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| L'OFFICE UNIVERSITAIRE DE RECHERCHE SOCIALISTE |
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| Alix Cornille
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CORNILLE Alix (1891-1949)
Ancien élève de l'École des Arts et Métiers, ingénieur chimiste diplômé, Cornille marié, père de famille, adhère à la SFIO en avril 1912. Il milite dans sa commune de naissance : Choisy-le-Roi. Élu conseiller municipal socialiste SFIO de la première section en mai 1925, il devint deuxième adjoint le 17 mai 1925 et exerce cette fonction jusqu'en 1929. La Fédération socialiste dirigée par Jean Zyromski, dont il partage les analyses, lui confie la difficile tâche d'affronter les communistes d'Ivry-sur-Seine sur le terrain électoral. Il dirige la liste SFIO lors des élections municipales du 5 mai 1929 puis se présente au conseil général de la Seine, dans la première circonscription d'Ivry, le 26 mai 1929, contre Georges Marrane.
En 1930, il est commissaire à propagande du cinquième secteur socialiste de Seine et Seine-et-Oise (Ve arr., XIIIe arr., XIVe arr. ; cantons de la Seine : Ivry, Villejuif, Sceaux ; cantons de Seine-et-Oise : Longjumeau, Palaiseau, Chevreuse).
A nouveau candidat lors des élections législatives de 1932 dans la 6e circonscription de Sceaux (Choisy-le-Roi, Ivry-sur-Seine, Orly, Thiais, Vitry-sur-Seine), Cornille, présenté comme orateur de talent, s'oppose à Maurice Thorez. Durant la campagne, il est systématiquement chahuté par les communistes, par Sémard, Thorez, Marrane et d'autres leaders du parti ; ses réunions privées sont également sabotées comme s'en vante l'Humanité<I/> du 3 avril 1932 ; il recueille 3 305 voix sur 34 338 inscrits (9,6 %) et 29 411 votants (11,2 %). Il se retire au second tour ; le report de deux-tiers de ses voix permeit l'élection de Maurice Thorez.
Cornille et sa femme, active militante socialiste, s'installent à Sceaux en 1934. Dans une lettre adressée à Jean Zyromski le 22 août 1948, il décrit ainsi le premier contact avec les militants locaux : « Quand je suis arrivé à la section de Sceaux en 1934, venant de celle de Choisy, Jean Morel m'a ainsi jugé : – C'est un Zyromski ! Nous étions, n'est-il pas vrai, malgré un désaccord superficiel qui m'avait fait quitter la Bataille socialiste, en pleine communion de pensée ». Édouard Depreux signale dans ses Souvenirs qu'il accepte d'être tête de liste socialiste à Sceaux secondé par Cornille, lors des élections municipales des 5 et 12 mai 1935, à la demande insistante de Madame Cornille : « Nous atteignîmes au premier tour un chiffre de voix supérieur à celui qu'obtenait jadis le Cartel des gauches. Il y eut ballottage pour quatre places. Au second tour, dépassant le total des suffrages socialistes et communistes du premier tour, je fus élu ainsi que Cornille. C'était la première fois dans l'histoire de Sceaux que des conseillers municipaux socialistes pénétraient à la mairie dans de telles conditions. La section socialiste, qui avait dépassé les cent adhérents, organisa un banquet et reprit la propagande avec une énergie accrue ».
Les socialistes contraignent le maire à se retirer pour défaut de gestion et Cornille donne sa démission pour être réélu en compagnie de Louis Bée, lors de l'élection complémentaire du 22 novembre 1936. L'action conjuguée de Depreux et de Cornille fait du Parti socialiste SFIO la première force politique de Sceaux. Membre du Conseil d'administration du Populaire en 1938, au titre du personnel employé, il est envoyé spécial à la 11e conférence des municipalités socialistes d’octobre 1938.
En mai 1939, Alix Cornille est gérant de Paix socialiste, journal socialiste où apparaissent les signatures de Léon Blum, J. Lebas, Louis Lévy, Marx Dormoy, Albert Sérol. Cette publication n'a guère durée semble-t-il. Il est signataire de la motion Blum-Zyromski au congrès fédéral de la Seine de 1939, se situant dans une tendance différente de son ami Depreux. Il est mobilisé en 1939-1940. En août 1944, il fait partie des militants qui investissent les locaux du Matin pour y faire reparaître Le Populaire.
Alix Cornille est toujours militant socialiste actif de Sceaux après la Libération et il retrouve sa place à la Commission exécutive fédérale en 1947-1949.
Archives de l’OURS, et éléments transmis par Gilles Morin.
| � Heure par heure �, 16-27 ao�t 1944 La Lib�ration de Paris : r�cit du r�sistant socialiste Alix Cornille
Pr�sentation Martine Pradoux, dans sa biographie de Daniel Mayer (Daniel Mayer, Un socialiste dans la R�sistance, Les �ditions de l�Atelier, La part des hommes, 2002, 272 p.), cite plusieurs extraits de ce document intitul� � Heure par heure � provenant des archives de ce dernier. Il s�agit du r�cit de la Lib�ration de Paris � � partir du mercredi 16 ao�t et au moins jusqu�au dimanche 27 ao�t 1944 �, par un membre de l��quipe de r�daction du Populaire.
Ce document � une � lettre � dactylographi�e par son auteur (?), et dont le tapuscrit a �t� communiqu� � Daniel Mayer, puis photocopi� � se trouve dans les archives de Robert Verdier d�pos�es et consultables � l�OURS, Martine Pradoux lui en ayant communiqu� une copie afin d�en identifier l�auteur. Comme elle le signale dans son livre, Daniel Mayer a port� dans la marge des mentions manuscrites pour d�voiler les noms de certains acteurs qui apparaissent dans ce courrier sous leur pseudonyme. Il porte la mention de la main de Robert Verdier : � Origine ? � La photocopie de ce document est incompl�te (elle l��tait d�j� quand Martine Pradoux l�a communiqu�e � Robert Verdier). Il manque la page 9, et la ou les pages suivant la page 11.
