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| L'OFFICE UNIVERSITAIRE DE RECHERCHE SOCIALISTE |
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| Daniel Mayer, Congrès extraordinaire, novembre 4
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 | Discours de Daniel Mayer, secr�taire g�n�ral du Parti socialiste SFIO, � l�ouverture du Congr�s extraordinaire des f�d�rations socialistes reconstitu�es dans la R�sistance, Paris, le 9 novembre 1944. D�apr�s la st�notypie originale d�pos�e � l�OURS, num�ris�e et consultable dans son int�gralit� sur la base de donn�es des congr�s du site de la Fondation Jean-Jaures : http://debats.archives-socialistes.fr
Avertissement : Les intertitres sont de la r�daction, et nous avons rectifi� dans la mesure du possible l�orthographe des noms cit�s, et des lieux, et apport�s quelques pr�cisions entre [�] � la st�notypie.
DANIEL MAYER : Camarades, il y a cinq ans que nous attendons cette minute, et cependant, cette minute nous a surpris. Elle nous a surpris, et je ne vous cacherai pas mon �motion. Je ne sais pas exactement comment commencer ; je ne sais pas si je prononcerai des paroles d�all�gresse, de joie, de contentement, ou au contraire, des paroles plus graves, des paroles de deuil.
Nos morts et nos prisonniers Tout � l�heure, notre camarade Depreux a �num�r� une s�rie de morts, une s�rie de camarades qui sont rest�s sur notre route. Sa liste �tait bien trop incompl�te. Il vous a parl� d�un certain nombre des n�tres. Je voudrais, avec les quelques maigres renseignements que je poss�de, vous dire que cette liste, h�las, s�allonge chaque jour, et que nous n�avons pas � pleurer seulement ceux dont il a parl�, mais un nombre bien plus grand.
L�o Lagrange est mort � la guerre, Saint Martin, d�put� du Gers, est mort � la guerre, Marx Dormoy a �t� assassin�, Fran�ois Camel a �t� assassin�, Grasset a �t� assassin�, L�on-Maurice Nordmann a �t� fusill�, Vin�on a �t� fusill�, Fourny a �t� fusill�, Pierre Brossolette a �t� tortur�, Ranier de Boulogne-Billancourt a �t� fusill� (lecture de la liste)�
Je voudrais rappeler aussi le souvenir d�un certain nombre des n�tres, et plus des enfants de deux d�entre nous. Je veux parler du fils de Jules et Germaine Moch, et du fils de notre camarade Henri Ribi�re.
Nous n�avons pas que ces morts, nous en avons d�autres, et les secr�taires f�d�raux, chaque jour, nous envoient la liste innombrable de nos victimes.
Nous avons l�intention de publier un Livre d�or des victimes du socialisme, des victimes de la R�publique, des victimes de la d�mocratie, et de ceux qui ont combattu pour le Socialisme, la R�publique, la d�mocratie, et la France ; et d�affirmer ainsi que nous n�avons jamais, � aucun moment, nous, socialistes, dissoci� la France, le socialisme, la R�publique et la d�mocratie.
Nous avons laiss� sur notre route un homme, dont je voudrais aussi �voquer la m�moire, qui f�t le tr�sorier g�n�ral du Parti socialiste clandestin, notre camarade Raoul Evrard, qui est mort le jour m�me o� la Gestapo, dans son lit, alors qu�il agonisait, venait perquisitionner chez lui, et dont il nous a fallu faire des obs�ques effroyables, chacun se demandant s�il n�allait pas �tre arr�t�.
La f�d�ration du Pas-de-Calais a pris l�engagement de faire � Raoul Evrard, ancien tr�sorier g�n�ral du Parti socialiste clandestin, des obs�ques dans Lens lib�r�, au milieu des mineurs pour lesquels il avait travaill� toute sa vie.
Nous avons laiss� sur notre route � Depreux en a parl� tout � l�heure �, le premier ambassadeur du gouvernement de la R�publique fran�aise � Londres, notre camarade Pierre Vi�not, qui est mort � la t�che.
Nous avons laiss� sur notre route un membre du comit� de la zone sud, notre camarade L�on Roche le seul parlementaire, de la Haute-Vienne qui d�s le 10 juillet 1940, s��tait dress� contre P�tain.
Je voudrais associer � ces morts de quelques noms de camarades de l�Internationale, quelques noms seulement car nous ne les connaissons pas encore tous, qui sont morts durant ces ann�es : Robert Tanneberg (?), ancien ministre des Finances de Vienne, Kate Leichter, de la Social d�mocratie autrichienne, �mile Stol, ancien r�dacteur du Social Democraten de Prague, Heinrich Hein de Vienne. Si� l�un des chefs du p�, suicid� en exil, tous assassin�s ou tortur�s par la Gestapo.
Il n�y a pas que les morts qui sont absents de ce congr�s, il y a tous ceux qui sont encore en Allemagne, � la t�te desquels L�on Blum, Jean Lebas, d�put� du Nord, Jean Blondi, d�put� de l�Oise, Eug�ne Thomas, d�put� du Nord, Claude Jordery, d�put� du Rh�ne, Malroux, d�pute du Tarn, Bedin d�put� de la Dordogne, tous d�port�s.
Parmi les r�dacteurs du Populaire, Pierre Brossolette, dont on a dit le martyre, et dont je veux saluer la pr�sence dans cette salle, bien qu�elle n�appartienne pas aux cadres de notre Parti, de sa femme Germaine Brossolette, membre de l�assembl�e consultative. (Applaudissements)
Parmi les r�dacteurs du Populaire, Jacques Grumbach, qui a disparu au moment o� il franchissait la fronti�re espagnole, dont ses amis avec moi-m�me esp�rent encore le retour, mais dont nous avons le devoir de dire que le retour est sans doute improbable : Jean-Maurice Hermann, r�dacteur au Populaire, d�port� en Allemagne, Am�d�e Dunois, r�dacteur au Populaire, d�port� en Allemagne, Suzanne Buisson, r�dactrice au Populaire, d�port�e en Allemagne.
