« l’aide à mourir est désormais reconnue comme une liberté individuelle encadrée par la loi. » Trois questions à Olivier Falorni

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Suicide assisté, euthanasie, aide à mourir : les adversaires de l’aide médicale à mourir dans la dignité ont joué sur les mots et multiplié les critiques envers ce projet. Après quatre années de débats, le vote du 15 juillet 2026 instaure enfin un nouveau cadre pour la fin de vie en France. Ce débat a-t-il été trop long ou a-t-il finalement permis de clarifier les choses ?

Quatre années de débat, c’est long, évidemment. Mais sur une question aussi intime, aussi grave et aussi profondément humaine que la fin de vie, je ne regrette pas que le Parlement ait pris le temps de débattre.

Je regrette en revanche que le débat ait parfois été enfermé dans des oppositions de vocabulaire. « Suicide assisté », « euthanasie », « aide à mourir » : ces termes ne recouvrent pas exactement la même réalité et, derrière les mots, il y a surtout un dispositif juridique et médical précis.

Comme auteur et rapporteur de ce texte, j’ai toujours voulu que nous parlions du fond : dans quelles situations une personne doit-elle pouvoir demander une aide à mourir ? Quelles garanties devons-nous apporter ? Comment protéger les personnes vulnérables ? Quelle place donner aux médecins ? Et comment garantir parallèlement l’accès aux soins palliatifs ?

Les quatre années de travaux parlementaires ont finalement permis de répondre à ces questions. Le texte a été discuté, amendé, enrichi, parfois profondément transformé. Le vote du 15 juillet n’est donc pas l’aboutissement d’une bataille idéologique, mais celui d’un long travail parlementaire.

Je crois surtout que nous avons désormais dépassé une alternative qui n’avait pas de sens : soit les soins palliatifs, soit l’aide à mourir. Nous avons besoin des deux.

Les soins palliatifs doivent permettre à chacun d’être accompagné et soulagé. Et lorsque, malgré cet accompagnement, une personne remplissant les conditions strictes prévues par la loi demande à pouvoir choisir sa fin de vie, la République doit aussi être capable d’entendre cette demande.

Le débat a été long, mais il a permis de faire émerger un texte plus solide, plus protecteur et plus équilibré. Sur une question de cette importance, c’est finalement une bonne chose.

Ce vote par 291 voix contre 241 révèle-t-il des fractures politiques au sein de l’Assemblée ou simplement des choix d’éthique personnelle ?

Je crois qu’il y a les deux, mais que la seconde dimension est essentielle.

Sur la fin de vie, les clivages politiques traditionnels ne suffisent pas à expliquer les votes. Des parlementaires de sensibilités très différentes ont soutenu le texte, et d’autres, appartenant parfois aux mêmes familles politiques, s’y sont opposés.

C’est assez logique : la question de la fin de vie touche à ce que chacun considère comme la dignité, la liberté, la solidarité, le rôle de la médecine et la protection des plus vulnérables. Ce sont des convictions profondes qui ne se rangent pas toujours selon un axe gauche-droite.

Je ne veux donc pas interpréter ce scrutin uniquement comme une fracture politique. Il traduit aussi des choix de conscience et des conceptions différentes de la relation entre l’individu, la médecine et la société.

Pour autant, il ne faut pas nier la dimension politique du vote. Faire évoluer le droit de la fin de vie est un choix collectif, qui engage la République et notre système de santé. Le Parlement avait donc la responsabilité de trancher après avoir entendu toutes les positions.

Je respecte profondément celles et ceux qui ont voté contre ce texte, dès lors que le débat reste respectueux. Mais je considère que la liberté de conscience des parlementaires ne doit pas conduire à nier la liberté de conscience et la volonté des patients.

Au fond, le vote du 15 juillet montre surtout qu’une majorité de députés a considéré qu’il était temps de faire évoluer notre droit, tout en maintenant des garde-fous très stricts.

Dans les critiques, la question de l’absence de moyens pour l’ouverture vers une prise en charge plus large de la douleur par des soins palliatifs a été souvent évoquée. Quels sont les points qui vous semblent encore devoir être précisés sur ce point et dans le périmètre de la loi ?

Je crois qu’il faut d’abord remettre les choses dans le bon ordre. L’aide à mourir n’est pas la conséquence d’un manque de soins palliatifs, et elle n’a pas vocation à être remplacée par eux. Ce sont deux réponses différentes, qui doivent pouvoir coexister.

Nous devons évidemment continuer à améliorer l’accès aux soins palliatifs et à la prise en charge de la douleur. C’est une exigence de notre système de santé. Mais il serait faux de considérer que, si les soins palliatifs étaient accessibles partout et parfaitement financés, plus personne ne demanderait à mourir. Ce n’est pas ce que nous disent les patients et les familles que nous avons entendus pendant ces années de débat.

Il existe des situations dans lesquelles une personne, alors même qu’elle est accompagnée et prise en charge médicalement, considère que sa situation est devenue incompatible avec ce qu’elle estime être une fin de vie digne. C’est précisément à cette situation que répond le droit à l’aide à mourir.

La question qui se pose désormais est donc moins de savoir s’il faut opposer soins palliatifs et aide à mourir que de savoir comment organiser concrètement cette nouvelle liberté.

Il faudra notamment préciser les modalités d’accès, la formation des professionnels, l’organisation des équipes et la coordination entre l’hôpital, le domicile et les établissements médico-sociaux. Il faudra également garantir que le patient puisse être informé de manière loyale sur l’ensemble des possibilités qui s’offrent à lui, sans que cette information se transforme en pression dans un sens ou dans l’autre.

Et je veux insister sur un point : l’aide à mourir est désormais reconnue comme une liberté individuelle encadrée par la loi. Elle ne doit pas être considérée comme une défaillance du système de soins, mais comme une possibilité supplémentaire offerte à des personnes confrontées à des situations exceptionnelles.

Notre responsabilité est donc de faire vivre ces deux droits : le droit d’être accompagné et soulagé jusqu’au bout de sa vie, et, lorsque les conditions prévues par la loi sont réunies, le droit de choisir le moment et les conditions de sa fin de vie.

C’est précisément cet équilibre qui fait la force du nouveau cadre que nous avons construit.

Propos recueillis par Maurice Braud
L’Ours 549, septembre-octobre 2026)