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L'OFFICE UNIVERSITAIRE DE RECHERCHE SOCIALISTE
 
La déclaration de principes de 1989 (1)
DECLARATION DE PRINCIPES DE L�INTERNATIONALE SOCIALISTE
ADOPTEE AU CONGRES DE STOCKHOLM, 23 JUIN 1989


I. CHANGEMENT GLOBAL ET PERSPECTIVES D�AVENIR
1. Dans le monde entier, l�id�al socialiste s�est empar� de l�imagination des peuples. C�est � lui qu�on doit le succ�s de grands mouvements politiques et l�am�lioration d�cisive de la vie des travailleurs ; il a ainsi largement contribu� � modeler le 20�me si�cle.
Cependant, notre satisfaction justifi�e devant la r�alisation de beaucoup de nos objectifs ne devrait pas nous emp�cher de distinguer clairement les probl�mes qui demeurent et les dangers actuels. Nous avons conscience qu�il nous reste des t�ches essentielles � accomplir : seule une action commune nous permettra de les mener � bien, car, plus que jamais la survie de l�humanit� d�pend des efforts conjoints de tous.
2. Ces changements actuels dans les domaines �conomique, technologique, politique et social, refl�tent une profonde transformation du monde. Le d�fi fondamental auquel nous sommes maintenant confront�s n�est pas de savoir s�il y aura d�autres changements dans les ann�es � venir, mais plut�t qui les contr�lera, et comment ? La r�ponse socialiste est sans ambigu�t� : c�est aux peuples qu�il appartient d�exercer ce contr�le en approfondissant la d�mocratie dans tous les aspects de la vie politique, sociale et �conomique. La d�mocratie politique, pour les socialistes, est le cadre n�cessaire et la condition pr�alable de tous les autres droits et libert�s.
3. Tous les peuples du monde devraient �tre appel�s � participer � la transformation de nos soci�t�s, ouvrant ainsi un nouvel espoir pour l�humanit�. L�IS en appelle � tous les hommes et � toutes les femmes engag�s en faveur de la paix et du progr�s pour qu�ils agissent ensemble afin de transformer cet espoir en r�alit�.
4. Le changement global est un d�fi mais il ouvre aussi de grandes possibilit�s :
- L�internationalisation de l��conomie et le large acc�s � l�information et aux nouvelles technologies peuvent, s�ils sont contr�l�s d�mocratiquement, constituer la base d�une soci�t� mondiale davantage orient�e vers la coop�ration. Il est �vident que la famille mondiale n�est plus un r�ve utopique, mais de plus en plus, une n�cessit� pratique.
- La r�volution technologique peut et doit �tre utilis�e pour cr�er des emplois, pr�server l�environnement et fournir les moyens de se lib�rer du travail routinier, plut�t que d�aboutir � une oisivet� forc�e.
- Des structures d�mocratiques, respectueuses des droits de l�homme, sont la base n�cessaire pour promouvoir la libert�, l��galit�, la s�curit� et la prosp�rit� dans le cadre d�une soci�t� mondiale fond�e sur la d�mocratie.
5. Cependant, de nombreuses tendances du monde actuel font planer sur l�humanit� des menaces sans pr�c�dent :
- La prolif�ration des technologies de destruction entra�ne un �quilibre pr�caire de la terreur sans offrir de garanties suffisantes pour la s�curit� de l�humanit�.
- Les conditions physiques de la vie sur la plan�te sont menac�es par une expansion industrielle et urbaine incontr�l�e, la d�gradation de la biosph�re et l�exploitation irrationnelle des ressources vitales.
- La faim, la disette et la mort menacent des r�gions et des communaut�s enti�res dans le Sud, alors que le monde a suffisamment de ressources techniques et naturelles pour se nourrir.
6. Cette transformation des structures �conomiques et sociales est aussi cruciale et dramatique que le passage du laisser-faire au capitalisme industriel et au colonialisme avant la premi�re guerre mondiale. Le co�t social de ces transformations - le ch�mage, le d�clin r�gional, la destruction des communaut�s - a frapp� non seulement les tr�s pauvres, mais aussi l�ensemble des travailleurs.
7. Le processus rapide d�internationalisation et d�interd�pendance de l��conomie mondiale a entra�n� des contradictions au sein des institutions politiques, sociales et nationales existantes. Cet �cart croissant entre une �conomie mondialis�e et des structures politiques internationales inad�quates a contribu� � la pauvret� et au sous-d�veloppement dans le Sud ainsi qu�au ch�mage de masse et � de nouvelles formes de pauvret� dans de nombreuses r�gions du Nord.
8. Des progr�s r�els ont �t� faits depuis la deuxi�me guerre mondiale dans des secteurs vitaux tels que la d�colonisation, l�extension de l�Etat-Providence et plus r�cemment le d�sarmement, o� des premiers pas prometteurs ont �t� effectu�s. Cependant, des injustices imm�moriales demeurent. Les droits de l�homme sont toujours viol�s, la discrimination raciale et sexuelle s�vit, les perspectives individuelles dans la vie sont encore d�termin�es par la r�gion et la classe sociale dans laquelle les gens sont n�s.
9. Face � ces probl�mes cruciaux, l�IS r�affirme ses convictions fondamentales. Elle est, depuis toujours, engag�e en faveur de la d�mocratisation � grande �chelle des structures de pouvoir �conomiques, sociales et politiques. Les principes et les engagements politiques qui ont toujours �t� ceux du socialisme doivent �tre mis en oeuvre, dans un monde qui a radicalement chang� depuis la D�claration de Francfort de 1951.
10. L�IS a �t� fond�e il y a 100 ans afin de coordonner le combat mondial des mouvements socialistes d�mocratiques pour la justice sociale, la dignit� humaine et la d�mocratie. Elle a rassembl� des partis et des organisations de traditions diff�rentes qui partageaient un but commun : le socialisme d�mocratique. Tout au long de leur histoire, les partis socialistes, sociaux-d�mocrates et travaillistes ont incarn� les m�mes principes et les m�mes valeurs.
11. Aujourd�hui, l�IS lie son combat traditionnel pour la libert�, la justice et la solidarit� � un engagement fondamental en faveur de la paix, de la protection de l�environnement et du d�veloppement du Sud. Tous ces th�mes n�cessitent des r�ponses communes. A cette fin, l�IS recherche le soutien de tous ceux qui partagent ses valeurs et ses engagements.