Nous avons aussi des prisonniers, Max Lejeune, d�put� de la Somme, qui est dans le m�me camp de repr�sailles que Rosenfeld, r�dacteur en chef du Populaire, et Robert Blum, fils de notre camarade L�on ; Andr� Kanter, Marcel Roels, r�dacteur au Populaire.
Camarades, quand on a de telles listes, quand on les sait si incompl�tes, ce n�est forc�ment pas par des paroles d�all�gresse qu�on commence un congr�s, malgr� que ce congr�s doive �tre un congr�s de joie, puisqu�il symbolise la Lib�ration du pays, la lib�ration du socialisme, et puisqu�il est la premi�re grande manifestation politique au cours de laquelle nous nous retrouvons.
Du Parti socialiste au Parti socialiste clandestin De cette tribune, o� je vois vos visages, � vous que je connais pour la plupart, je sais bien que ce congr�s est devenu une sorte de carrefour, et qu�il y a l� � la fois des jeunes et des anciens, des femmes et des hommes, des camarades dont la destin�e les a amen�s, durant ces derni�res arm�es, les uns � Londres, les autres � Alger, les autres en Suisse, tandis que quelques uns avaient le privil�ge de rester en France. Il n�y a pas entre nous de diff�rences entre ces camarades, de quelqu�endroit qu�ils viennent. Il y a des socialistes qui se retrouvent, qui ont travaill� en commun, quel que soit l�endroit o� ils �taient, et qui sont destin�s � travailler en commun, pour le triomphe du socialisme.
Nous avons mont� de toutes pi�ces, en 1940-1941, un parti, un parti qui n��tait pas habitu� du tout � la clandestinit�, qui n�avait rien pr�par� pour vivre dans la vie ill�gale, un parti qui se trouvait, mortellement divis�, qui avait un certain nombre d�hommes qui l�ont trahi, et qui se trouvait dans une situation telle qu�il n�avait pas la force de remplir la mission qu�il aurait pu remplir si les dirigeants de ce parti avaient eu le courage qu�ils n�ont pas eu. Nous nous trouvions, en 1940, devant une situation qui annon�ait, qui pr�figurait en quelque sorte, la d�cadence de la bourgeoisie.
1940 n�a pas �t� autre chose, pour nous, que l�abandon par la bourgeoisie des privil�ges qu�elle d�tenait, et que l�affirmation par la classe bourgeoise qu�elle n��tait pas patriote et qu�elle mettait au-dessus de l�int�r�t national ses int�r�ts de classe.
Je voudrais vous lire une page, qui n��mane pas de nous, une page qui n��mane pas d�un socialiste, et qui d�crit beaucoup mieux qu�un socialiste ne saurait le faire, et avec une force bien plus importante qu�elle n�aurait dans notre bouche, la soci�t� telle qu�elle se pr�sentait � partir des ann�es 1933-1934 : � Il faut d�couvrir le visage de cette bourgeoisie fran�aise, dont Le Jour et Gringoire ont �t�, pendant la crise, les porte-parole, il ne s�agit plus avec elle de soumission inconsciente.
On ne comprendra rien au comportement de cette fraction de la bourgeoisie fran�aise si on ne l�entend murmurer � mi-voix : "Plut�t Hitler que Blum." �
C�est Emmanuel Mounier dans la revue Esprit du 1er octobre 1938, qui brossait ce tableau.
Nous nous sommes trouv�s en face du n�ant. Nous nous sommes trouv�s, en 1940, en face d�une bourgeoisie qui capitulait, parce qu�elle esp�rait prendre sa revanche du Front populaire. Nous avons le droit et le devoir de dire que la capitulation de 1940 a �t� la revanche du Front populaire, la revanche de 1944, la revanche de 1936. (Applaudissements)
En face de cette bourgeoisie, une classe ouvri�re divis�e, une classe ouvri�re scind�e en plusieurs tron�ons, deux tron�ons principaux ; le tron�on communiste dont on peut dire qu�il consid�rait, � cette �poque, que les int�r�ts du pays auquel il est particuli�rement attach� ne co�ncidaient pas avec les int�r�ts de la d�fense nationale fran�aise, et c�est pour cette raison l� qu�il n�a pas commis d�s 1939 et d�s 1940 comme on aurait �t� en droit de l�attendre de lui les actes de patriotisme glorieux qu�il commet depuis 1941. (Applaudissements)
Un Parti socialiste qui, peut-�tre, n�a pas eu suffisamment de courage, � partir des ann�es 1938 pour se s�parer, comme il aurait d� le faire, courageusement, en mettant, le fer dans la plaie, des hommes qui avaient, confondu le pacifisme et le d�faitisme� (applaudissements)� et qui, sous pr�texte de d�fendre la paix, en r�alit� d�fendaient simplement leur propre peau. Au lieu de d�fendre la paix avec courage, ils ne d�fendaient simplement qu�une sorte de peur individuelle et personnelle. Pour la plupart d�entre eux, ils ont prouv� qu�effectivement ils manquaient surtout de courage, � partir des ann�es 1940. (Applaudissements)
Nous avons, � quelques-uns, tent� de reconstruire cela. Tout � l�heure, vous entendrez apr�s moi, deux rapports, celui de Gaston Defferre au nom de la zone sud, celui de Robert Verdier au nom de la zone nord. Il faudrait peut-�tre que ces rapports fussent multipli�s car � l��poque, vous vous souvenez peut-�tre qu�il y avait encore une troisi�me zone, que l�on appelait la � zone interdite �, et que nos camarades du Nord et du Pas-de-Calais, avec un courage digne de Jean Lebas, digne de Roger Salengro, digne de Delory , se mirent � l��uvre, alors qu�ils �taient totalement et compl�tement coup�s du reste de la France Socialiste.
