AccueilActualitéTribune libre : Des questions qui attendent des réponses, par DENIS LEFEBVRE

Tribune libre : Des questions qui attendent des réponses, par DENIS LEFEBVRE

La France sort d’une sĂ©quence Ă©lectorale intense et agitĂ©e, avec des rĂ©sultats contrastĂ©s. La Ve RĂ©publique est-elle affaiblie ? Les pratiques politiques vont-elles changer, alors que c’est en fini du prĂ©sident « jupitĂ©rien Â» ?

Le prĂ©sident n’est plus « le maĂ®tre des horloges Â», ayant rĂ©coltĂ© ce qu’il avait semĂ©, son flou idĂ©ologique, et il est bel et bien responsable de cette situation, le principal si ce n’est l’unique. La prĂ©sidentielle n’avait tranchĂ© aucun problème, les questions n’avaient pas Ă©tĂ© posĂ©es : elles l’ont Ă©tĂ© par les lĂ©gislatives. Une première depuis des annĂ©es, mais le problème est ancien.

S’il fallait trouver une date, il faudrait avancer l’annĂ©e 2000, qui a vu le passage du septennat au quinquennat, adoptĂ© dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale, mais aux consĂ©quences immĂ©diates : dĂ©sormais le scrutin prĂ©sidentiel est devenu dominant, alors que jusque-lĂ  les lĂ©gislatives pouvaient apporter une soupape dĂ©mocratique.

Le rĂ©sultat des Ă©lections connu, GĂ©rard Grunberg a pu Ă©crire fort justement, dans le n°98-99 de notre revue Recherche socialiste : « le temps de la Ve prĂ©sidentialiste semble rĂ©volu Â», après avoir noté… « Les rĂ©sultats de ces Ă©lections lĂ©gislatives nous rappellent que le rĂ©gime de la Ve RĂ©publique est un rĂ©gime parlementaire. Â» On l’avait constatĂ© dans les pĂ©riodes de cohabitation, sous François Mitterrand et Jacques Chirac : la France avait Ă©tĂ© dirigĂ©e, les gouvernements avaient agi, dans un sens ou dans un autre, mais ils avaient pris leurs responsabilitĂ©s. Une diffĂ©rence doit bien sĂ»r Ăªtre signalĂ©e par rapport Ă  la situation actuelle… Certes, le mode de scrutin de type majoritaire n’a pas changĂ© depuis les premières cohabitations, mais l’ensemble du système a pu fonctionner avec et grĂ¢ce Ă  quelques partis centraux forts, bien organisĂ©s, structurĂ©s. En juin de cette annĂ©e, les Ă©lecteurs ont en quelque sorte proportionnalisĂ© le scrutin majoritaire, une majoritĂ© claire ne s’est pas dĂ©gagĂ©e. Sans parler d’une abstention très forte, de nombreux votes blancs et nuls signalant ce que certains appellent une « fatigue dĂ©mocratique Â». Et que dire de l’éclatement des forces politiques, avec trois blocs qui peuvent tout paralyser. Le spectre d’une dissolution est une rĂ©alitĂ©.

Renouer le dialogue démocratique

Une Ă©poque est rĂ©volue. Depuis des annĂ©es, l’AssemblĂ©e nationale Ă©tait un lieu vide de pouvoir. Va-t-elle le redevenir ? Faute de majoritĂ©, la France est aujourd’hui considĂ©rĂ©e comme ingouvernable. Ă€ longueur d’interviews, les macronistes dĂ©clarent qu’ils composeront avec tous ceux qui veulent faire avancer le pays… c’est-Ă -dire nouer des alliances ponctuelles, textes par textes, bien sĂ»r au prix de dĂ©bauchages. Mais, au vu de leurs premiers actes, ils ne semblent pas adeptes des compromis gĂ©nĂ©raux, pas davantage que la gauche de la Nupes d’ailleurs, qui est convaincue que derrière le mot de compromis se cache celui de compromission : une gauche qui campe sur son accord Ă©lectoral et n’entend pas en sortir.

Mais il n’y a pas que l’AssemblĂ©e, la crise est plus large, et lĂ  aussi Emmanuel Macron est responsable. Par sa personnalisation extrĂªme de l’action politique, il a largement abaissĂ© les corps institutionnels intermĂ©diaires (mĂªme s’il a fait marche arrière aux marges pendant la crise de la COVID) et favorisĂ© l’expression des intĂ©rĂªts catĂ©goriels, au dĂ©triment de l’intĂ©rĂªt gĂ©nĂ©ral incarnĂ© par les assemblĂ©es. Ă€ ce niveau, que dire du Conseil Ă©conomique social et environnemental, pourtant bien reprĂ©sentatif par sa composition, et du SĂ©nat !

On prĂªte au prĂ©sident le dĂ©sir de reprendre Ă  l’automne son projet de rĂ©forme constitutionnelle interrompu en 2017… Jusqu’oĂ¹ irait-il… pouvoir des assemblĂ©es, mode de scrutin, en passant par le gadget du nombre de parlementaires… ? Jouera-t-il pour faire passer cette rĂ©forme Ă©ventuelle la rue contre les assemblĂ©es, en ayant recours au rĂ©fĂ©rendum ? Il est vrai qu’un de ses prĂ©dĂ©cesseurs, en 1962, a utilisĂ© le mĂªme procĂ©dĂ©.

Jusqu’oĂ¹ irait-il et surtout pour quoi faire ?

Denis Lefebvre (article paru dans L’Ours 521, septembre-octobre 2022)

RELATED ARTICLES

Most Popular

Recent Comments