dimanche 25 juillet 2021
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Des polars, des cris et des crêtes, par Sylvain Boulouque

Du goût du polar à l’exégèse du punk à la française, de quoi dérouter les méninges et s’ouvrir à toutes les cultures.

Le goût du polar

Alain Joubert, Chroniques de la boîte noire, Maurice Nadeau, 2020, 160 p, 19 €

Alain Joubert est l’un des derniers membres du groupe surréaliste. Son ouvrage reprend les chroniques publiées il y a une vingtaine d’année dans La Quinzaine littéraire dans une rubrique intitulée « la boîte noire », comme celle figurant dans l’Atelier d’André Breton. L’ouvrage donne et redonne le goût du sens caché dans la littérature policière : le polar. 

Alain Joubert rappelle que le mot « polar » remonte seulement aux années 1970, alors que le genre littéraire existe depuis la naissance de la littérature. Dans une quinzaine de chroniques littéraires, artistiques et politiques, il propose un petit tour du monde en littérature noire. Tout y passe le social, le politique et l’autorité. 

Il faut pour le coup relire « Mais c’est sur nous qu’il tire » dont le titre est aussi emprunté à André Breton, pour voir dans ces textes une anthologie de la subversion carabinée alors que les œuvres des surréalistes, ces ennemis de l’État, sont vendus à Drouot, et que la Commune est institutionnalisée. Joubert comme Breton dans Les Brouillards de Montmartreappelle à rendre la politesse à ces messieurs, comme un ultime cri de révolte face à l’oppression. 

Ces lectures surréalistes de la critique sociale l’amènent à regarder à moitié avec une tendresse critique le mouvement situationniste, lui même récupéré par la société du spectacle et dont certains auteurs se sont adonnés à la littérature. Lectures intrigantes à vingt ans d’écart qui peuvent parfois dérouter le lecteur mais aussi inciter à retrouver le vrai goût du polar et de sa mise en perspective. 
Sylvain Boulouque

Le punk-rock, analyse critique

Olivier Migliore, Des cris et des crêtes. Chanter punk en français, Riveneuve éditions 2021 262p, 20€

Le nouveau volume (très fort) de la collection En marge consacré à la « science punk » propose un sujet aussi original qu’innovant : l’analyse de la chanson mais aussi du chanteur dans la culture punk. L’approche peut paraître sur certains points relativement technique dans la mesure où l’auteur grâce à l’analyse informatique des voix propose une étude rythmique, syllabique et littéraire des textes. Elle montre que, contrairement aux idées reçues, la musique punk est un système élaboré – qui peut ne pas être apprécié, mais c’est une autre histoire – renvoyant à une construction et à une élaboration complexes. C’est aussi la raison de son succès car cette alchimie acoustique a permis à quelques titres phares d’émerger, les groupes punk rock en France développant à la fin des années 1970 une identité multiple. Volontiers grossiers et provocateurs, les groupes définissent aussi en creux des itinéraires antifasciste, antiraciste et anti-sexiste mais aussi et surtout de groupes joyeux, fêtards pratiquant l’autodérision, comme une aventure collective surtout faite de fête et de danse–  image trop souvent oubliée, enfouie sous le drame des Sex pistols. 

Sylvain Boulouque

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