Jean Lebas, aujourd�hui d�port�, faisait, � la main, des tracts qu�il allait lui-m�me le soir mettre dans les bo�tes aux lettres de la r�gion de Roubaix. (Applaudissements)
Nos camarades de ce que l�on appelle � la zone nord �, dont Verdier sera tout � l�heure l�interpr�te, se soit mis au travail comme ils ont pu, dans des conditions difficiles.
Nos camarades de la zone sud avaient une t�che qui �tait singuli�rement diff�rente. On ne connaissait pas l�occupation, et un certain nombre de gens pensaient que, peut-�tre apr�s tout, l�Armistice avait sauv� quelques vies humaines, et qu�il ne fallait pas lutter l�-bas contre la Gestapo, et contre l�occupant. Il fallait lutter contre une fraction de la population qui n�avait pas encore compris.
Aujourd�hui, o� nous nous retrouvons, et o� nous pouvons confronter les diff�rentes t�ches, les diff�rentes appr�hensions et les dures difficult�s qui ont �t� les n�tres, nous nous apercevons que nos travaux ont �t� des travaux de natures diff�rentes, car nous n�avions pas toujours le m�me adversaire, ou plus exactement, l�adversaire que nous avions avait plusieurs faces. L�adversaire que nous avions �tait, dans le Nord, l�Allemagne, la Gestapo, sous la forme la plus rude ; dans la partie du Nord qui n��tait pas interdite, c��tait la Gestapo sous une forme peut-�tre moins rude que dans la zone interdite, mais la Gestapo quand m�me ; dans le sud nous avons commenc� � conna�tre, d�s 1940, les complices de la Gestapo, ceux qui devaient former plus tard les ordres de la l�gion, et les ordres de la milice. Vous entendrez, par cons�quent, tout � l�heure, des rapports peut-�tre, diff�rents dans le ton, peut-�tre diff�rents dans la forme, car la lutte, je le r�p�te, ne rev�tait pas exactement les m�mes formes. Mais j�ai le droit et le devoir de vous dire ici que, ces combats, o� qu�ils aient �t�, et quels qu�ils fussent, avaient exactement la m�me acuit� ; et c�est l�ensemble des militants du Parti, ce sont ces militants de masse qui n�avaient pas failli, pas d�m�rit�, qui se sont mis au travail. C�est l�ensemble des camarades du Parti auquel revient le droit et le devoir de dire : � C�est nous, et c�est nous partout, tous ensemble, qui avons reform� le Parti socialiste, tel qu�il �tait form�. � (Applaudissements) | L�on Blum reste � son poste Un homme �merge au-dessus de tout cela, un homme dont la photographie est au-dessus de cette sc�ne : L�on Blum.
Un certain nombre de gens vous poseront la question : � Apr�s tout, L�on Blum, en 1940, il aurait peut-�tre pu s�en aller � Londres ? � Oui, L�on Blum aurait pu s�en aller � Londres.
J�ai en main quelques pages des M�moires que L�on Blum a commenc� � �crire en 1940-1941, � Chazeron ou � Bourassol. La question s�est pos�e, une sc�ne s�est pass�e chez Vincent Auriol. Il y avait Vincent Auriol, Mich�le Auriol, Ren�e Blum ; il y avait surtout les moyens mat�riels de partir. Ren�e Blum, Mich�le Auriol, Vincent Auriol, ont tenu � peu pr�s � L�on Blum ce langage : � Il n�y a plus d�sormais qu�un souverain en France, c�est Hitler ; les gouvernements fran�ais sont condamn�s � une sorte de surench�re dans l�ob�issance, dans la complaisance. Cela changera un jour, par la force des choses, et le changement sortira du fond du peuple, mais jusqu�� nouvel ordre, il en est ainsi. Bon gr�, mal gr�, les soi-disant gouvernements fran�ais vont s�efforcer d�implanter en France, les principes et les m�thodes du r�gime nazi : ils auront leur Gestapo, et leurs sections d�assaut, ils passeront des ex�cutions personnelles aux pers�cutions collectives, ils frapperont les socialistes, ils d�graderont les juifs. � Vincent Auriol disait � L�on Blum : � vous �tes tout � la fois un Socialiste, un juif, et vous-m�me par-dessus le march�. � L�on Blum, dans ses m�moires, �crit :
� Mes amis voyaient juste, comme l��v�nement n�a pas tard� � le faire voir, ils avaient raison contre ce qu�ils appelaient mon optimisme.
� Mais je crois que j�avais raison � mon tour quand je leur r�pliquais : soit, acceptons si vous voulez que ma vie ou ma libert� soit en p�ril. (Applaudissements) Comprenez bien, � votre tour : le p�ril que je cours n�est pas une raison de partir, mais une raison de rester. Si je partais aujourd�hui ce serait n�cessairement pour prendre mon poste, comme un soldat. Dans la lutte que la Grande-Bretagne, et peut-�tre demain les �tats-Unis, vont poursuivre contre l�ennemi, quel peut �tre mon poste ? L�organisation ? Le conseil ? La propagande ? Quelles armes apporterai-je avec moi ? L�autorit� que j�aurais pu conserver sur l�esprit d�un certain nombre de Fran�ais ? Mais je perds pr�cis�ment ce qui me reste d�autorit� si la France officielle peut me d�noncer comme un l�che accul� � la fuite par le sentiment de ses fautes, ou la peur du ch�timent. L�interpr�tation qui sera forc�ment donn�e de mon d�part, et probablement accept�e par une opinion sans d�fense, d�truira toute utilit� possible de mon action.