Ce document nous plonge au c�ur de l��tat major socialiste parisien au moment de la reparution � Paris du Populaire le 20 ao�t 1944, quand l��quipe s�installe dans les locaux du Matin. Mais il nous donne aussi un �clairage � chaud sur ces journ�es d�affrontements dans la Capitale.
Afin de mieux �clairer ce r�cit (dont l�auteur, comme vous allez le lire, a �t� identifi� par Robert Verdier comme �tant vraisemblablement Alix Cornille) et la p�riode, nous publions ici un passage de la biographie de Daniel Mayer par Martine Pradoux.
R�dacteur en chef du Populaire Daniel Mayer vit � un rythme effr�n� les journ�es qui pr�c�dent la lib�ration de Paris car il est � la fois secr�taire du parti socialiste, membre du CNR et r�dacteur en chef du Populaire.
Dimanche 20 ao�t 1944 : la situation est particuli�rement confuse dans Paris. Alors que l'on se bat sur les grands boulevards, Daniel prend possession du local qui a �t� attribu� au Populaire par un administrateur provisoire d�sign� par le minist�re de l'Information. Il s'agit de l'immeuble de l'ex-Matin, situ� � l'angle du boulevard et du faubourg Poissonni�re. Daniel est accompagn� de Paul Favier, l'administrateur, de Marcel Bidoux, le r�dacteur en chef, de Robert Verdier, le secr�taire g�n�ral adjoint du parti et de son beau-fr�re Marc Ringenbach. Ils arrivent, prot�g�s par quelques jeunes gens arm�s, envoy�s par la f�d�ration socialiste de la Seine et s'installent avec leurs v�tements d�fra�chis dans des locaux luxueux. Alors que le directeur Bunau-Varilla et les principaux responsables du journal collaborationniste ont d�j� quitt� les lieux, l'ancien personnel du Matin regarde en chien de fa�ence l'�quipe r�duite du Populaire. Marcel Bidoux obtient de � mauvais � bureaux et un mat�riel m�diocre, comme l'�crit � chaud un ancien r�dacteur de faits divers du Populaire qui d�crit � heure par heure � la lib�ration de Paris vue du faubourg Poissonni�re. D'apr�s les souvenirs de Robert Verdier, il s'agirait d'Alix Cornille qui r�digeait avant la guerre des faits divers dans le quotidien de la SFIO. Les militants accueillent fra�chement la fille d'un ex-d�put� socialiste qui travaille au Matin et qui s'adapte rapidement au changement d'occupants...
Daniel Mayer, qui n'a peur de rien, s'empresse d'accrocher sur la fa�ade de l'immeuble une grande banderole : � Le Populaire, quotidien du PS. Directeur politique : L�on Blum, d�port� en Allemagne. � La petite �quipe, � la demande de Mayer, pr�pare, dans la fi�vre, le premier num�ro l�gal pour le 21 ao�t. Un num�ro 0 a d�j� �t� tir� � 100 000 exemplaires. Il est distribu� par des r�sistants en camionnettes, arm�s de mitraillettes. Comme l'�crit Alix Cornille dans son journal de bord :
� On ne [le] vend pas encore, on ne sait m�me pas si on vendra demain ni celui-l� ni le n� 1 que l'on va composer. Avec Adrien [Daniel Mayer], �tant donn�e la situation, on a m�me d�cid� de ne pas vendre le n� 0 [qui parle de "Paris lib�r�"... ce qui semble pr�matur� !] et de refaire un 0'. "
Le n� 0, malgr� les consignes, est aussit�t mis en vente sur les grands boulevards et dans les quartiers populaires. il porte � Paris lib�r� � en lettres �normes sur toute la largeur de la premi�re page, avec une photographie de Blum � Bourrassol et un montage des titres socialistes clandestins, r�alis� par Daniel en deuxi�me page. La riposte des communistes est imm�diate. Si Le Populaire annonce faussement que Paris est lib�r� alors que les combats se poursuivent, c'est que le PS veut saboter l'insurrection. ..
Lundi 21 ao�t 1944 : Daniel Mayer, Ren�e Blum et Robert Verdier arrivent au journal et constatent que le service d'ordre devant l'immeuble a disparu. La tr�ve des combats a cess� � midi mais ils l'ignorent encore. La r�daction affiche les derni�res d�p�ches sur un panneau aux fen�tres du rez-de-chauss�e, comme Le Matin avait l'habitude de le faire. Elle annonce que � Les Alli�s sont � six kilom�tres de Paris �. Les passants s'attroupent puis se dispersent rapidement � l'arriv�e d'une patrouille allemande. Daniel Mayer se pr�cipite dans la rue pour �viter que les Allemands ne p�n�trent dans les locaux. Daniel, juif, r�sistant, socialiste... Robert Verdier, son adjoint qui deviendra un ami fid�le, s'approche. Les deux militants imaginent que l'officier est ulc�r� par la banderole. En r�alit� il leur demande de rectifier l'information : � Les Alli�s ne sont pas � 6 kilom�tres mais � 60 � et il les pr�vient qu'il repassera pour v�rifier l'ex�cution de son ordre. Ils ont tous peur : les Allemands, de plus en plus nerveux, pointent leurs mitraillettes sur les r�sistants, �puis�s et joyeux, aussi imprudents qu'impatients. Puis les combats reprennent sur les boulevards. Les journaux, dit-on, vont repara�tre. On vend l'Humanit� sous les fen�tres du Populaire. La foule se l'arrache. Le soir, une panne d'�lectricit�, pendant deux heures, p�nalise � quelques � journaux. � la suite d'un coup de fil �nergique de Marcel Bidoux au minist�re de l�Information en plein bouleversement, l'�lectricit� est aussit�t r�tablie dans les bureaux du Populaire. Par un temps lourd et orageux sortent de la clandestinit� l'Humanit� et de nouvelles feuilles, Combat, Lib�ration-Sud, Le Franc-Tireur, suivies, le lendemain, par Le Populaire, D�fense de la France et Le Front national.