II. PRINCIPES
LIBERTE, JUSTICE ET SOLIDARITE

12. Le socialisme d�mocratique est un mouvement international pour la libert�, la justice sociale et la solidarit�. Son but est de parvenir � un monde pacifique o� ces valeurs fondamentales pourront �tre renforc�es, et o� chaque individu pourra vivre une vie digne, promettant le plein d�veloppement de sa personnalit� et de ses talents, avec la jouissance des droits civiques et humains que peut garantir une soci�t� d�mocratique.
13.La libert� est le r�sultat d�efforts � la fois individuels et collectifs - les deux aspects faisant partie d�un m�me processus. Chacun a le droit d��tre libre de toute coercition politique et doit jouir des meilleures chances pour poursuivre ses objectifs personnels et mettre en oeuvre ses potentialit�s. Mais cela ne sera possible que si l�humanit� dans sa totalit� m�ne jusqu�� la victoire son long combat pour s�assurer la ma�trise de son histoire et garantir qu�aucun individu, classe, sexe, religion ou race ne soit subordonn� � d�autres.
14. La justice et l��galit�. La justice signifie la fin de toute discrimination contre les individus ainsi que l��galit� des droits et des chances. Elle n�cessite une compensation pour les in�galit�s physiques, mentales, et sociales, et requiert l�ind�pendance par rapport aux propri�taires des moyens de production et aux d�tenteurs du pouvoir politique.
L��galit� exprime la valeur �gale de tous les �tres humains. Elle est la condition pr�alable au libre d�veloppement de la personne humaine. L��galit� sur le plan �conomique, social et culturel est essentielle pour garantir la diversit� des individus et le progr�s social.
La libert� et l��galit� ne sont pas contradictoires. L��galit� est la condition pour le d�veloppement de la personnalit� individuelle. L��galit� et la libert� des personnes sont indivisibles.
15. La solidarit� englobe toutes les autres valeurs. C�est l�expression pratique d�un humanisme universel et d�un engagement vis-�-vis des victimes de l�injustice. Toutes les grandes traditions humanistes mettent l�accent sur la solidarit� et la c�l�brent avec raison. A l��poque o� les nations et les individus connaissent une interd�pendance croissante, la solidarit� est plus importante encore, puisqu�elle est indispensable � la survie de l�humanit�.
16. Les socialistes d�mocratiques attachent une importance �gale � ces principes fondamentaux. Ils sont interd�pendants. Chacun est n�cessaire aux autres. A l�oppos�, les lib�raux et les conservateurs ont mis l�accent sur la libert� individuelle aux d�pens de la justice et de la solidarit�, alors que les communistes pr�tendent atteindre l��galit� et la solidarit� mais aux d�pens de la libert�.

D�mocratie et Droits de l�Homme.
17. L�id�e de d�mocratie est bas�e sur les principes de libert� et d��galit�. Par cons�quent, l�existence de droits �gaux pour les femmes et les hommes - pas seulement en th�orie, mais aussi en pratique, au travail, dans la famille et dans tous les domaines de la vie sociale - fait partie de la conception socialiste de la soci�t�.
18. Les socialistes d�mocratiques s�efforcent de parvenir � des droits �gaux pour toutes les races, tous les groupes ethniques, les nations et les religions. Ces droits sont aujourd�hui s�rieusement en danger dans beaucoup de r�gions du monde.
19. Les formes de d�mocratie peuvent, bien s�r, varier. Cependant, il n�est possible de parler de d�mocratie que si les citoyens ont un libre choix entre diff�rentes options politiques dans le cadre d��lections libres ; s�il existe la possibilit� d�un changement de gouvernement par des moyens pacifiques fond�s sur la libre expression du peuple ; si les droits des minorit�s et des individus sont garantis ; et s�il y a un syst�me judiciaire ind�pendant fond� sur le droit et appliqu� impartialement � tous les citoyens. La d�mocratie politique est un �l�ment indispensable d�une soci�t� socialiste. La d�mocratie socialiste est un processus continu de d�mocratisation sociale et �conomique et de plus grande justice sociale.
20. Les droits de l�individu sont � la base des valeurs du socialisme. La d�mocratie et les droits de l�homme sont aussi le fondement du pouvoir, et le m�canisme indispensable par lequel le peuple peut contr�ler les structures �conomiques qui l�ont si longtemps domin�. Sans la d�mocratie, aucune politique sociale ne peut cacher la nature dictatoriale d�un gouvernement.
21. Sans aucun doute, des cultures diff�rentes d�veloppent leurs propres formes institutionnelles de d�mocratie. Mais quelle que soit la forme que prend la d�mocratie - au plan national ou au plan international - elle doit garantir tous leurs droits aux individus et aux minorit�s organis�es. Pour les socialistes, la d�mocratie est par nature pluraliste et ce pluralisme est la meilleure garantie de sa vitalit� et de sa cr�ativit�.
22. Il est essentiel de pouvoir se lib�rer de gouvernements arbitraires et dictatoriaux. C�est la condition pr�alable gr�ce � laquelle les peuples et les soci�t�s peuvent cr�er un monde nouveau de paix et de coop�ration internationale : un monde dans lequel les destin�es politiques, �conomiques et sociales de chaque peuple seront d�termin�es d�mocratiquement.