� Il y a quelque chose de pire : je ne r�ussirai peut-�tre qu�� compromettre en m�y ralliant la cause que j�aurais voulu servir ; je ne servirai pas la cause commune, et peut-�tre lui nuirai-je. Je nuirai certainement � ceux de mes amis qui seront demeur�s en France, et contre lesquels il sera trop facile de se retourner et d�exploiter ma conduite. Non, voyez-vous, il n�y a plus pour moi qu�un parti, qu�une voie, depuis que le gouvernement a capitul� : rester en France, l� o� je suis, attendre tranquillement le danger s�il est vrai qu�il y ait danger, me tenir pr�t � r�pondre de mes actes pass�s dans toute discussion publique, � la tribune de la chambre si je puis, � la barre d�une cour de justice s�il le faut, d�fier avec s�r�nit� l�injustice et la haine qui s��puise, pr�server toutes les possibilit�s d�action en France pour le jour, peut-�tre prochain, o� ce peuple accabl� et abasourdi par le d�sastre, aura repris possession de lui-m�me. Ce jour-l�, ma pr�sence, ou si vous le voulez mon existence, retrouvera peut-�tre une signification. �
� Je dis "peut-�tre", parce que je n�en suis pas ; convaincu, et que je suis plut�t enclin � croire que je suis arriv� au terme de ma vie utile. Convenez que vous n�avez rien � r�pondre � cet argument.
� Et puis, il y a quelque chose qui n�est pas un argument, car ce n�est pas de l�ordre de la raison, mais quelque chose qui r�pond en moi � un mouvement un instinctif et irr�sistible : j�ai �t�, et je suis encore un homme public, j�ai dirig� les affaires de la France, c�est � dire que je l�ai repr�sent�e � ses propres yeux, aux yeux de l��tranger, je sens que je ne puis pas, � mon gr�, surtout � une telle heure, rompre le lien de solidarit� qui m�unit � mon pays. Je porte condamnation contre tout ce qui s�est accompli depuis une semaine et j�ai le droit de condamner. Chaque Fran�ais est juge de l�honneur de la France, de ce que l�honneur commande, de ce qu�il interdit. Je consid�re la France comme d�shonor�e, mais je ne me sens pas le droit de tirer mon �pingle du jeu. �
� Je dois prendre ma part dans le sort commun, non seulement dans le malheur, ce qui est relativement facile, mais dans la honte. �
Camarades, j�ai voulu que ce soit L�on Blum, lui-m�me, qui vous dise les raisons qu�il avait de rester en France. Il ajout� :
� J�eus sans doute quelques tremblements dans la voix en parlant ainsi, car Mich�le Auriol se leva et vint m�embrasser. Vincent Auriol et ma belle-fille n�insist�rent pas davantage. � (Vifs applaudissements)
Le Proc�s de Riom, signal du r�veil r�publicain L�on Blum est rest�. L�on Blum �tait au proc�s de Riom. Le proc�s de Riom a �t�, non pas seulement une manifestation et une d�monstration anti-gouvernementale, le proc�s de Riom a �t� pour le pays, et nous avons le droit de le dire sans faire de particularisme non pas parce que L�on Blum est notre guide et notre chef, mais simplement parce que c�est la r�alit�, le proc�s de Riom, gr�ce � L�on Blum, a �t� le signal du r�veil r�publicain en France. (Applaudissements)
Et c�est seulement � partir du proc�s de Riom, et � partir du moment o� L�on Blum a transform� la barre de d�fense en barre d�accusation et en tribune publique que la R�sistance, qui existait d�j�, a eu son v�ritable sens. On ne s�est pas battu seulement contre Hitler, on ne s�est pas battu seulement contre l�occupant et contre l�envahisseur ; mais on a compris qu�en luttant contre Hitler, on luttait en m�me temps contre Vichy, et qu�il ne pouvait pas y avoir de dissociation possible entre la lutte pour la patrie et la lutte pour la R�publique. (Applaudissements)
Et nous pouvons dire que c�est � partir de ce moment-l� que la R�sistance, qui se cherchait, qui se t�tait, qui ne se comprenait pas, a eu son v�ritable sens.
Vous pensez bien que, � c�t� de L�on Blum, il me faut citer le nom de ses trois d�fenseurs : Le Troquer, F�lix Gouin, Samuel Spanien� (applaudissements)� qui ont men�, dans des conditions qui apparaissent aujourd�hui peut-�tre normales - mais qui leur faisaient alors risquer leur vie car � la fin de chaque d�position de chaque plaidoirie, on ne savait pas si le gouvernement de Vichy ne les ferait pas arr�ter - qui ont men� la d�fense de L�on Blum.
Je tiens donc � associer au nom de L�on Blum les noms des trois d�fenseurs h�ro�ques qui ont accept� de mener ce combat, sachant ce qu�ils encouraient. (Applaudissements)
Le Populaire clandestin Nous avons t�ch� de faire un journal. Je vous renvoie, pour ce journal, � l��motion que notre camarade �douard Froment a d�crite dans Fraternit�, puisqu�il a �t� le premier d�l�gu� � la propagande en zone sud, les feuilles que nous faisions, les feuilles que les camarades du Nord avaient faites avant nous, les petites feuilles dont Manicacci se souvient peut-�tre car il en a �t� l�un des principaux artisans dans ses locaux de Marseille, ces petites feuilles, nous avions le sentiment qu�elles avaient pour but presque exclusif de ranimer la flamme, de donner � nos camarades le sentiment qu�ils n��taient pas seuls, que leur combat �tait le m�me, qu�il il y avait par-ci, par-l�, des hommes qui avaient song� � reconstituer le Parti. Et puis nous nous sommes aper�us, au travers des rapports de nos camarades qui sont all�s � Londres, et qui sont all�s � Alger, que ces petites feuilles, que vous trouviez dans votre bo�te aux lettres, sous votre paillasson, dans la poche de votre pardessus, avaient aussi un autre but, puisqu�� l��tranger elles �taient la voix de la France. Lorsque le Populaire clandestin arrivait � Londres, il �tait imm�diatement photographi�, multipli�, envoy� dans toutes les capitales de l�Europe et du monde. Et il nous a permis de dire � l�ensemble du monde que la France n��tait pas le gouvernement de Bordeaux, ou de Vichy, que la France c��tait la France de la petite feuille ron�ot�e, ou mal imprim�e, que la France �tait la France du Populaire clandestin et des autres feuilles clandestines.