Le m�me jour, Daniel Mayer participe � la premi�re s�ance pl�ni�re du CNR depuis huit mois. La r�union se d�roule � 17 heures, 75, rue du Parc-de-Montsouris dans un appartement minuscule o� s'entassent une vingtaine de participants, en pr�sence d'Alexandre Parodi, le d�l�gu� g�n�ral du gouvernement provisoire et des membres du Comit� d'action militaire (COMAC). La s�ance est houleuse. Bidault d�fend la tr�ve des combats alors que les communistes Villon et Gillot d�noncent l'appel � cesser le combat placard�, la veille, sur des lieux publics. Alexandre Parodi exige que le nouvel appel au combat de la population parisienne ne soit pas lanc� avant le lendemain 16 heures et que la d�claration du Front national d�non�ant violemment la tr�ve ne soit pas affich�e. Il r�ussit � imposer ses conditions, m�me � Villon.
Jeudi 24 ao�t 1944 : � 17 h 30, le bureau du CNR, r�uni pour sa derni�re s�ance clandestine dans un local de la f�d�ration du bois76, pr�s du cimeti�re du P�re-Lachaise, d�cide d'accueillir le g�n�ral de Gaulle � l'H�tel de Ville, � l'invitation du Comit� parisien de lib�ration (CPL). Dans la soir�e, Daniel Mayer se rend avec les membres du CNR et du CPL � l'H�tel de Ville. En accord avec Louis Saillant, le repr�sentant de la CGT, Daniel Mayer propose de remettre solennellement le programme du CNR, la � charte de la R�sistance �, au g�n�ral de Gaulle. La suggestion est adopt�e.
La R�sistance int�rieure face � de Gaulle Le vendredi 25 ao�t 1944, Daniel Mayer, les membres du CNR et du Comit� parisien de lib�ration attendent, pendant de longues heures, la visite du g�n�ral de Gaulle � l'H�tel de Ville. Ce dernier apr�s s'�tre install� au minist�re de la Guerre et apr�s s'�tre rendu � la Pr�fecture de police finit par arriver, � pied, � l'H�tel de Ville. Il est environ 19 heures et sous les acclamations de la foule mass�e � l'ext�rieur, il prononce un discours qui entre dans la l�gende (� Paris outrag� ! Paris bris� ! Paris martyris� ! mais Paris lib�r�... �). Mais le chef du gouvernement provisoire, qui a d�j� symboliquement voulu marquer la restauration de l'�tat en se rendant d'abord au minist�re de la Guerre, refuse de proclamer la R�publique comme Georges Bidault le lui a demand�, au nom du CNR et du Comit� parisien de Lib�ration. Il repart aussit�t sans s'�tre fait pr�senter les membres du CNR. Ces derniers se r�unissent apr�s son d�part avec le bureau du Comit� parisien de lib�ration. Pour une fois d'accord avec Gillot, Daniel Mayer, terriblement d��u, insiste pour que l�on convoque le lendemain le peuple de Paris devant l'H�tel de Ville et que l'on proclame la R�publique. De Gaulle pense d'abord � l'�tat et Mayer d'abord � la R�publique... Le militant se rend ensuite au si�ge du Populaire. Il est �puis� par la semaine qu'il vient de vivre et tr�s inquiet car l'attitude du g�n�ral de Gaulle l'a glac�.
Sur les Champs-�lys�es Le samedi 26 ao�t 1944, Daniel Mayer participe � la marche triomphale sur les Champs-�lys�es, au premier rang, � l'extr�me droite. La photographie de Robert Doisneau a fix� cet instant et donn� un visage et une identit� � ces hommes dont la plupart �taient jusqu'alors inconnus. Il n'y a aucune femme aux premiers rangs du cort�ge. Comme les autres membres du CNR, Mayer n'a pas �t� officiellement invit� ni m�me pr�venu et il doit jouer des coudes � pour que la R�sistance int�rieure ait la place qui lui revient : la premi�re �, comme il l'�crira plus tard (Les socialistes dans la R�sistance) �
(extrait du livre de Martine Pradoux, Daniel Mayer, Un socialiste dans la R�sistance, Les �ditions de l�Atelier, La part des hommes, 2002, p. 226-231.)
DOCUMENT : � HEURE PAR HEURE �
POUR FACILITER LA LECTURE, NOUS AVONS INDIQUE ENTRE [CROCHETS] LES NOMS DES PERSONNES QUI APPARAISSENT DANS CE TEXTE SOUS LEUR PSEUDONYME OU LEUR PRENOM.
Mercredi 16 ao�t 1944, 23 h 45. L�avenue Neuilly �tait assez anim�e et me faisait un peu penser aux routes Romescamps, vers le 15 mai�
17 ao�t , 21 h 15. Cette fois, c�est le grand d�part. On br�le des papiers sur le trottoir, boulevard Raspail, la Milice est partie, D�at et quelques autres aussi, la France socialiste ( !) a fait para�tre son dernier num�ro, la Gestapo est en train de partir�
Vendredi 18 ao�t , 8 h 45. Pas un journal aujourd�hui, les rats ont quitt� le navire. Fort peu d�Allemands. Les g[ars] ont un regard !� Vu une petite affiche imprim�e, appel � la gr�ve g�n�rale au nom du gouvernement provisoire, sign�e du comit� de la M�tallurgie ; groupe muet devant.
Les explosions de cette nuit �taient des coups de re[volver], grenades et mitrailleuse, rue de Rennes, entre civils et Allemands, l�a-t-il dit.
15 h . A midi, les Am�ricains �taient au Chesnay, Lec[lert] � �trechy (tuyau SNCF). Ils laissent �couler le flot (ce n�[est] par l�arm�e, coinc�e en Normandie) pour �viter les bagarres dans Paris ; c�est Leclerc qui y entrera le premier�
Laval et le gouvernement ont �t� embarqu�s par les Allemands � 1 h du matin. Toute la journ�e, les canards le pl[us] saugrenus courent, sur des combinaisons Laval, Herriot, Chautemps ( !). Aucune importance.
21 h. Dans la rue, de petits groupes de gens autour des placards : les Cahiers du T�moignage chr�tien (n� sur Oradour) une affiche du CNR. Ce soir, couvre feu � 21 h.