La nature du socialisme
23. Les socialistes d�mocratiques sont parvenus � d�finir ces valeurs en suivant des chemins diff�rents. Elles sont n�es dans le mouvement ouvrier, les mouvements populaires de lib�ration, les traditions culturelles d�assistance mutuelle et de solidarit� collective dans de nombreuses parties du monde. Elles ont aussi tir� profit des diverses traditions humanistes.
Mais bien qu�il y ait des diff�rences dans leurs cultures et leurs id�ologies, les socialistes sont unis dans leur vision d�une soci�t� mondiale pacifique et d�mocratique alliant la libert�, la justice et la solidarit�.
24. Dans les luttes nationales pour le socialisme d�mocratique, au cours des ann�es � venir, on pourra constater des diff�rences de politique et des divergences dans les dispositions l�gislatives. Celles-ci refl�tent des histoires diff�rentes, et la pluralit� de soci�t�s diverses. Les socialistes ne pr�tendent pas poss�der le mod�le d�une soci�t� fig�e et d�finitive, qui ne puisse �tre chang�e, r�form�e ou d�velopp�e. Dans le mouvement en faveur de l�autod�termination d�mocratique, il y aura toujours place pour la cr�ativit� puisque chaque peuple et chaque g�n�ration doivent se fixer leurs propres objectifs.
25. Au-del� des principes qui guident tous les mouvements d�mocratiques, il y a un consensus clair entre les socialistes concernant les valeurs fondamentales. En d�pit de notre diversit�, nous pensons en commun que la d�mocratie et les droits de l�homme ne sont pas seulement des moyens politiques pour des objectifs socialistes mais sont la substance m�me de ces objectifs socialistes : une �conomie et une soci�t� d�mocratiques.
26. La libert� individuelle et les droits sociaux fondamentaux sont pour chacun les conditions pr�alables de la dignit� humaine. Ces droits ne peuvent se remplacer les uns les autres et ne peuvent �tre utilis�s les uns contre les autres. Les socialistes prot�gent le droit inali�nable � la vie et � la s�curit� des personnes, � la libert� de pens�e et d�expression, � la libert� d�association et � la protection face � la torture et aux traitements d�gradants. Les socialistes sont engag�s dans un combat pour lib�rer l�homme de la faim et du besoin, pour des droits sociaux r�els et pour le droit au travail.
27. Le socialisme d�mocratique signifie aussi la d�mocratie culturelle. Les diff�rentes cultures au sein de chaque soci�t� doivent jouir de chances et de droits �gaux, de m�me qu�un acc�s �gal, pour chacun, � l�h�ritage culturel national et mondial doit �tre garanti.
III. LA PAIX
La paix, une valeur fondamentale
28. La paix est une condition préalable à tous nos espoirs. C’est une valeur fondamentale, d’un intérêt commun à tous les systèmes politiques, et nécessaire à l’humanité. La guerre détruit la vie humaine et les bases du développement social. Un holocauste nucléaire pourrait signifier la fin de la vie humaine telle que nous la connaissons.
29. La paix ne peut être durablement garantie ni par la dissuasion nucléaire ni par une course aux armements conventionnels. Par conséquent, il faut absolument parvenir au désarmement et à de nouveaux modèles de sécurité collective.
30. Ce qui est maintenant essentiel, c’est la mise en place, non seulement de l’équilibre militaire au niveau le plus bas possible des systèmes d’armements défensifs, mais aussi d’un climat de confiance politique mutuelle. Ceci peut être atteint à travers la coopération sur des projets concernant notre avenir commun et un nouvel accent mis sur la compétition pacifique entre des sociétés dotées de structures politiques, économiques et sociales différentes.
31. La paix n’est pas seulement l’absence de guerre. Elle ne peut être fondée ni sur la peur ni sur une bonne volonté éphémère des superpuissances. Les causes économiques et sociales fondamentales des conflits internationaux doivent être abolies grâce à l’instauration de la justice à l’échelle de la planète et à la création de nouvelles institutions pour la résolution pacifique des conflits.
32. L’établissement d’un nouvel ordre politique et économique mondial est une contribution essentielle à la paix. Il devrait impliquer le respect de la souveraineté nationale et le droit à se gouverner soi-même dans le cadre national, le règlement négocié des conflits et la suspension des fournitures d’armes aux parties prenantes d’un conflit. Il doit exister des systèmes globaux et régionaux qui permettent à la fois la coopération et la solution pacifique des conflits dans toutes les parties du monde. Ceux-ci pourraient être mis en place grâce à l’action des Nations unies, en complément des accords entre les superpuissances.
33. La paix est tout autant une nécessité au sein des nations. Résoudre les conflits par la violence détruit toute possibilité de développement et de respect des droits de l’homme.
34. La militarisation des relations entre les nations du Sud est devenue une menace sérieuse pour l’avenir de l’humanité, au même titre que les tensions entre l’Est et l’Ouest. Dans certain cas, les principales puissances, avec leur tendance à globaliser les conflits, se sont engagées dans des guerres, par États interposés, dans les pays du Sud. Dans d’autres, les marchands d’armes, tant à l’Est qu’à l’Ouest, ont contribué à augmenter le niveau de la violence dans le Sud en y cherchant des avantages politiques ou des bénéfices commerciaux. Il est indéniable que toutes les guerres lors des quatre dernières décennies ont été livrées dans ces régions du monde. Les causes sociales, économiques et autres des conflits dans le Sud doivent être éliminées.

Les initiatives pour la paix
35. Les socialistes démocratiques rejettent un ordre mondial qui comporte une paix armée entre l’Est et l’Ouest mais une continuelle effusion de sang dans les pays en développement. Les efforts pour le maintien de la paix doivent se focaliser sur ces confrontations. L’Europe a un rôle unique à jouer dans ce processus. Pendant des décennies elle a été le champ de bataille le plus probable pour un conflit armé entre l’Est et l’Ouest. L’Europe peut maintenant devenir une zone dans laquelle un nouveau climat de confiance et de modération mutuelles peut croître et se développer.
36. Pour prendre des initiatives pour la paix, il faut que les systèmes socio-économiques et les différentes nations coopèrent ensemble sur des projets visant à instaurer la confiance et le désarmement, la justice pour le Sud et la protection de la biosphère. En même temps, devrait s’engager une compétition pacifique dans le domaine de la création de richesses, du bien-être et de la solidarité. Toute société devrait être prête à apprendre des autres. Le fait que différents systèmes commercent, négocient et travaillent ensemble doit devenir la norme. Il devrait aussi être possible d’avoir un échange de vues franc et ouvert en particulier quand les problèmes des droits de l’homme et de la paix sont en jeu.
37. La coopération Est-Ouest pour un combat commun en vue de supprimer l’écart entre le Nord et le Sud et pour la protection de l’environnement sont peut-être les domaines qui offrent les plus grandes potentialités pour une action efficace en vue d’arriver à une solidarité de l’humanité indépendamment des frontières et des blocs. De plus, il devrait y avoir un système international d’alerte pour identifier les dangers pour l’environnement et les catastrophes qui franchissent les frontières nationales.