Nous avons fait cela, et je ne vous raconterai pas l�histoire du Parti, que mes camarades vous diront. Je n�ai au fond qu�� m�occuper ici de l�aspect politique, et j�ai par cons�quent � faire une sorte de compte-rendu de mandat au nom des camarades du comit� ex�cutif.
Camarades, nous avons fait cela apr�s avoir pris un certain nombre de d�cisions.
L��puration du Parti La premi�re d�cision a �t� de faire place nette.
Je ne pense pas que ce congr�s discutera pendant de longues heures le cas des parlementaires, qui le 10 juillet 1940 ont vot� pour P�tain. Nous sommes quelques-uns qui, lorsque nous avons commenc� � travailler, avons fait le serment de ne jamais nous retrouver dans le m�me parti que les hommes qui, le 10 juillet 1940 ont trahi avec leur mandant la confiance du peuple, la France, le Socialisme et la R�publique. (Applaudissements)
Nous avons pris un certain nombre de d�cisions de principe. Nous avons chass�, compl�tement et d�finitivement tous ceux qui avaient vot� pour P�tain ; et nous avons pos� qu�en principe nous reprendrions avec nous, nous lutterions avec les hommes qui ont eu le courage de voter contre P�tain.
Mais la question, je dois avoir la loyaut� de le dire au congr�s, n��tait pas si simple. Apr�s avoir affirm� ces grands principes, il nous a fallu trancher cas par cas, car il y avait des hommes qui �taient sur le Massilia, il y avait des absents, il y avait des abstentionnistes, parmi ceux qui avaient vot�, pour, il y en a tr�s peu soyez rassur�s, qui se sont imm�diatement rachet�s par leurs actes ; et parmi ceux qui avaient vot� contre, il y en a un ou deux qui se sont ensuite tr�s mal conduits. Nous avons op�r� les tris n�cessaires, et tout � l�heure vous aurez � d�signer une Commission, qui si�gera samedi, en votre nom, et qui examinera tous les cas, je dis bien, � tous les cas �, de L�on Blum � Paul Faure, qui les examinera avec un souci d��quit�, avec un souci de justice et avec une certaine s�r�nit�.
Je tiens cependant � mettre en garde le congr�s contre un courant sentimental qui semble se d�velopper dans certains d�partements. Apr�s avoir condamn� en bloc tous les parlementaires qui ont failli, il y a trop de Secr�taires f�d�raux qui viennent me dire que le parlementaire de leur d�partement est un tr�s brave type. (Applaudissements)
Il faudra que ce congr�s, apr�s s��tre mis d�accord sur les principes, reprenne parmi nous, comme je le lui demande instamment, tous ceux des parlementaires qui, ayant failli, se sont aussit�t rachet�s par leurs actes. Je ne veux pas ici citer de noms [Il s�agit de Raymond Gernez, NDLR ], je parlerai seulement d�un seul, parce que je me suis promis il y a trois ans d�j� de parler de lui : c�est d�s le lendemain du vote qu�il est venu, qu�il est all� dans les imprimeries, qu�il est all�, la valise � la main, sans arr�t, refusant un poste partout, refusant absolument de faire partie de quelque comit� que ce soit ; il a fait ce travail, h�ro�que, patient, modeste. Je dis qu�il serait injuste de ne pas reprendre ce camarade parmi nous, avec les trois ou quatre autres que nous avons repris. Mais je tiens � mettre en garde une nouvelle fois ce congr�s contre des courants sentimentaux : il faut que ce congr�s soit un congr�s d��puration, de r�novation. Pas de courant sentimental contre ce congr�s. (Vifs applaudissements)
Je vous demande en m�me temps, et le Comit� ex�cutif vous demande, d�assimiler aux parlementaires tous ceux des membres de la Commission administrative permanente, du conseil d�administration du Populaire, du Comit� national mixte des jeunesses, du Comit� national des femmes Socialistes, bref de tous les organismes centraux ; et de faire en sorte que dimanche, nous puissions publier dans les journaux, la liste d�finitive des exclus du Parti, et que la Parti puisse continuer sa marche sans que par la suite son Congr�s national soit encombr� de demandes de r�int�gration. Vous direz que ces exclusions sont des exclusions sans appel, et que le Parti continue � travailler. (Applaudissements)
C�est apr�s avoir fait ce vide autour de nous � et quel grand vide ! � que nous nous sommes mis au travail.
Hommage � Henri Ribi�re et aux autres r�sistants anonymes Je ne voudrais ici citer aucun nom. Je suis quand m�me oblig� d�en citer un, un seul. C�est vrai que je suis secr�taire g�n�ral du Parti � la vie est remplie d�accidents de ce genre �, il y a un homme qui, le premier, tant dans la zone sud que dans la zone nord, a commenc� � travailler, qui a parcouru � l��poque o� il n�y avait personne, et o� on ne savait pas comment vous accueillir, tous les d�partements du sud et tous les d�partements au nord. C�est lui qui est � l�origine de la reconstitution du Parti seulement comme il est trop modeste, personne ne le sait, et c�est pourquoi je le dis au Congr�s : je parle d�Henri Ribi�re� (applaudissements)� qui ne s�est pas content� de travailler pour le Parti, mais qui �tait � lib�ration zone nord, qu�il a avec quelques camarades cr�� presque de toutes pi�ces, qui a jou� un r�le extr�mement important dans les op�rations militaires et dans les op�rations d�organisation de parachutage et dans tout ce qui pouvait �tre la vie clandestine d�une organisation, qui si�ge au Conseil national de la R�sistance au titre de cette organisation.