Roger m�a dit que les Allemands ont fait sauter des [ins]tallations toute la nuit dans leur r�gion (on m�a parl� des souffleries de Chalais, et d�Orly) ; on entend de nouveau des explosions dans le lointain.
19 ao�t , 10 h 30. La pr�fecture de police est occup�e par la R�sistance ; il y flotte un immense drapeau fran�ais.
11 h 15. Ca p�tarade ferme quai d�Orsay et rue de Solferino (mitrailleuse et mitraillette). Une femme bless�e � la t�te est arriv�e dans l�immeuble voisin (cour contigu�).
16 h. On s�est bagarr� � la Madeleine (d�o� vient Adrien [Daniel Mayer] ), on se bagarre � la R�publique, ailleurs encore. Le drapeau fran�ais flotte sur l�H�tel de ville, sur Notre-Dame. Des g[os]ses arborent d�j� le brassard. On a annonc� le couvre-feu pour 14 h ; mais finalement, le commissariat nous le donne � 21 h, mais conseille de ne pas sortir. La police fran�aise, avec brassard, a repris le service � 14 h 30, on commence � arr�ter des collaborateurs.
Dimanche 20 ao�t . 4 h 30. Paris. Du QG des Foyers, � 18 h 30, pour aller � un rendez-vous place Maubert, o� je n�ai naturellement trouv� personne. Ca p�taradait ferme, et j�ai assist� � un vrai combat de rues qui s�entendait du boulevard Saint-Germain � Notre-Dame. Men� par des gosses (15 � 20 ans), avec revolver, ou fusil pris aux Allemands, parfois mitraillette. Au coin du boulevard St Michel, trois d�entre eux emm�nent un Allemand prisonnier, dont l�un porte le fusil ; puis, une voiture allemande descend le boulevard pleine de r�sistants dont l�un, sur le capot, brandit un grand drapeau am�ricain dont son bras fait la hampe ; � distance, les passants (il y en a pas mal) croient que ce sont les premiers Am�ricains, et applaudissent ; ils continuent, de pr�s, quand ils voient que c�est une voiture prise aux Allemands.
Je n�ai pas atteint la place Maubert qu�un grand camion d�barque des Allemands au m�me coin : mitraillettes, coups de revolver. Je me r�fugie un moment sous une porte. Plus tard, un passant nous dira qu�ils ont tir� jusqu�� �puisement de leurs munitions, puis se sont rendus, et que 8 ont �t� tu�s, 5 dit un autre ; et, en revenant, je verrai 2 cadavres, plusieurs traces et une tra�n�e de sang.
J�attends place Maubert de 19 h � 19 h 45, tant�t sur la place, tant�t devant une porte, et, quand cela devient plus mauvais, me r�fugiant dans l�all�e. Il n�y a plus gu�re de passants ; mais de petits groupes � hommes, femmes, jeunes filles � se livrent au m�me jeu que moi devant toutes les portes. Quand une auto allemande approche, m�me s�il n�y a pas de coups de feu, on voit de loin les badauds diss�min�s se pr�cipiter chacun vers sa porte � et on sait d�o� cela vient. � tout instant, des camions o� sont hiss�s ou agit�s de grands drapeaux de la Croix rouge, ou des voitures de pompiers, montent chercher des bless�s. Une voiture allemande remonte tout le boulevard St Germain et passe devant nous, en tirant dans les fen�tres. Plus tard, un r�sistant d�une vingtaine d�ann�e, grand, maigre, arrive par la rue Monge, courb� en deux, un fusil allemand � la main ; il s�appuie contre un arbre, au bord du trottoir du boulevard, nous fait signe de nous garer, et attend que passe une voiture. Les femmes s��crient : � Voil� ce qui est dangereux ! On va lui tirer dessus, et c�est nous qui �coperons ! � Mais elles n�ont pas l�id�e de rentrer chez elles. Rien ne passe et le r�sistant descend vers Notre-Dame, toujours pli� en deux. �a fait tr�s op�ra-comique ; n�emp�che qu�on tire du c�t� o� il va. A chaque instant, une femme rest�e sur le pas de sa porte interpelle son mari ou sa fille avanc�s jusqu�� la chauss�e : � Veux-tu revenir ! T�avances trop, tu y tiens, � te faire tuer ! � Quolibets des voisins.
On dit que la police r�publicaine a repris son service dans l�apr�s-midi, en civil ? et qu�elle se bat avec la r�sistance ? J�ai vu passer plusieurs petits cars de police, remplis de civils (policiers ?), et, place Maubert, un lieutenant de gendarmerie, tir� � quatre �pingles, avec porte-cartes lui battant la cuisse, sans arme apparente, se dirigeant vers Notre-Dame.
10 h. C�est assez calme ; quelques coups de temps � autre ; mais on nous dit que la Pr�fecture de police (o� le nouveau pr�fet est depuis le d�but) est dans une situation critique.
11 h . Une convention serait sign�e entre les FFI et les Allemands ; effectivement, le feu aurait cess� place de la R�publique, o� flottaient des drapeaux de la Croix Rouge.
Mlle Henriette arrive, cela continue plus que jamais � la pr�fecture qui aurait au contraire tout ce qu�il faut pour tenir. Beaucoup de camions Allemands coinc�s, on aurait pris deux tanks � la Pr�fecture. Les Am�ricains seraient � St-R�my-les-Chevreuses ; d�apr�s la radio, au Faubourg de Paris. Mais d�apr�s un d�l�gu� militaires, ils n�entreraient que mardi ou mercredi.
Il n�y aurait plus que 5000 Allemands ici ; les FFI sont bien plus nombreux, mais ils manquent d�armes. On nous disait hier soir qu�il y avait 15 000 SS dans la vall�e de Chevreuse.
Col[liette]. va ce matin occuper la mairie�
20 ao�t, 18 h 30. Je reprends cette lettre� dans le grand hall du Matin ! Tout arrive�
Fini le programme. Puis, r�dig�, � la demande d�Adrien [Daniel Mayer], un papier pour le n� 1 (le n� 0 est d�j� tir� � 100 000). T�l�phone � Marcel [Bidoux ], sur l�indication d�Adrien, qui pense que je serai utile avec lui ; entendu, je dois aller le retrouver dans un caf�, vers la fin de journ�e.
