|

|
|
| |
| Nous joindre | | L'OURS 12 Cité Malesherbes 75009 Paris | | Tél. 01 45 55 08 60 | | Pour être informé de nos activités (réunions, parutions, séminaires…), laissez nous un message électronique : | | e-mail : [email protected] |
|
| |
|
 |
| L'OFFICE UNIVERSITAIRE DE RECHERCHE SOCIALISTE |
| |
| Gilles Morin / archives
|
AUX ARCHIVES, CITOYENS ! par Gilles Morin
a/s de S�bastien Laurent (dir.) Archives secr�tes, secrets d�archives ? Historiens et archivistes face aux archives sensibles CNRS �ditions 2003 288 p 25 �
L�objet de ce livre ne concerne pas seulement les historiens et archivistes cit�s dans le sous-titre, il traite d�un probl�me grave touchant � la d�mocratie et aux droits des citoyens.
La question trait�e a d�j� suscit� des remous m�diatiques, il y a quelques ann�es, sous la forme d�un pamphlet de Sonia Combes sur Les Archives interdites1. Rien de comparable sur la forme ici, cet ouvrage �tant issu d�une rencontre organis�e au Centre d�histoire de l�Europe du XXe si�cle entre sp�cialistes de deux professions qui confrontent leurs points de vue et leurs pratiques des " archives sensibles ". La difficult� � nommer l�objet du livre est d�j� un bon indice. Archives " secr�tes ", archives " sensibles ", il s�agit tout d�abord de d�limiter les lieux o� se posent les probl�mes, et de comprendre comment ils se posent. S�il appara�t rapidement que certains secrets n�en sont plus gu�re et que la " sensibilit� " rel�ve parfois du fantasme ou des questions li�es � l�ouverture d�institutions priv�es (les archives de la ma�onnerie et du PCF, par exemple), c�est surtout les archives publiques qui sont au c�ur des pol�miques.
Au-del� des fantasmes Des professionnels des archives pr�sentent leur travail. Les responsables des Archives de France (Martine de Boisdeffre) et des Archives de la D�fense (Nathalie Genet-Rouffiac et Herv� Lemoine) �voquent les structures tr�s complexes de leurs institutions avec des centres dispers�s ; d�autres archivistes traitent de l�organisation de la collecte par des missions (Christine Petillat), de la fa�on dont sont g�r�s des fonds sp�cifiques comme ceux de l�Occupation (Caroline Piketty) ou de la guerre d�Alg�rie (Thierry Sarmant), des archives audiovisuelles (Agn�s Callu). D�autres archives " sensibles " sont �voqu�es, les archives scientifiques de la Cit� des sciences (Th�r�se Charmasson), celles du Parti communiste (Pascal Carreau), ou encore de la franc-ma�onnerie (Pierre Mollier). Ici, on s��tonnera que la fantastique documentation de la pr�fecture de Police � �tat dans l��tat qui r�pugne aux inventaires � ne soit pas pr�sente. Notons aussi que le trop m�connu fonds des archives confisqu�es par les nazis, revenu de Moscou par trains entiers de 1994 � 2001, n�est �voqu� que par des historiens (Sophie C�ur� et Fr�d�ric Monnier), signe r�v�lateur, nous semble-t-il, d�une d�sh�rence coupable des autorit�s. Elles ont peu fait pour le valoriser et, de plus, aujourd�hui ce fonds est pratiquement ferm� pour " d�samiantage ". Les deux auteurs soulignent avec justesse la part d�ombre qui entoure encore ces papiers, notamment pour les fonds priv�s. Des historiens confrontent leurs pratiques � ces fonds sp�cifiques en �voquant la difficult� de cr�er des corpus coh�rents avec leurs questionnements ou d�utiliser les archives pour traiter de sujets comme la censure politique (Olivier Forcade), les services de renseignements (S�bastien Laurent), la torture dans la guerre d�Alg�rie (Rapha�lle Branche). Les probl�mes rencontr�s dans l�exploitation des nouvelles archives sovi�tiques, dont celles du Kominform, sont abord�s par Sabine Dullin et Serge Wolikow. Ces �clairages crois�s sont pr�cieux et justifient � eux seuls la publication. Signalons �galement que l�ouvrage publie dans 50 pages d�annexes des " documents juridiques relatifs aux archives publiques ", touchant � l�acc�s et aux d�rogations pour certains fonds (Seconde Guerre mondiale, guerre d�Alg�rie), et � la gestion des archives publiques. Mais l�introduction de S�bastien Laurent et surtout un article de Vincent Duclert �l�vent consid�rablement le d�bat et posent la question de la pratique d�mocratique. Car la rencontre entre archivistes et historiens �claire bien des malentendus, li�s � des int�r�ts divergents, plus ou moins corporatistes, et � des visions diverses de l�int�r�t g�n�ral.