Camarades, j�aurais voulu aussi, peut-�tre parce que j�ai parfois le go�t du symbole, apr�s avoir rendu hommage aux morts, aux d�port�s, aux prisonniers, rendre hommage aux vivants, et � ceux qui ont fait ce travail. J�y ai pratiquement renonc� sous une forme nominale : j�avais trop de choix.
Je me suis demand� si je parlerais tout bonnement et tout simplement, dans ce congr�s o� nous sommes tous des amis, pour prendre le symbole du d�vouement, du travail obscur, des t�ches difficiles, des difficult�s sans cesse renaissantes, tout simplement de ma femme, qui n�a pas eu seulement les difficult�s que nous connaissons, mais qui a eu aussi les difficult�s du ravitaillement, les craintes, les angoisses, la peur et la peur cach�e. J�y ai renonc�, ce serait trop nominal.
Je me suis demand� si je parlerais de cette femme, aujourd�hui d�port�e, qui a accept� de rester pendant une heure et demie devant un local o� elle savait qu�il y avait la Gestapo, pour emp�cher un camarade de s�y rendre. J�y ai renonc� : ce serait trop nominal. [Il s�agit de Suzanne Buisson, NDLR ]
Je me suis demand� si je parlerais de cette autre femme, qui porte un nom glorieux, le plus glorieux d�entre nous tous, et qui a su par son courage, sa discr�tion, son abn�gation, non seulement garder ce nom, mais, ce qui nous para�trait un miracle, y ajouter encore de la gloire. J�y ai renonc�, parce que c��tait trop nominal. [Il s�agit de Ren�e Blum, la belle-fille de L�on Blum dont le mari est prisonnier en Allemagne, NDLR ]
Je vous parlerai de quelqu�un dont je ne sais pas le nom, dont je sais seulement que c�est un militant socialiste. Lorsque je suis revenu de Londres, en avion, il y avait des camarades qui faisaient le balisage du terrain. Il y en a un qui s�est approch� de moi et qui m�a dit :
� Vous arrivez de Londres, je vais vous demander un immense service : donnez-moi des cigarettes. � Il a pour moi symbolis� le travail obscur, le d�vouement de nos militants. Je ne connais pas son nom : je vous demande de rendre hommage � ce militant anonyme, qui symbolise l�effort merveilleux de l�ensemble de nos camarades. (Applaudissements)
Car nous n�avons pas eu seulement que des camarades qui ont travaill� � r�diger des journaux, � faire des tracts et � s�occuper de l�aspect politique.
On nous a parfois qualifi�s plus ou moins d�attentistes. On nous a tax�s de mod�rantisme. Pourquoi ? Parce que nous n�avons pas l�habitude de crier sur les toits nos faits de guerre, parce que nous v�n�rons avec pudeur la m�moire de nos morts, parce que nous avons plus � c�ur de voir nos emprisonn�s lib�r�s que d�en faire des martyrs de notre cause.
Non ! Les socialistes �taient partout dans le combat. Chaque fois que l�int�r�t de la France l�a exig�, les ouvriers socialistes �taient en gr�ve. Les socialistes ont �t� dans le maquis, les hommes et les femmes de France socialistes, ont r�sist� � la d�portation, au Service du travail obligatoire. Les femmes socialistes ont protest� contre les rations de famine. Et je connais les cheminots, les postiers, qui sont des cheminots Socialistes et des postiers socialistes, qui ont fait un travail de sabotage �norme et formidable
Vous, camarades, qui n��tes pas seulement ici, la plupart du temps, des d�l�gu�s des f�d�rations socialistes, mais qui appartenez dans vos r�gions aux Mouvements de lib�ration nationale, � Combat, � Lib�ration, � Franc-tireur, vous savez tr�s bien que partout o� il y avait un travail � faire, c��taient les socialistes qui encadraient les maquis, qui commandaient des �quipes de parachutage, de r�ception, de distribution d�armes et de mat�riel.
Nous avons le droit de dire que nous n�avons, � aucun moment, �t� ce que l�on a appel�, pour je ne sais quelle raison sp�ciale, des attentistes ; partout o� il y avait du travail � faire, les Socialistes �taient pr�sents. Et si nous n�avons pas cr�� - j�en suis peut-�tre le responsable et je m�en enorgueillis de groupe particulier socialiste, c�est parce que nous n�avons pas voulu faire de particularisme. Il y avait la France, la R�sistance : nous �tions tous Fran�ais, et tous r�sistants, et nous n�avons pas voulu dire qu�il pouvait y avoir une R�sistance qui f�t plus particuli�rement socialiste. (Applaudissements)
Par cons�quent, si nous ayons eu un d�faut, �a aurait �t� le d�faut de la modestie. Mais il ne faut pas, pour reprendre le mot que Maurice Schumann me disait un jour, il ne faut pas qu�il y ait une sorte de p�nalit� de l�abn�gation.
Nous n�acceptons pas du tout les �pith�tes dont quelques uns veulent nous couvrir. Nous avons �t� dans la R�sistance. Nous n�avons pas fait de particularisme dans cette R�sistance, mais nous avons �t� partout � la pointe du combat, par nos militants, par nos cadres, par notre exp�rience.