IV. LE NORD ET LE SUD
La mondialisation
38. Les dernières décennies ont été caractérisées par une internationalisation croissante ou "globalisation" des problèmes mondiaux. Les chocs pétroliers, les fluctuations des taux de change et les krachs boursiers se communiquent directement aux économies du monde entier, au Nord et au Sud. De nouvelles technologies d’information répandent une culture de masse dans chaque partie du monde. Les décisions financières des multinationales peuvent avoir du jour au lendemain des effets considérables. Les conflits nationaux et internationaux entraînent des mouvements considérables et croissants de réfugiés, de dimension continentale et intercontinentale.
39. En outre, la mondialisation de l’économie internationale a fait éclater la division bipolaire du monde qui a dominé l’époque de la guerre froide. De nouvelles puissances industrielles ont émergé en bordure du Pacifique, et, jusqu’à de récents reculs, parmi les pays d’Amérique latine en développement rapide. On a vu apparaître aussi de nouvelles forces internationales, telles que la Chine et le Mouvement des non-alignés. L’interdépendance est une réalité. Il est plus important que jamais d’établir des institutions multilatérales qui permettraient au Sud de jouer un plus grand rôle sous l’égide des Nations unies.
40. Au niveau mondial, la crise économique et les politiques déflationnistes conservatrices ont eu pour conséquence le retour du chômage de masse dans beaucoup d’économies avancées. Elles ont aussi eu un effet destructeur sur les pays pauvres. Elles ont anéanti les marchés à l’exportation, rendu plus aiguë la crise de la dette et remis en cause les progrès déjà réalisés. En même temps, une telle régression dans le Sud, combinée avec la nécessité de payer les intérêts d’une dette gigantesque, a fermé des marchés potentiels énormes pour le Nord. Ainsi, les niveaux de vie qui périclitent dans les nations débitrices sont un facteur de création de chômage dans les pays créditeurs.
41. Un nouveau système économique mondial, global, doit inclure les centres de croissance du Sud d’une manière radicalement nouvelle, pour conduire au développement aussi bien du Sud que du Nord. Pour stimuler globalement l’économie mondiale, on peut et on doit mettre en place des programmes visant le développement économique et social dans le Sud. De tels problèmes doivent être intégrés dans les stratégies macro-économiques globales.
42. En Afrique, la continuation du régime d’apartheid en Afrique du Sud n’est pas seulement un crime contre la majorité des habitants de cette nation, mais a aussi bloqué les efforts économiques des pays de la ligne de front et eu un impact négatif sur le continent tout entier. Là, comme ailleurs, le combat pour les droits de l’homme et pour la démocratie continue conjointement avec le combat pour la justice économique et sociale.
43. L’Afrique et l’Amérique latine en particulier sont confrontées au problème intolérable de la dette qui empêche les investissements et les importations nécessaires pour assurer le développement et fournir des emplois à une population en croissance rapide. Une action globale pour alléger le fardeau de la dette est une condition préalable à tout progrès. Ce doit être un objectif essentiel de la coopération Est-Ouest dans le cadre d’une recherche commune de justice Nord-Sud.

Le défi de l’environnement
44. La crise de l’environnement est un défi d’importance critique, fondamental, de dimension mondiale. Au Nord comme au Sud, l’équilibre écologique est en danger. Tous les ans, des espèces animales et végétales sont en voie de disparition, alors qu’il y a des preuves croissantes de la diminution de la couche d’ozone. Dans le Nord, un productivisme irresponsable détruit la forêt ; dans le Sud, les forêts tropicales qui sont vitales pour la survie du monde entier diminuent à une vitesse alarmante. Dans les pays riches, la pollution du sol augmente ; dans les pays pauvres, les déserts gagnent sur la civilisation. Partout, l’eau pure se raréfie.
45. Puisque la destruction écologique se répand au delà des frontières, la protection de l’environnement doit être internationale. Il s’agit tout d’abord de maintenir les relations entre les cycles naturels, puisque la protection écologique revient toujours moins cher et est une attitude plus responsable que la rénovation de l’environnement. Les solutions les meilleures et les moins chères à la crise, sont celles qui changent la structure générale de la production et de la consommation afin d’empêcher à la source les atteintes à l’environnement.
46. Nous plaidons pour des efforts internationaux communs afin de remplacer tous les produits et les processus nocifs pour l’environnement par des succédanés qui confortent la nature. On ne doit pas permettre que le transfert de technologies du Nord au Sud soit une façon d’exporter soit des systèmes inacceptables sur le plan écologique, soit les déchets toxiques des économies riches. Les sources d’énergie renouvelables et les systèmes d’approvisionnement décentralisés devraient être encouragés tant au Nord qu’au Sud. De plus, il doit y avoir un système d’alarme internationale qui puisse identifier les menaces contre l’environnement et les catastrophes qui ont des conséquences au delà des frontières nationales.
47. Ces problèmes écologiques affectent la communauté mondiale tout entière tout en ayant des conséquences nuisibles dans les pays en développement. Les nations pauvres ne pourront pas les résoudre sans coopération et assistance multilatérale. Pour toutes ces raisons, il est crucial d’obtenir un transfert substantiel de ressources dans le cadre de l’aide au développement.
48. De telles politiques sont compatibles avec une croissance économique qualitative, au Nord comme au Sud, qui nous permettrait de faire face, à l’avenir, à nos responsabilités économiques et sociales. L’investissement social dans la reconstitution écologique - que beaucoup d’experts comptabilisent comme une dépense sans contrepartie et qui n’est pas comptabilisée comme faisant partie du PNB - est l’un des investissements les plus positifs qu’une société puisse faire.

Le contrôle social du développement technologique
49. La révolution technologique qui a déjà commencé dans les économies industrielles avancées changera profondément les conditions de l’exploitation des ressources et de l’environnement durant la période de vie de la génération actuelle. De plus, l’impact de ce changement se fera sentir dans le monde entier. La micro-électronique, la robotique, les technologies militaires, les biotechnologies - sans compter les innovations dont on n’a pas encore idée transformeront les données tant pour les individus que pour les structures de la société dans le monde entier.
50. La technologie n’est pas seulement une question de science pure ou de machines inanimées. Elle est toujours guidée par des intérêts spécifiques et modelée sur des valeurs humaines, qu’elles soient implicites ou explicites. Elle doit être ramenée sous contrôle social afin d’utiliser les possibilités positives offertes par les nouvelles technologies à l’humanité, de minimiser les risques et les dangers de développements incontrôlés et d’empêcher les technologies socialement inacceptables.
51. Le progrès social nécessite et inspire le progrès technologique. Ce qui est nécessaire, c’est une technologie appropriée aux différentes conditions, expériences et niveaux de développement qui prévalent au Nord et au Sud. Il doit y avoir un transfert substantiel de technologies appropriées - et de savoir-faire technologique de base entre le Nord et le Sud. Le Nord a beaucoup à apprendre de l’expérience du Sud, en particulier son utilisation d’une technologie à faible gaspillage. Il devrait y avoir un dialogue social et un contrôle politique démocratique du contexte dans lequel les nouvelles technologies sont introduites. Ceci devrait nous assurer que leur mise à disposition :- contribue au développement autonome des pays du Sud, mobilisant leurs ressources plutôt que les gaspillant et favorisant la création de nouveaux emplois plutôt que le chômage ;- humanise le travail, promeut la santé humaine et augmente la sécurité sur le lieu de travail.- facilite les droits économiques et augmente les possibilités d’autogestion dans le travail.
52. Afin de s’assurer que ces conditions soient remplies dans le monde entier, il faut des institutions et des procédures d’évaluation des technologies. Toute innovation devrait être introduite en accord avec les besoins sociaux et les priorités exprimées à travers un débat et des prises de position démocratiques.
53. La manipulation du matériel génétique humain et l’exploitation des femmes à travers de nouvelles technologies - de reproduction doit être empêchée. De même, il faudrait trouver des moyens pour protéger l’humanité du risque nucléaire et chimique.