J�avais rendez-vous avec Delille [Robert Verdier] place Maubert � 16 h. Mis en route par les quais jusqu�� la rue Mazarine, vers 15 h 40 (le boulevard St Germain est barr� jusqu�� la rue des Saints-P�res, me dit-on, par les Allemands qui vous fouillent). Sur la Seine, une p�niche allemande tire � la mitrailleuse. Deux minutes plus tard, sur le quai, une voiture avec haut parleur, trop loin pour que je puisse l�entendre ; le public me dit qu�elle annonce le cessez-le-feu. Rue de l�Ancienne Com�die, au moment d�arriver boulevard Saint-Germain, p�tarade ; les brancardiers se pr�cipitent relever des bless�s sur le boulevard. Il faudra du temps pour faire respecter le cessez-le-feu�
Place Maubert, pas de Delille [Verdier], naturellement ; j�attends une heure, bient�t en compagnie de Mlle Claude [Villomme], puis de Dupuis [Achiari] et r�p�te le mot d�ordre ; accord, ne plus tirer. Quelques minutes plus tard, passe une voiture allemande, pleine de soldats, le doigt sur la g�chette, mais qui ne tirent pas. La voiture, apr�s un instant, r�pond. Naturellement, au coin du boulevard Saint-Michel, les FFI bien organis�s, qui viennent de d�blayer la chauss�e du camion qui la barrait, voyant arriver une voiture allemande qui tire, tirent � et �a recommence. J�interpelle l�excit�, qui m�envoie pa�tre. Avec l�autorit� de ma barbe, et de mon brassard, j�arrive � le calmer et � le convaincre, au point qu�il entreprend ses camarades (de Lib�ration, comme lui) ; mais un excit� sans brassard, reste � l�aff�t avec un fusil allemand�
A 17 h, j�y renoncer, j�enl�ve mon brassard, et je file. Forte p�tarade, vers la place Saint-Michel, puis vers le Pont-Neuf. Je vois de loin passer au bout de la rue Dauphine des fantassins allemands et tirailleurs, suivis de petits tanks et guett�s, de la rue Dauphine, par de r�sistants avec mitraillettes. Un moment apr�s, je m�engage sur le Pont-Neuf ; rien en vue ; n�emp�che qu�on recommence � tirer. Il faut se planquer dans un des refuges du pont ; finalement, impossible de passer, je reviens et vais au Pont-des-Arts ; je croise sur le quai un camion plein de soldats � l�aff�t, le doigt sur la g�chette ; il valait peut-�tre mieux en effet, avoir enlev� le brassard.
Du Pont-des-Arts, je vois passer successivement une camionnette fran�aise, qui r�p�te : � les troupes allemandes ayant d�clar�es qu�elle n�attaqueraient pas les monuments publics occup�s par les troupes fran�aises, et traiteraient suivant les lois de la guerre les prisonniers fran�ais, cesser le combat jusqu�� l��vacuation � et s�abstenir de stationner dans la rue. � Peu apr�s un tank allemand passe et repasse sans incident. La fusillade se calme vers le Ch�telet, je traverse la rue de Rivoli sans difficult�, et remets mon brassard rue du Louvre ; une jeune fille, me voyant plut�t emp�tr� pour fixer les �pingles traverse la rue pour me le mettre. Il y en a peu de ce c�t�, et �a se rep�re.
J�arrive au caf� o� Marcel [Bidoux] m�a donn� rendez-vous ; il est d�j� parti occuper � Le Matin ! J�y vais� et je croise avec mon brassard un camion allemand � l�aff�t, le doigt sur la g�chette ; curieux.
Atmosph�re curieuse, au Matin, gard� par des camarades de Lib�ration (� dont le g�n�ral est M �(Maubert)) de la 5�me, et on se retrouve avec joie � comme j�avais t�l�phon� hier soir, avec joie, � M. Delaplace), o� reste une partie de l�ancien personnel, qui regarde le nouveau de travers ; cependant que le nouveau se montre assez timide ; les instructions du ministre (�le nouveau !) ne sont pas encore parvenu et Marcel se contente d�obtenir, par transaction provisoire, de mauvais bureaux o� l�on ne nous donne que partiellement du mat�riel, et du plus m�diocre.
G�rard [V�e], dans le hall d�entr�e, me confie qu�il ne dig�re pas le regard d�une dame blonde, assise non loin. Un instant plus tard, elle vient nous rejoindre et s�adresse � nous, assez excit�e : � C�est inimaginable ! je suis depuis 3 ans et � � la r�daction, et moi qui leur disais que �a viendrait un jour, etc. � G�rard bout ; moi, tr�s froid : � Oui. Nous en avons vu beaucoup d�autre que nous n�aurions pas imagin�es. � Etc� Tout � coup : � Mais j�ai oubli� de me pr�senter ; la fille de L[aville], d�put� socialiste de *** !!! Tableau !!!
Je vais d�ner avec Marcel � toute l��quipe du Foyer est venue nous rejoindre pour passer la nuit ; je les laisse choir � regret. Au retour, un petit camarade nerveux, et breton oh combien ! nous annonce d�un air assez �mu : � Les Allemands viennent d�arr�ter M. X*** � C�est Adrien [Daniel Mayer] qui vient de le t�l�phoner. Il y a encore trois divisions blind�es qui ont � traverser Paris� Par ailleurs, Adrien, sortant du CNR, nous avait dit avant d�ner que celui-ci paraissait vouloir rejeter l�armistice (conclu par la D�l�gation, par l�entremise de l�ambassade de Su�de). Situation tendue !�
Le n� 0 a �t� distribu� par des camionnettes arm�es de mitraillettes ; mais on ne vend pas encore, on ne sait m�me pas encore si on vendra demain, ni celui-l�, ni le n� 1 que l�on va composer. Avec Adrien, �tant donn� la situation, on a m�me d�cid� de ne pas vendre le n�0 (qui parle de � Paris lib�r� � ce qui semble pr�matur� !) et de refaire un n� 0.