Malaise dans les archives Pour Vincent Duclert, la cat�gorie des archives " sensibles ", cr��e de fait par la loi de 1979, r�v�le une d�faillance grave de l��tat, des gouvernements et du Parlement. Ils ne prennent pas en compte l�aspect politique des archives et leur place dans la modernisation de l��tat. Si Lionel Jospin, quand il �tait Premier ministre, a fait montre d�un volontarisme qui tranche avec celui de ses pr�d�cesseurs en ouvrant largement les archives de la Seconde Guerre mondiale et en faisant s�entrouvrir celles de la guerre d�Alg�rie, les probl�mes de fond restent pos�s. On a simplement soulag� les sympt�mes les plus �vidents. La communication de Martine de Boisdeffre d�j� cit�e semble �crite pour illustrer les dysfonctionnements que pointe Vincent Duclert. La repr�sentante des Archives nationales tend � minimiser les probl�mes, voire � les nier, ramenant la crise actuelle � des consid�rations techniques, au " secret de fabrication " des praticiens, aux questions du respect de la vie priv�e et � la pratique g�n�rale des d�rogations dont elle assure qu�elles sont de plus en plus g�n�rales. Or, aujourd�hui l�institution n�est plus capable ni de collecter correctement dans les minist�res et les administrations publiques faute de place et de personnels, ni de communiquer les documents dans des conditions acceptables, ni m�me d�informer sur ses dysfonctionnements r�p�t�s ; les usagers, chercheurs et citoyens voulant �tablir leurs droits, peuvent en t�moigner jusqu�� la naus�e. L�arbre des archives sensibles cache la for�t des archives ordinaires en voie de d�sh�rence et une v�ritable balkanisation des archives publiques. Le patrimoine national et la m�moire de ce pays sont r�ellement menac�s.
L�heure des choix Des rapports internes (Philippe B�laval) ou d�experts (Guy Braibant) ont alert� les autorit�s sur l��tat de d�labrement de l�institution, des engagements ont �t� annonc�s et jamais tenus, notamment pour une nouvelle loi qui r�glerait partiellement la question des archives sensibles. On attend un nouvel engagement public sur une Cit� des archives qui ne r�glera que la question � dramatique actuellement � de la place. Mais, Vincent Duclert le dit bien, c�est l�ensemble du dispositif des archives publiques qui doit �tre revu, en imposant une normalisation des versements, des cadres de classement qui ne doivent plus �tre d�cid�s par les seuls professionnels, une communication sur le fonctionnement et les choix. L�enjeu est de reconna�tre aux archives une place r�elle dans la construction de l��tat, de la R�publique et de la d�mocratie, d�assurer la transparence, les droits des citoyens et de permettre la poursuite de la recherche.
Gilles Morin
(1) Archives interdites, l�ouvrage de Sonia Combe, historienne et conservatrice � la Biblioth�que de documentation internationale (BDIC) a �t� r��dit� � La D�couverte en 1991. Pour approfondir le d�bat qu�il a suscit�, cf. Denis Lefebvre, " Faut-il avoir peur des archives ? ", L�OURS n� 255, d�cembre 1994 et le dossier " Les archives, une question politique ", L�OURS n� 313, d�cembre 2001.
|
|
|
| |
|
|
© L'OURS - 12 cit� Malesherbes 75009 Paris
|
|