quatre étages situé au 7 bis, place du Palais-Bourbon, à deux pas de l’Assemblée nationale. Ce nouveau siège est une nécessité et « un symbole du renouveau du Parti » écrit le premier secrétaire dans le Poing et la Rose. Mais ce siège est vite jugé peu pratique. Durant l’été 1980, le PS s’installe au 10, rue de Solférino, siège qu’il loue au départ à l’UNMERI-FEN (voir sur l’article de Guy Putfin), et qu’il achète en 1986.

2017 : la cour principale du 10 rue de Solférino. photo Mathieu Delmestre.

Le bureau national du Parti socialiste réuni le mardi 19 septembre 2017 a acté le principe d’une cession du siège de la rue de Solférino dans le cadre d’un appel d’offres.

F. C.

1 Ouvrage réédité par l’Encyclopédie du socialisme en 2004. (suivre le lien)

2 Thierry Cazaux, La cité Malesherbes, Paris musées, 2001, p. 59.

3 Note de renseignements (n°200/1300 B du 1168) de la Sureté nationale du 16 juillet 1942. Archives de la PP, document communiqué par Gilles Morin.