D�ailleurs, voulez-vous en avoir la preuve ? Lorsque la plupart des grandes cit�s du pays ont eu � d�signer des administrateurs municipaux, � je vais en oublier, j�ai oubli� Laon � la causerie que j�ai faite � la radio, et je m�en excuse aupr�s de Levindrey, Roubaix, Lille, Amiens, Arras, Nantes, Saint-Nazaire, Bordeaux, Marseille, Perpignan, Toulouse,� toutes les grandes villes de France ont mis des socialistes � leur t�te. �a n�est pas un effet au hasard, c�est exclusivement parce que lorsque les habitants de ces cit�s ont eu � choisir les meilleurs administrateurs parmi les plus courageux de leur R�sistance, ils ont tout naturellement mis des Socialistes � leur t�te.
Camarades, ces choses-l�, nous avons le besoin, et nous avons le droit de les dire. | Les socialistes dans la Libération de Paris Et dans l’insurrection parisienne, nous avons également mené un combat qu’il est peut-être nécessaire de souligner. Dans l’insurrection parisienne, c’est encore à Henri Ribière que l’on doit que la préfecture de police de Paris et que l’Hôtel de ville aient vu flotter le drapeau tricolore sur leurs toits, avant même que les Allemands aient quitté la banlieue parisienne. À la préfecture de police et à l’Hôtel de ville, tous les cadres sont des membres du Parti socialiste. Je vous dis cela, non pas par un orgueil excessif, mais je vous dis cela simplement pour que vous alliez le répéter dans vos fédérations, et pour que vos fédérations et vous n’ayez pas ce qu’Augustin Laurent appelait un jour une sorte de complexe d’infériorité. Nous ne faisons pas, sans doute, beaucoup de publicité, mais nous agissons, et nous ne trouvons pas d’ailleurs tellement bon de faire tant de publicité autour des morts, autour des fusillés, et autour des martyrs. Nous tenons simplement à faire notre travail. (Applaudissements)
Nous ne nous sommes pas contentés, pendant la clandestinité, de travailler à la Résistance armée, mais nous avons travaillé pour l’avenir, et nous avons préparé des Commissions d’études, notre camarade, Charles Dumas, a été l’initiateur d’abord, l’animateur ensuite, de ces Commissions d’études, qui ont préparé les problèmes un l’avenir, problème de la constitution, problème de nationalisation.
C’est dans la clandestinité que nous songions à l’avenir, et je me souviens que Vincent Auriol, je crois, retour d’Alger, me disait, avec quelle émotion, qu’une société, qui n’était pas une société socialiste, a étudié dans un groupe d’études, un rapport venant de France, sur la société des nations, et sur le sens que nous entendions donner à l’Europe et au monde de demain.
Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, parce que vous avez fait tous ce travail, mais à l’étranger, dans le monde entier, le fait que le Parti socialiste résistant, luttant, participant aux attaques, participant au sabotage, ait encore eu le temps, le moyen et l’esprit de travailler pour l’avenir du pays, avait des répercutions extrêmement profondes. Je crois que nous ne nous sommes pas, ici même, rendu compte de l’importance de ces travaux, et de ces travaux d’études qui prouvaient, non seulement notre foi dans l’avenir et dans la victoire, mais en même temps que nous étions nous-mêmes le Parti de l’avenir et que nous préparions le monde après la victoire.
Le rôle des socialistes auprès de De Gaulle et au CNR Nous avons fait cela, et nous avons participé à la création du Conseil national de la Résistance.
Le Conseil national de la Résistance est issu des conversations que nous avons eues avec les envoyés du général de Gaulle, approximativement – je le dis pour l’histoire – huit mois avant la création de ce Conseil national la Résistance. C’est dire qu’à tous moments, nous avons voulu unifier l’ensemble de la Résistance française ; nous avons voulu qu’il n’y ait qu’un seul faisceau d’énergies, affirmant l’unité de cette Résistance, et en particulier nous avons voulu que l’unité de cette Résistance se fasse autour de l’homme qui le 18 juin 1940 a incarné notre espérance et notre volonté de combattre. (Applaudissements)
Quelle a été notre position à l’égard de De Gaulle ? Très simple. Nous qui sommes fiers d’être – et avec quelle affectueuse reconnaissance – le parti de Léon Blum, notre honneur et notre drapeau, nous n’avons pas, depuis 1940, cessé un seul instant de considérer le général de Gaulle comme le seul chef du gouvernement légitime de la France. C’est être fidèle au socialisme et à la patrie, qu’il nous est impossible de dissocier, que vouloir la réussite de l’œuvre révolutionnaire entreprise par le Gouvernement de la République et le Conseil national de la Résistance. Et c’est la raison pour laquelle, dès le début, nous avons déclaré que nous étions gaullistes.
Qu’est-ce que nous entendons par là ? Le gaullisme, pour nous, est l’incarnation de l’espérance et de la volonté des combats français. Le général de Gaulle est, pour nous, l’homme qui, le 18 juin 1940, lorsque nous avons tourné le bouton de notre appareil de radio, alors qu’il n’y avait plus en nous aucune espèce d’espérance, a ranimé la flamme qui était au fond de nous, et nous a fait comprendre qu’il était absolument nécessaire de continuer le combat.
Pour nous, le général de Gaulle est, je le répète, le seul chef au gouvernement légitime de la France, et il l’est depuis le 18 juin 1940. (Vifs applaudissements)
Et c’est par conséquent, autour du général de Gaulle, autour au Conseil national de la Résistance, que le Parti socialiste a travaillé, avec l’idée essentielle à utiliser ce faisceau, ce rassemblement pour des fins d’avenir.