Désarmement et développement
54. Les accords de désarmement entre les grandes puissances feront plus que de supprimer les menaces d’annihilation de la planète. Avec de tels accords, beaucoup des ressources maintenant gâchées en armes thermonucléaires, chimiques, biologiques et conventionnelles, pourront être dégagées pour investir dans les programmes de développement économique et social du Sud. Le désarmement entre l’Est et l’Ouest devrait être lié à des programmes pour la justice entre le Nord et le Sud.
55. Une part substantielle des fonds que les pays hautement industrialisés à l’Est et à l’Ouest économiseraient à la suite d’un désarmement négocié, devrait être utilisée pour créer un fonds multinational qui pourrait promouvoir un développement sûr et durable dans les pays du Sud.
V. FA�ONNER LE 21E SIECLE
La d�mocratie politique et �conomique
56. Les �v�nements r�cents ont, plus que jamais, favoris� la r�alisation d�une d�mocratie sociale, politique, et �conomique � l��chelle mondiale. La d�mocratie est le premier moyen d�un contr�le populaire et d�une humanisation des forces incontr�l�es qui sont en train de remodeler notre plan�te sans consid�ration pour sa survie.
57. Les droits de l�homme comprennent les droits �conomiques et sociaux ; le droit de cr�ation de syndicats et de gr�ve ; le droit � la s�curit� sociale et au bien-�tre pour tous, y compris la protection des m�res et des enfants ; le droit � l��ducation, � la formation et aux loisirs ; le droit � un logement d�cent dans un environnement correct et le droit � la s�curit� �conomique. Le droit � un travail utile et � plein temps avec une juste r�mun�ration est fondamental. Le ch�mage est une atteinte � la dignit� humaine, une menace pour la stabilit� sociale et un gaspillage de la ressource la plus pr�cieuse de l�humanit�.
58. Les droits �conomiques ne doivent pas �tre consid�r�s comme des avantages accord�s � des individus passifs manquant d�initiatives, mais comme une base indispensable � partir de laquelle on peut s�assurer la participation active de tous les citoyens � un projet de soci�t�. Il ne s�agit pas de subventionner ceux qui sont en marge de la soci�t�, mais de cr�er les conditions d�existence d�une soci�t� int�gr�e gr�ce au bien-�tre social pour tous.
59. Aujourd�hui, le socialisme d�mocratique est bas� sur les m�mes valeurs qu�au moment de sa cr�ation. Mais celles-ci doivent �tre formul�es de fa�on critique, en assimilant l�exp�rience pass�e et en regardant vers l�avenir. Par exemple, l�exp�rience a montr� que la nationalisation pouvait �tre n�cessaire dans certains cas mais qu�elle n�est pas en soi un rem�de souverain aux maux sociaux. De m�me, la croissance �conomique peut souvent d�truire et diviser, en particulier lorsque les int�r�ts priv�s �chappent � leurs responsabilit�s sociales et �cologiques. Par elles-m�mes, ni la propri�t� publique, ni la propri�t� priv�e ne peuvent garantir l�efficacit� �conomique ou la justice sociale.
60. Le mouvement socialiste d�mocratique continue de pr�coniser � la fois la socialisation et la propri�t� publique dans le cadre d�une �conomie mixte. Il est clair que l�internationalisation de l��conomie et la r�volution technologique mondiale rendent le contr�le d�mocratique plus important que jamais. Mais le contr�le social de l��conomie est un but qui peut �tre atteint � travers un tr�s large �ventail de moyens �conomiques suivant le lieu et le temps, en particulier :
- les politiques de production d�mocratiques, participatives et d�centralis�es ; le contr�le public de l�investissement ; la protection de l�int�r�t public et social ; la socialisation des co�ts et des b�n�fices du changement �conomique ;
- la participation des travailleurs aux d�cisions au niveau de l�atelier comme de la firme en m�me temps que la participation des syndicats � la d�termination de la politique �conomique nationale ;
- les coop�ratives autog�r�es de travailleurs et de paysans ;
- les entreprises publiques, avec des formes de contr�le et de prise de d�cision d�mocratiques, quand c�est n�cessaire, afin de permettre aux gouvernements de r�aliser leurs priorit�s �conomiques et sociales ;
- la d�mocratisation des institutions du syst�me �conomique et financier mondial afin de permettre la participation � part enti�re de tous les pays ;
- le contr�le international et le suivi des activit�s des entreprises transnationales, y compris les droits transnationaux des syndicats au sein de telles entreprises.
61. Il n�y a pas de mod�le unique ou d�finitif de d�mocratie �conomique et il y a place pour des exp�riences audacieuses dans diff�rents pays. Mais le principe sous-jacent est clair : il ne s�agit pas simplement d�un contr�le formel et l�gal par l��tat, mais d�une participation v�ritable des travailleurs eux-m�mes et de leurs organisations dans la prise de d�cision �conomique. Ce principe doit s�appliquer � la fois sur le plan national et sur le plan international.
62. Dans des soci�t�s ainsi structur�es et engag�es en faveur d�une v�ritable �galit� �conomique et sociale, le march� peut et doit fonctionner afin d�assurer de fa�on dynamique la promotion de l�innovation et de traduire � travers toute l��conomie les d�sirs des consommateurs. Le march� ne devrait pas �tre domin� par la puissance �conomique des grandes entreprises, ni manipul� par la d�sinformation.
63. La concentration du pouvoir �conomique en quelques mains, doit �tre remplac�e par un syst�me diff�rent dans lequel chaque individu a le droit - comme citoyen, consommateur ou salari� - d�influencer l�orientation et la distribution de la production, de remodeler les moyens de production et les conditions de travail. Ceci d�coulera de la participation du citoyen � la politique �conomique, en garantissant aux salari�s une influence sur leur lieu de travail, en facilitant une concurrence ouverte et responsable aussi bien au plan int�rieur qu�international et en renfor�ant la position des consommateurs par rapport aux producteurs.
64. Une soci�t� d�mocratique doit compenser les d�fauts que comporte m�me le syst�me de march� le plus responsable. Les gouvernements ne doivent pas fonctionner simplement comme un atelier de r�parations pour les d�g�ts caus�s par les d�fauts du march� ou par l�application sans contr�le des nouvelles technologies. L��tat doit plut�t �tre le r�gulateur du march� dans l�int�r�t de la population et doit obtenir pour tous les travailleurs les avantages de la technologie � la fois pour am�liorer leur exp�rience au travail et accro�tre leur temps de loisir et leurs possibilit�s r�elles de d�veloppement individuel.

