1917-2017 : trois expositions sur les révolutions russes

Les révolutions russes, images, documents, réflexions : quelques mots sur trois expositions qui, partant de point de vues différents, et utilisant parfois les mêmes documents (affiches, photographies…) , offrent bien des éléments de réflexions sur les relations entre les Français et les révolutions russes.

Sur les murs du fil rouge d’octobre
2 octobre 2017-4 novembre 2017.Espace Niemeyer-siège du PCF, 2 place du Colonel Fabien 75019 Paris 19e (M° Colonel Fabien) Entrée libre, Tous les jours (sauf fériés) 11 h-18 h 30, sam. et dim.13 h-18 h.

Cette exposition, conçue et réalisée par le collectionneur Alain Gesgon et le CIRIP (Centre international de recherche sur l’imagerie politique), permet de découvrir 110 affiches produites essentiellement par les services de propagande de l’URSS qui reçurent, notamment entre 1917 et 1927 le concours d’artistes de grand talent. Dans cette période, l’artiste, souvent critiqué d’ailleurs par le pouvoir, est assez libre dans sa création. Images à destination des russes pour vanter « leur » révolution, collées sur les murs et conçues pour frapper les imaginaires, vites remplacées par d’autres, elles n’en demeurent pas moins imaginatives et créatives. Le régime stalinien réprimant tout esprit de création hors le credo édicté par le parti ne produira qu’un art propagandiste normé, grandiloquent, pompier. Propagande et art peuvent ne pas être antinomiques ou contradictoires… mais à la fin c’est le régime qui dicte ce qu’il montre. F.C

Les révolutions russes vues de France, 1917-1967

Jusqu’au 31 décembre 2017. Musée de l’histoire vivante, Montreuil (accès Métro ligne 9, arrêt Mairie de Montreuil, Bus 122, arrêt Parc Montreau) 01 48 54 32 44

La tonique scénographie imaginée par les commissaires de l’exposition, Éric Lafon et Véronique Fau-Vincenti, au-delà des révolutions de 17 et de leur perception par les Français (ou, du moins, par ce qu’en donnèrent à voir et à comprendre les médias et les partis français), met en lumière le lien fort entre la France et la Russie. La première salle exposant en vis-à-vis les gravures de la famille impériale en une du Petit Journal, organe grand public, face aux caricatures des revues illustrées de gauche (L’Assiette au beurre…) sur la révolution de 1905 conduit d’entrée le visiteur à s’interroger sur les différentes lectures des événements, procédé repris à chaque étape du parcours qu’il va emprunter. La salle suivante est consacrée aux révolutions de 17, dans la presse (L’Humanité, Le Miroir, Le Populaire), photos et gravures des acteurs, affiches des élections de 1918, mais aussi du peuple, images connues ou inconnues diffusées dans les médias. Puis vient le temps des voyages en Icarie soviétique, pour suivre la révolution (Sadoul, Pascal, John Reed…), se renseigner, et de plus en plus ouvrir les yeux (Souvarine, Gide…) ou continuer à les fermer, regards de Français mais aussi de journalistes tels Jack London, Panaït Istrati. Brochures, livres ensensent ou dénoncent ce paradis. Comme transition, des documents (pein­tures, dessins originaux, photographies, bustes…) tirés des collec­tions du MHV ou prêtés (OURS, Cedias, Jean-Louis Panné, Michel Lefebvre, Michel Dixmier… ) racontent les mises en scène des filiations de 1789 à 1917, en passant par la Commune de 1871. Arrivent « les anniver­saires de 17 » et leurs lectures contradictoires, « Lénine » comme figure iconique, les usages de l’homme au couteau entre les dents, et le merchandising de la Révolution russe. Dans ce parcours, les lectures et images de la gauche dominent, mais c’est de ce côté que l’histoire fait encore débat. L’exposition montre aussi pourquoi. F.C.

Et 17 devient Révolution. Exposition du 18 octobre 2017 au 18 février 2018. BDIC- Hôtel des Invalides, 129, rue de Grenelle, 75007 Paris. 07 60 98 10 38
Tous les jours sauf jours fériés de 10 h à 17 h .
Tarif : 5 € / Catalogue : 240 p, 200 illustrations, 29 €

Les commissaires de cette exposition (Carole Ajam, Alain Blum, Sophie Coeuré, Sabine Dullin, qui ont dirigé le catalogue reprennant les grandes thématiques de l’exposition), ont fait appel aux riches collections de la BDIC, à des bibliothèques et musée russes, à des collectionneurs pour offrir aux visiteurs une plongée dans les révolutions et les événements qui secouent la Russie entre 1917 et 1920.
Affiches, tracts, revues, objets, tableaux, manuscrits, photographies, films d’époque présentent tous les acteurs en présence en Russie : le Tsar et la famille impériale, Kerenski, Lénine, Trotski, des soldats, des blancs, des rouges, des prisonniers de chaque côté. Des événements observés et suivis notamment de France par des envoyés officiels (carnets d’Eugène Petit, passeport diplomatique de Charles Dumas) ou des acteurs qui embrassent la cause (Pierre Pascal, Jacques Sadoul qui témoigne dans un documentaire). Les dessins et caricatures à la une ou dans les revues russes invitent à réfléchir sur la circulation des inspirations chez les artistes, de l’Atlantique à l’Oural.

À côté des affiches de propagande de Dimitri Moor, dans la dernière (petite) salle consacrée aux commémorations de la révolution (d’octobre), celle d’El Lissitsky  « Battez les blancs avec le coin rouge » (1920) ouvre sur d’autres révolutions graphiques. Une exposition dense.

Frédéric Cépède