Cependant, j�apprends le m�tier (il est 22 h 30) et inutile de te dire que j�ai �t� interrompu un certain nombre de fois depuis 17 h. !!) � la demande de Marcel [Bidoux], j�ai compos� un nouveau papier qui servira de placard manifeste au n�1, en cours de route du d�ner, nous avons compos� par approximations successives le titre sur 7 colonnes. Et maintenant, je viens de titrer et d�intertitrer des d�p�ches � ce qui m�a permis d�apprendre comment a fini Vichy .Ce n�est pas de l�eau de Vichy, mais de l�eau de boudin ; ces gens auront trouv� moyen d��tre piteux et m�prisables jusqu�au bout � ce qui n�avait d�ailleurs jamais �t� douteux ; ce serait risible, si l�on ne songeait � ce qu�ils ont pu pr�tendre repr�senter, et au mal qu�ils ont pu faire�
Entre temps, on apprend que M. X*** et ses amis ont �t� rel�ch�s (soulagement !) � et que les gars ayant le canard en mains n�ont pu y tenir : ils l�ont vendu, et avec quel succ�s.
Lundi 21 ao�t 16 h 30 ! Dormi environ 2 heures sur un fauteuil ; matin�e fort occup�e. Je serais bien embarrass� de dire � quoi, par exemple ! Adrien et Louise [Ren�e Blum ] sont venus, Delille aussi. On a beaucoup parl� ; Adrien �nergique, tr�s bien. Lillet [Bidoux] pris surtout par ses occupations techniques (il est d�ailleurs fort gentil, et plus qu�aimable : il me pressait hier soir de changer de m�tier, avec abondance de compliments � la cl�). Finalement on doit se r�signer � une cohabitation en chiens de fa�ence, non pour des raisons juridiques, mais parce que le rapport des forces est provisoirement plut�t ind�termin�. Cela fait une situation doublement curieuse�
Accessoirement, le service d�ordre s�est �vanoui, apr�s 27 heures de service ; la rel�ve, qu�on a demand�e renforc�e, tarde � arriver. Dans l�interr�gne, incident : gros attroupement devant les fen�tres o� sont affich�es les derni�res nouvelles. Au moment o� l�on venait de s�en apercevoir, et de d�cider de les retirer, d�barque un officier allemand qui invite �nergiquement � les faire enlever en vitesse, et annonce qu�il patrouillera. C�est Adrien qui parlemente avec lui. Curieux !
On parle de reprise et recrudescence des bagarres ; ici, l�on entend rien. L�armistice, disait-on ce matin, a [�] et, dit-on maintenant, a �t� d�nonc� � midi. Aux derni�res nouvelles, il y aurait au Luxembourg une grosse bagarre entre [�] et SS de la division d�Oradour.
On nous annonce : 1� que les journaux vont pouvoir repara�tre ; 2� que les typos viennent de recevoir l�ordre de gr�ve ; 3� que la revue Camping repara�t� !
Pour le moment, les trois seuls �l�ments certains de la situation paraissent �tre : 1� que nous avons arriv� � d�jeuner, ou � peu pr�s ; 2� que j�ai ensuite dormi comme un loir dans un fauteuil ; 3� que j�ai perdu mon stylo � et un camarade rudement obligeant m�en a pr�t� un autre ; 4) (comme les 3 mousquetaires) qu�il fait plus orageux que jamais.
Pass� ce matin pas mal de temps � travailler avec le service d�ordre la question des issues ; �tions pilot�s par un sympathique gar�on de nettoyage de la maison. Adrien a fait [�] emploi � tout le petit personnel ; excellent.
Les Am�ricains seraient toujours � 7 km de Paris, couch�s dans l�herbe, attendant les ordres � et dit-on, sa[gement] Il y a dans tout cela un de ces entrecroisement d��p�es de Damocl�s !�
En revenant de d�jeuner, au coin du boulevard et de la rue du faubourg Montmartre, une auto allemande en d�panne une autre, prot�g�e par un soldat pr�t � tirer, et qui avait l�air de s�attendre � recevoir un coup de revolver � chaque instant ; ceux qui op�raient aussi, d�ailleurs. On comprend, on se met tr�s bien � leur place.
Au milieu du paragraphe pr�c�dent, je m�aper�ois que mon style �tait suspendu par l�agrafe � la poign�e d�un tiroir d�une table de dactylo voisine. �trange !
18 h 15. Il me semble d�cid�ment que l�on va vendre le n�0 ce soir (en tout cas, on le fait tourner en masses), et le [�] demain matin. En tout cas, le fait que ces autorisations viennent d��tre donn�es officiellement semble indiquer que les choses se tassent. Encore une des curiosit� de la situation, ces relations t�l�phoniques constantes avec les minist�res, les vrais !�
Je vais commencer une nouvelle s�rie, sur un bloc � lettres magnifique, que j�ai� emprunt� dans le bureau de feu M B. �V [Maurice Bunau-Varilla ] . soi-m�me.
On vend L�Humanit� sous nos fen�tres. La foule se l�arrache. Le n�0 se vend depuis hier soir, en fait.
Mardi 22 ao�t , 17 h 20. Longue interruption, pour cause de travail, d�abrutissement, et de peu d��v�nements. Ce soir, panne d��lectricit� de deux heures ; courant coup� � � quelques � journaux, sur l�ordre de je ne sais quel directeur du secteur �lectrique. Longue recherche de la cause, puis coup de t�l�phone de Marcel � l�Information, coup de t�l�phone �nergique de celle-ci, et nous avons l��lectricit� dans les cinq minutes. J�esp�re que la le�on ne sera pas perdue, quand on aura les mains libres ; en tout cas, elle me fournit un exemple d�actualit� d�une histoire vieille comme le monde � et je l�utilise !