Culture et soci�t�
65. L��ducation est vitale pour le d�veloppement d�une soci�t� moderne, d�mocratique et tol�rante. Les buts de l��ducation tels que nous les concevons sont :
- l�information, l�apprentissage et la transmission des connaissances ;
- la transmission d�une g�n�ration � l�autre d�un h�ritage culturel et spirituel ;
- la pr�paration de l�individu � la vie au sein de la soci�t� sur la base de l��galit� des chances pour tous ;
- l�aide apport�e � chaque individu pour d�velopper pleinement son propre potentiel.
66. Les valeurs de libert�, de justice sociale, de solidarit� et de tol�rance doivent �tre au coeur du processus �ducatif.
Nous pr�conisons la tol�rance et la coop�ration entre les diff�rents groupes d�une soci�t� multiculturelle. La diversit� culturelle enrichit nos soci�t�s plut�t qu�elle ne les met en danger. L�uniformit� culturelle est une menace pour la libert� et la d�mocratie.
67. Une attention sp�ciale doit �tre port�e � la relation entre les diff�rentes g�n�rations. Les personnes �g�es en particulier ont besoin du respect et du soutien des jeunes. Elles ont besoin d�un revenu garanti gr�ce aux syst�mes de pr�voyance et aux retraites de l��tat, de maisons de retraite et de soins au sein de leurs collectivit�s, de lieux o� elles puissent mener leurs activit�s culturelles et sociales et du droit � vivre leur vieillesse dans la dignit�.

Le r�le des hommes et des femmes dans la soci�t� moderne
68. L�in�galit� entre l�homme et la femme est la forme la plus r�pandue d�oppression dans l�histoire de l�humanit�. Elle remonte presque jusqu�� l�origine de l�esp�ce humaine et a persist� dans presque tous les syst�mes socio-�conomiques jusqu�� aujourd�hui.
69. Ces derni�res ann�es ont vu un nouvel essor de la prise de conscience f�ministe � l�int�rieur comme � l�ext�rieur du mouvement socialiste, conduisant � l��mergence de l�un des plus importants mouvements sociaux de notre �poque. Le renouveau du f�minisme est apparu en partie au moment o� les femmes, dans les �tats de bien-�tre avanc�, commenc�rent � se rendre compte que malgr� les progr�s r�alis�s dans de nombreux domaines, elles �taient encore rel�gu�es � des positions secondaires dans les structures politiques et de travail.
70. Les co�ts sociaux des crises �conomiques, aux niveaux national et international, ont �t� support�s de fa�on disproportionn�e par les femmes. La pauvret�, le ch�mage, l�absence de logement et les bas salaires y ont contribu�. Dans certaines zones du Sud, le fait de passer outre aux attitudes patriarcales est une condition pr�alable et fondamentale � la fois pour l�affirmation des droits des femmes et pour la mise en oeuvre d�un d�veloppement �conomique durable.
71. L�Internationale socialiste soutient le combat des femmes pour l��galit� des chances et des droits partout dans le monde. Dans certains pays, il y a eu des progr�s alors que dans d�autres le combat pour l��galit� ne fait que commencer. L��galit� et la justice pour les femmes sont des �l�ments constitutifs d�un monde de justice et de paix. Les Nations unies ont jou� un r�le important pour favoriser l��mergence d�une prise de conscience f�ministe mondiale qui lie les femmes du Nord et du Sud.
72. L�IS reprend � son compte de fa�on sp�cifique les mesures suivantes :
- une l�gislation et des programmes d�action positifs qui garantissent la pleine �galit� entre les hommes et les femmes ;
- un soutien aux programmes consacr�s � l��ducation, � la formation et � l�int�gration professionnelle des filles et des femmes ;
- une l�gislation qui assure une r�mun�ration �gale pour un travail �gal ;- la diffusion de l�information et de l�assistance gratuite pour la planification familiale ;
- des moyens appropri�s pour la garde d�enfants ;
- le soutien public � une participation pleine et enti�re des femmes aux activit�s sociales et politiques de chaque pays gr�ce � des mesures positives qui assurent la repr�sentation f�minine � tous les niveaux des prises de d�cision.
73. Les femmes constituent un peu plus de la moiti� de la population de notre plan�te. Qu�elles b�n�ficient de l��galit� et de la justice est une condition sine qua non de la justice et de l��galit� internationales.

Une nouvelle culture internationale pour le dialogue politique
74. L�interd�pendance croissante du monde laisse peu de place pour les controverses et les combats fondamentalistes. La survie et le d�veloppement communs requi�rent � la fois la coop�ration et des formes civilis�es de confrontation entre les forces et les id�es politiques antagonistes. Par cons�quent nous rejetons et condamnons toute forme de fondamentalisme politique ou religieux.
75. Le communisme a perdu l�attirance qu�il exer�ait autrefois sur une partie du mouvement ouvrier, ou sur certains intellectuels apr�s la r�volution d�octobre ou pendant la lutte contre le fascisme.
Les crimes du stalinisme, les pers�cutions de masse et les violations des droits de l�homme, autant que les probl�mes �conomiques non r�solus, ont fragilis� l�image du communisme comme alternative au socialisme d�mocratique ou comme mod�le pour l�avenir.
76. L�IS soutient tous les efforts visant � la transformation des soci�t�s communistes gr�ce � la lib�ralisation et � la d�mocratisation. Le m�me soutien doit �tre donn� au d�veloppement des m�canismes d�un march� d�centralis�, � la lutte contre la bureaucratisation et la corruption, et, avant tout, � la prise de conscience que les droits de l�homme et l�ouverture politique sont des �l�ments importants d�une soci�t� dynamique et progressiste.
77. La d�tente, la coop�ration internationale et la comp�tition pacifique cr�ent une atmosph�re dans laquelle les initiatives actuelles les plus prometteuses peuvent prosp�rer. L�IS veut promouvoir une culture du dialogue international. Toutes les parties prenantes doivent coop�rer dans une confiance mutuelle l� o� existent des int�r�ts fondamentaux communs et discuter ouvertement et franchement l� o� l�engagement en faveur des droits de l�homme, de la d�mocratie et du pluralisme est en cause. Les socialistes veulent jouer dans ce dialogue un r�le de premier plan.

Un nouveau mod�le de croissance
78. Afin de cr�er les emplois et la prosp�rit� dans le monde entier, le d�veloppement doit �tre �quilibr� sur le plan �cologique. Une croissance contraire aux besoins �cologiques et sociaux, irait � l�encontre du progr�s puisqu�elle causerait des dommages � l�environnement et d�truirait des emplois. Le syst�me du march� ne peut � lui seul assurer l�accomplissement des objectifs sociaux de la croissance �conomique. C�est la fonction normale d�une politique �conomique d�mocratique de promouvoir un d�veloppement qui offre des possibilit�s d�avenir tout en am�liorant la qualit� de la vie.
79. Afin d�atteindre ces objectifs globaux, il est imp�ratif d��tablir un ordre �conomique mondial vraiment nouveau. Celui-ci doit r�concilier les int�r�ts des pays industrialis�s et des pays en d�veloppement. Une r�forme fondamentale des relations financi�res doit cr�er les conditions pour une coop�ration �conomique internationale. Un ordre �conomique international plus �quitable est n�cessaire non seulement pour des raisons de solidarit�, mais aussi pour cr�er une �conomie mondiale plus efficace, productive et �quilibr�e.
80. S�agissant de la dette internationale, la priorit� doit �tre de supprimer, diminuer ou capitaliser les dettes des pays pauvres. Des arrangements institutionnels sont n�cessaires pour stabiliser � la fois les termes de l��change et les recettes � l�exportation des pays du Sud en �tablissant des fonds de soutien internationaux. Les pays du Nord doivent ouvrir leurs march�s aux produits du Sud et mettre fin � leur politique de subsides � leurs exportations.
81. Alors que la productivit� progresse rapidement gr�ce aux nouvelles technologies, il est �galement n�cessaire de red�finir la vie au travail. L�objectif doit �tre d�humaniser les conditions de travail gr�ce � la fois aux technologies appropri�es et � la participation ouvri�re. Des emplois devraient �tre cr��s en investissant dans les services sociaux et dans la reconstitution de l�environnement, aussi bien que par des investissements publics dans le d�veloppement de nouvelles technologies et l�am�lioration de l�infrastructure. Par contraste, les politiques �conomiques conservatrices ont, dans beaucoup de pays industrialis�s, provoqu� le ch�mage massif, mettant ainsi en danger la s�curit� et la justice sociales et favorisant l�apparition de nouvelles pauvret�s dans le monde riche. Il est d�une importance primordiale que les gouvernements prennent au s�rieux leur responsabilit� globale concernant le plein emploi.
82. Souvent, une r�duction des heures de travail peut aider � une meilleure r�partition � la fois des emplois r�mun�r�s et du travail domestique entre hommes et femmes. Elle augmente en m�me temps le temps de loisir des ouvriers, des paysans et des employ�s, leur donnant ainsi d�avantage de possibilit�s pour d�autres activit�s.

La solidarit� entre le Nord et le Sud
83. Le d�veloppement �conomique est sans aucun doute une priorit� pour le Sud. Ceci ne veut pas dire qu�il y ait une formule simple pour mettre fin � la pauvret� dans les pays en d�veloppement, qu�elle soit d�origine socialiste ou non. Les �conomies ont besoin d�une r�duction des fronti�res douani�res, d�un acc�s am�lior� au march� et de transferts de technologie. Elles ont besoin de pouvoir d�velopper leurs propres ressources scientifiques - par exemple dans le domaine de la biotechnologie - et de mettre fin � leur d�pendance des technologies de seconde main.
84. En ce qui concerne les pays les plus pauvres, l�assistance aux �conomies traditionnelles reste vitale. Beaucoup d�entres-elles, en diff�rentes r�gions du monde, ont besoin de r�forme agraire, d�incitations aux paysans � assurer une production r�guli�re de l�agriculture vivri�re et de soutien aux traditions coop�ratives dans les cultures rurales. Mais une production vivri�re accrue ne mettra pas � elle seule fin � la disette et � la famine. Malheureusement, dans certains cas, un accroissement de l�agriculture d�exportation peut d�truire les sch�mas traditionnels de subsistance, accroissant � la fois la famine et la production. Ce doit �tre la t�che du syst�me politique que de garantir � la fois le droit � la nourriture et � l�emploi.
85. La crise de la dette a conduit � un flux financier net des pays en d�veloppement vers les pays industrialis�s. L�objectif des Nations unies d�atteindre 0,7 % du PNB pour l�aide publique au d�veloppement, ce qui est le double du taux actuel, doit �tre atteint sans d�lai. Des efforts coordonn�s sur le plan international sont n�cessaires, de toute urgence, pour all�ger le fardeau de la dette ext�rieure des pays en d�veloppement.
86. Les programmes de coop�ration avec le Sud doivent soutenir des objectifs de d�veloppement visant la croissance �conomique autant qu�une juste distribution des revenus. Les programmes d�aide doivent se centrer sur le d�veloppement des groupes les plus pauvres. Ils devraient aider � transformer les structures sociales abrutissantes et am�liorer la situation des femmes dans la soci�t�. Des programmes sp�cifiques pour les enfants sont de la plus haute importance. Toute aide � travers les coop�ratives et les mouvements populaires permet de promouvoir le d�veloppement d�mocratique.
87. S�attaquer de front aux probl�mes de d�veloppement est aussi un important facteur pour r�duire la vague massive de migrations vers les grandes villes du Sud, dont beaucoup sont menac�es par une croissance incontr�lable de la population et sont en train de devenir de vastes bidonvilles urbains.
88. Des relations Sud-Sud renforc�es sont une source importante de progr�s �conomique. Une croissance substantielle du commerce entre les nations du Sud contribuera � leur bien-�tre et renforcera leurs chances de lutter contre les crises qui proviennent de changements dramatiques dans les structures de production et d�emploi. Des liens �conomiques �troits et des march�s en croissance rapide dans le monde en d�veloppement sont une condition pr�alable de tout d�veloppement positif de l��conomie mondiale.
89. Une �conomie mondiale ouverte peut stimuler le d�veloppement du Sud. Mais elle peut aussi accro�tre sa vuln�rabilit�. Ainsi, le Nord ne devrait pas poursuivre des politiques �conomiques et commerciales qui imposent des r�ductions draconiennes du niveau de vie et qui fragilisent les bases d�une d�mocratie stable.
90. Les in�galit�s et les dictatures sont le pire ennemi des droits de l�homme mais aussi d�un d�veloppement r�el. La d�mocratie sociale et �conomique ne peut �tre consid�r�e comme un luxe que seuls des pays riches peuvent s�offrir. Bien plut�t elle est n�cessaire pour qu�un pays quel qu�il soit puisse progresser sur le chemin du d�veloppement. C�est pourquoi le renforcement du socialisme d�mocratique dans le Sud est � ce point vital. Dans ce contexte, l�expansion r�cente de l�IS dans le Sud, en particulier en Am�rique latine et dans les Cara�bes, est un bon signe pour le Nord comme pour le Sud.
91. Mettre fin � la pauvret�, dans le Sud, est un projet commun pour le Nord. Cela peut promouvoir le d�sarmement et cr�er tant des richesses que des emplois, aussi bien dans les soci�t�s avanc�es que dans les pays en d�veloppement. C�est au centre de la strat�gie des socialistes, qui se pr�occupent des changements �conomiques � grande �chelle pendant une p�riode de crise et de transition au niveau mondial. C�est aussi une partie int�grante des propositions des socialistes d�mocratiques pour de nouvelles structures �conomiques et sociales qui pourraient entra�ner le monde de fa�on pacifique et prosp�re vers le 2l�me si�cle.