Le seul autre �v�nement de la nuit, c�est un coup de t�l�phone du minist�re, nous avisant que les Allemands sont furieux d�avoir vu para�tre les journaux ; on s�attend � une op�ration sur les imprimeries ; ouvrir l��il. On l�ouvre � et on en garde un sur la porte d�entr�e, et l�autre sur l�issue de secours ! Mais je suis assez sceptique et l�exp�rience prouve que je n�ai pas tort, au moins pour la [nuit].
Gr�ce � la panne, on a fini vers 3 heures seulement. Dormi dans un fauteuil jusque vers 5 heures ; puis rentr� chez moi � travers des rues totalement silencieuses et sans vestige de combat (sauf les restes d�un barrage en sacs de sable, � l�entr�e de la rue Bonaparte). Pourtant, �a a flamb� ferme hier soir � Saint-Germain-des-Pr�s, o� un tank lance-flamme est entr� en action.
Retourn� au bureau vers 16 h, dans un silence quasi g�n�ral. Pass� sur le pont du Carrousel ; assez grosse bagarre rue de Dauphine. Beaucoup de monde accoud� au parapet du pont, peu au pont des Arts, personne au Pont-Neuf. Et sur la berge, quantit� de gosses et de jeunes gens, en maillot, prennent des bains en pleine eau (Deligny est ferm�e, et il fait chaud) !
Quant � la situation, elle est toujours aussi limpide. On nous apprend d�abord qu�on va �vacuer les Minist�res, car on redoute un coup pour ce soir. Et nous ? Para�tre ou ne pas para�tre ? (je ne parle pas seulement pour notre canard). On t�l�phone � Versailles ; pas question que les Am�ricains y soient, contrairement � ce qu�on nous a dit depuis deux jours. Cependant, des autos de la police parcourent la ville, et invitent � dresser partout des barricades ? Deux chars Tigre d�filent sous nos fen�tres.
20 h. Je viens de tomber sur Revel [Henri Ribi�re ], dans le bureau de Marcel. Une division d�moralis�e a encore � traverser Paris, mais il s�y trouve 56 chars Tigre, contre lesquels on ne peut rien ; peut-�tre, quand ils seront pass�s� Et tout cas, on para�t, c�est l�essentiel !
Depuis un moment, on entend constamment le canon tr�s lointain.
Mercredi 23 ao�t , 14 h. Travail termin� sans incident, mais � 3 h du matin seulement. On s�installe dans les fauteuils, on commence � s�endormir, quand on est alert� par le service de garde : il entend frapper � coups de crosse dans la porte du 7, et l��lectricit� vient de s��teindre. Tout le monde file, non sans pagaye dans l�obscurit�, vers l�immeuble voisin, par itin�raire d�tourn�. Mais le calme qui ne cesse de r�gner me para�t bizarre, et je reste derri�re avec quelques camarades pour essayer de tirer l�affaire au clair (si je puis dore). Finalement, les � coups de crosse � �taient tout simplement produits par le souffle d�explosions lointaines, mais tr�s violentes � souffle qui avait suffi pr�c�demment � ouvrir brutalement les portes battantes ext�rieures de notre bureau. Quant � l��lectricit�, elle avait �t� coup�e� par l��lectricien de garde, appliquant une consigne de la maison ! On a chang� la consigne, et on revient dormir ; mais il est d�j� 4 h.
� la radio, Koenig nous annonce entre deux Marseillaise que Paris est lib�r�. Nous sommes heureux de l�apprendre.
Vers 6 h 15, je me mets en route pour rentrer. Paris totalement calme, dans une aurore douce, mais lourde et chaude. Il y a des barricades dans le centre ; une, rue de Rohan, porte en fronton, par morceaux, la grande enseigne du � Parti populaire fran�ais �. Au bout du pont du Carrousel, trois sentinelles allemandes, en armes, devant deux portes de maisons dans l�axe du pont pour les maisons, ou pour le pont ? Un side-car de la police fran�aise d�bouche de la rue des Saint-P�res, tourne sur le quai, d�[gage] devant les sentinelles et file par le pont. Curieux !
18 h 15. Rien de nouveau ; on commence � s�installer. Je m��tablis dans le bureau r�serv� � Adrien � qui fut jadis celui de St�phane Lauzanne !�
En allant au bureau et traversant la rue de Rivoli, voit d�un c�t� les barricades FFI qui d�fendent le Ch�telet et l�H�tel de Ville, de l�autre les barbel�s qui d�fendent la Concorde, o� flottent toujours les grands �tendards nazis. Un barrage emp�che de rejoindre la place N. D. des Victoires : un tank moy[�] vient de d�molir une maison ; ni tu�s ni bless�s. Des explosions lointaines : on dirait des chapelets de bombes. La propri�taire de mon h�tel a vu cycliste qui arrivait de Clermont-Ferrand. Les Am�ricains sont � Ris-Orangis � � preuve qu�il avait des cigarettes am�ricaines plein les poches, le veinard !
Jeudi 24 ao�t , 10 h 30. �a fait du bien, une bonne [nuit]. Tout semble calme dans Paris ; est-ce l�approche des Alli�s ? Est-ce la pluie d�orage continue ? Les grands �tendards nazis pendent toujours � la Concorde. Dans le centre, les barricades sont renforc�es.
16 h. C��tait calme jusqu�ici ; depuis une heure, �� [�] pas mal du c�t� de la R�publique ; il para�t qu�il y font sauter le blockhaus. � part ��, absolument rien. Au point que je n�arrive pas � trouver une id�e pour le leader !
Les gardiens de la paix du XVIe viennent de t�l�phoner, ils se pr�parent � aller en c�r�monie faire sauter les plaques � Avenue Philippe Henriot � et r�tablir � Avenue Wilson � et demandent si l�on veut venir prendre un clich�.
17 h 15. � Ils � sont � la Croix de Berny. C�est pour ce soir�
17 h 50. On fait fermer les volets et les portes porte d�Orl�ans � sans doute pour laisser passer sans incidents les Allemands en d�route. Les Am�ricains sont au rond-point de la D�fense.
[manque page 9] 25 ao�t ??
encadr� de Marocains en kaki, avec bourguignotte , d�bouchent de la rue du Temple. Des FFI sont dans son appartement, avec des bouteilles incendiaires, pour le cas o� des tanks allemands s�avanceraient ; mais ils ne bougent pas. Les Marocains s�engagent en rampant vers la R�publique� C�est le chahut qu�on entend d�ici.