VI. AVEC L�IS VERS UNE SOCIETE
DEMOCRATIQUE MONDIALE

L�unit� de l�Internationalisme socialiste
92. A une �poque d�internationalisation rapide, les objectifs du socialisme d�mocratique ne peuvent �tre atteints dans quelques pays seulement. Les destins des peuples habitant dans de nombreuses et diff�rentes parties du monde sont plus que jamais li�s entre eux. Les diff�rents partis socialistes du monde doivent donc travailler ensemble � la fois dans leur propre int�r�t national et dans leur int�r�t international commun. L�IS, dont l�histoire remonte � 1864, fut r�tablie en 1951 pour servir cet objectif.
93. Quoiqu�elle r�unisse des mouvements qui ont une histoire nationale ancienne, l�IS n�est pas une organisation supranationale centralis�e. C�est une association de partis ind�pendants qui ont des principes communs, dont les repr�sentants veulent apprendre les uns des autres, promouvoir ensemble les id�es socialistes, et travailler � cet objectif au niveau international.
94. Le but de l�Internationale socialiste est de faciliter ce travail de solidarit� et de coop�ration, tout en �tant consciente du fait qu�il y a diff�rentes fa�ons de promouvoir les valeurs fondamentales du socialisme d�mocratique pluraliste dans chaque soci�t�. Chaque parti membre est lui-m�me responsable de la mani�re dont il met en application les d�cisions de l�IS dans son propre pays.
95. Ces derni�res ann�es, l�appartenance � l�IS est devenue plus proprement internationale avec une croissance tr�s marqu�e en Am�rique latine et dans les Cara�bes, et avec de nouveaux membres dans d�autres continents. L�objectif de l�IS est de coop�rer avec tous les mouvements socialistes d�mocratiques dans le monde entier.
96. Depuis la D�claration de Francfort de l�IS en 1951, le monde s�est r�tr�ci en termes �conomiques et sociaux, mais pas en termes de solidarit� et de communaut� d�mocratique. Il est maintenant clair que le mouvement socialiste - tel qu�il appara�t � l�or�e du 21�me si�cle - est en train de devenir r�ellement plus internationaliste dans sa pratique et sa fa�on de voir.

Un nouvel ordre d�mocratique
97. Le d�fi international n�est rien moins que le d�but d�une nouvelle soci�t� mondiale d�mocratique. Nous ne pouvons permettre que les blocs, les nations et les entreprises priv�es mod�lent la structure politique de la plan�te comme un simple produit secondaire de leurs int�r�ts propres.
98. Renforcer les Nations unies est une �tape importante en vue de la cr�ation de cette nouvelle soci�t� d�mocratique mondiale. L� o� il y a un consensus entre les principales nations, des initiatives importantes pour aider et renforcer la paix sont possibles. Les agences sp�cialis�es des Nations unies comme l�OMS, les organes des Nations unies tels que l�UNICEF et le PNUD ont d�montr� que les gouvernements et les citoyens des diff�rentes nations peuvent travailler ensemble efficacement en vue de poursuivre des objectifs internationaux communs.
99. Il n�est pas r�aliste de s�imaginer que la justice et la paix peuvent �tre impos�es par la loi dans un monde d�in�galit�s fondamentales o� des millions d�individus ont � peine de quoi s�agripper � la vie alors que quelques privil�gi�s b�n�ficient d�un niveau de vie au del� de ce que peuvent r�ver la majorit� de leurs concitoyens. Les luttes des socialistes dans les premiers pays capitalistes ont permis de progresser en ce qui concerne le bien-�tre et la solidarit�, ce qui a rendu possible � son tour l�extension de la d�mocratie dans chaque pays. De m�me, l�abolition de l�in�galit� internationale sera une �tape cruciale sur le chemin d�une soci�t� d�mocratique mondiale.
100. Il n�y a pas d�illusions � avoir quant � la r�alisation rapide de cet id�al. Cependant, la cr�ation d�un monde pluraliste et d�mocratique, bas� sur le consensus et la coop�ration, est une condition n�cessaire pour le progr�s de l�humanit�. C�est � la fois un d�fi et une chance. L�IS est pr�te � relever le d�fi et � s�efforcer d�atteindre un monde dans lequel nos enfants pourront vivre et travailler dans la paix, la libert�, la solidarit� et la dignit� de l�homme.
Nous avons confiance dans le fait que la force de nos principes, la valeur de nos arguments et l�id�alisme de nos partisans contribueront � modeler un avenir socialiste d�mocratique pour le 21�me si�cle. Nous invitons toutes les femmes et tous les hommes � nous rejoindre dans cette t�che.
 

 
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