12 h 15. Les Allemands attaquent encore l�H�tel de Ville, d�o� Schumann les repousse. �a continue � la R�publique. Mais nous attaquons le Luxembourg, nous avons repris la Tour Maubourg, l��cole militaire est cern�e.
20 h 10. �t� prendre l�air. Vers la R�publique, d�abord ; impossible d�approcher ; ils tirent encore des toits voisins. Rabattu sur l�H�tel de Ville : foule, chants, chenillettes fran�aises, drapeaux, hauts parleurs� Si j�y �tais rest� une heure plus, j�aurais vu l�arriv�e de de Gaulle.
�t� voir le coin o� Frerson, rencontr� par hasard, s�est battu hier sur une barricade, pr�s de la gare du Nord.
La veille, il y avait vu des Allemands tirer sur les passants, et des femmes � fran�aises � leur d�signer les portes sous lesquelles ils se r�fugiaient. Ce matin, il a vu saisir ces femmes, les sortir nues, leur raser la t�te, et mes emmener en camion.
Apr�s d�ner, au journal, visite de Daniel, qui nous donne sa premi�re impression du contact� fugitif, avec de Gaulle. Il (Daniel) est �puis� par la vie des jours pr�c�dents, et par les 27 heures d�attente � l�H�tel de Ville.
Samedi 26 ao�t, 14 h 15. Journal fini � 3 h. Sur un fauteuil jusqu�� 7 h. Vers 8 h 30 arrivent Daniel et Le Trocquer � celui-ci assez inqui�tant. Il y a �videmment un coefficient personnel, mais Daniel, qui a vu les choses sur place jadis, estime qu�il y a un grand fond exact. Cela promet des jours difficiles.
Rentr� vers 10 h 30. Dormi jusqu�� midi. R�veill� par un coup de t�l�phone de Marcelle ; tout va bien � apr�s des journ�es dures ; leur maison a re�u un obus, ils sont rest�s dans la cave de 10 h � 21 h.
17 h 30. �t� � l�H�tel de Ville. Foule que tu imagines. Avec brassard et coupe-file, je passe et m�installe au milieu de la place, �30 m de la porte, � c�t� d�une auto de presse am�ricaine, entre les blind�s marocains du colonel *** . Je prends un premier rouleau ; juste au moment o� je change la bobine, arrive de Gaulle � 20 m de moi. Je pr�cipite le mouvement, et j�arrive � le prendre. On ne voit que des g�n�raux ; et le CNR ? Et Le Trocquer ? De Gaulle monte au micro ; tout le monde attend la proclamation de la R�publique. Il crie : � Vive la France ! � � C�est tout ? Oui, il s�e va, � pied d�abord ; voici Le Trocquer qui para�t lui demander de faire demi-tour. Les autos arrivent, de Gaulle et toute la suite filent vers Notre-Dame.
� peine a-t-il atteint le pont, que des coups de feu cr�pitent : on tire � revolver et mitraillette � du 3e �tage, juste en face de la porte de l�H�tel de Ville la plus rapproch�es de la Seine, sur la fa�ade. Panique. On court, on se couche, on se cache derri�re les chars � dans la foule d�agents et de FFI, revolvers et mitraillettes partent tout seuls. On finit m�me par tirer un cou de canon antichar ; la fa�ade est cribl�e. Au beau milieu, mon appareil se coince, et il faut que j�aille chercher une chambre noire dans l�H�tel de Ville. � peine est-ce fini de ce c�t� et la place est-elle �vacu�e (mais le brassard sert !), que �a reprend rue du Renard. On en ram�ne bient�t un homme bless� que le police a beaucoup de peine � prot�ger contre la foule accourue de la rue de Rivoli ; son crime ? Il porte un pantalon de la Milice (ou qui y ressemble)�
Je remonte vers le Popu ; �a tire un peu de tous les c�t�s : de la tour St Jacques, rue Brise-Miche, rue aux Ours, boulevard S�bastopol pr�s des Arts et M�tiers ; sur le boulevard pr�s du Popu� Et quelle foule !
J�ai pris trois rouleaux de photos ; si elles ne sont pas rat�es, quel souvenir !
21 h 30. � Bagneux, un de nos camarades a vu des sc�nes. 8 Allemands se sont retranch�s dans une maison. On les mitraille ; un lieutenant de l�arm�e Leclerc, avec un drapeau blanc, vient leur demander de se rendre ; ils le tuent d�une grenade, puis filent sur les toits en se faisant couvrir par des civils (dont un gosse de 14 ans). Les civils arrivent � se sauver. On blesse les Allemands, on en rejoint trois ; un des bless�s demande de l�eau � on le jette dans la rue, puis les deux autres ; la foule les d�pouille, les pi�tine, etc�
Des femmes sont ras�es et promen�es dans les rues, avec une ronde de fillettes autour d�elles : on arr�te des soldats am�ricains pour qu�ils les giflent�
22 h 50. Canon assez rapproch� ?? Les bobards les plus invraisemblables couraient, tout � l�heure, sur un retour offensif des Allemands par le Nord ; les gens de St Denis rappliquaient en disant d�enlever les drapeaux !!!
23 h. Avions. DCA.
Dimanche 27 ao�t. 0 h. Bombardement, cave. Gros incendie vers l�H�tel de Ville. Des voitures patrouillent sur le boulevard ; chaque fois qu�il en passe une � 100 m�tres de nous, vers la R�publique, elle essuie un coup de feu.
0 h 45. Le barman vient de recevoir un coup de t�l�phone de sa femme, � la limite de Bagnolet : � 100 m de chez lui, tout est en feu, les rues sont jonch�es de cadavres. � � chaque instant, coup de revolver dans le voisinage.
1 h 30. Montreuil : les blind�s allemands arrivent ? � St Mand�, on invite les hommes � filer vers le centre de Paris. Je pense qu�on va bient�t assister au d�fil� des canards motoris�s���
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