Dès après sa constitution, nous avons proposé au Conseil national de la Résistance, un programme commun. Je ne vous dirai pas qu’il n’y avait pas dans ce programme des lacunes, qu’il n’y avait pas des imperfections, des trous. Nous avons cependant proposé un programme dont nous avons le droit de vous dire qu’il était directement inspiré, vous vous en doutez, des programmes socialistes, programme de 1919, Cahiers de Huyghens, programme du Rassemblement populaire de 1936.
Le Conseil national de la Résistance a élaboré, en tenant compte de ces textes, un programme qui n’est pas un programme socialiste, qui est un programme ressemblant singulièrement au programme du Rassemblement populaire, avec, lui aussi, ses lacunes et ses imperfections. Mais nous tenons à dire que nous sommes associés à ce programme, à son élaboration et son exécution.
Nous tenons à dire, et nous le disons, que nous désirons que le gouvernement de la République française fasse bien totalement et complètement la programme du Conseil national de la Résistance.
Ce programme n’est pas, je le répète, totalement complet ; il ne nous plaît pas totalement et complètement. Il est, cependant. Et parce qu’il est, c’est la raison pour laquelle le comité exécutif a estimé qu’il ne devait pas rédiger avant ce congrès de programme socialiste. Il n’en est pas moins que, tout en restant fidèle au programme du Conseil national de la Résistance, tout en réclamant son application, et son application rapide, le Parti socialiste devra, sans faire de particularisme, avoir son programme propre, préparer ses mesures propres, rédiger un programme dont on pourra dire, non pas pour le jeter contre les autres, non pas pour l’opposer aux autres mais pour marquer cependant notre position, qu’il est « le programme du Parti socialiste ».
Mais je devais cette explication au congrès. Si le comité exécutif ne vous a pas présenté jusqu’à ce jour de programme spécifiquement socialiste, c’est parce qu’il estimait qu’il avait à l’égard du Conseil national de la Résistance un devoir de loyauté, qu’il s’était lié dans la clandestinité avec les autres organisations, partis et mouvements, et qu’il devait, par conséquent, rester fidèle au serment qu’il avait fait dans la clandestinité, pour l’élaboration, et maintenant pour l’exécution du programme du Conseil national de la Résistance. Le congrès aura cependant à désigner une ou plusieurs commissions d’études, qui travailleront avec les Commissions d’études du groupe socialiste à l’Assemblée, et à rédiger dans les semaines qui viendront, un programme spécifiquement socialiste.
Le Conseil national de la Résistance groupe, vous le savez, l’ensemble des partis politiques, l’ensemble des mouvements et les deux grandes centrales syndicales. Quels sont nos rapports avec ces organisations qui sont au sein du Conseil national de la Résistance ?
Nos relations avec les démocrates chrétiens Camarades, le mouvement de libération zone nord, vous vous en doutez, entretient avec nous les relations les plus amicales, les plus confiantes. Il est composé, pour la plupart, de socialistes démocrates chrétiens, et de syndicalistes.
L’existence même de ce mouvement, et l’existence du mouvement de Libération nationale dans la zone sud qui comprend un grand nombre de nos camarades, pose une question, la question de nos rapports avec l’ensemble des mouvements de Résistance, et plus particulièrement avec ces deux grands mouvements-là.
Nous avons connu, dans la Résistance, un certain nombre d’hommes, que nous mésestimions parfois avant la guerre, qui n’ont pas les mêmes conceptions philosophiques ou religieuses que nous, et qui se sont avérés comme nous, à nos côtés, courageux, patriotes, et qui sur le plan de la politique économique et sociale acceptent les solutions qui sont les solutions au socialisme. Est-ce que nous allons déclarer que parce que ces hommes n’ont pas la même philosophie de la vie que nous, nous ne ferons pas ensemble le bout de chemin nécessaire ? (Applaudissements)
Le congrès devrait dire « non » à une telle question. Il est absolument nécessaire que nous ayons, – je pense en particulier aux démocrates chrétiens – avec eux des relations qui nous permettent de créer un vaste mouvement d’opinion dans le pays, et que nous disions que nous pouvons faire avec les démocrates chrétiens le bout de chemin nécessaire. (Applaudissements)
J’ajoute tout de suite d’ailleurs que la condition qui nous permettrait de faire cela, c’est qu’il sera entendu, pour tous et pour nous en particulier, qu’à aucun moment la laïcité de l’état et l’enseignement ne pourront être remis en cause par l’état républicain. (Vifs applaudissements)
Nous avons connu dans la Résistance des hommes qui étaient dans différents mouvements et qui auparavant n’avaient pas les mêmes conceptions économiques que nous ; à qui, il faut bien le dire aussi, la propagande de Vichy parfois a fait comprendre que le Socialisme ne pouvait pas tellement leur faire peur, à qui la situation économique a fait comprendre qu’il fallait venir vers les solutions du socialisme.
Allons-nous, sous prétexte qu’ils étalent des adversaires d’hier, dire à ces hommes qu’ils ne pourront pas venir ?
Je pense, en particulier, à ceux qui ont été déçus par l’attitude équivoque du Parti Radical. Je pense aux militants républicains sincères, qui étaient dans le Parti Radical, et qui n’ont pas compris que ce parti ne se rénove point. Je salue d’ailleurs, la rentrée, chez nous d’un grand nombre de militants du Parti Radical, comme certains maires, et certaines municipalités au Pas-de-Calais ou de la Corse.
Nous disons que nous pouvons demain être le grand parti républicain et révolutionnaire, qui groupe autour de lui l’ensemble des républicains, et l’ensemble de ceux qui veulent faire effectivement la transformation sociale. (Applaudissements)
Ouvrir le Parti aux militants de l’USR et de la GR Tout à l’heure, Depreux évoquait le congrès de 1933 ; et c’est de cette tribune même que sont sortis les premiers accents qui ont conduit à ce que l’on a appelé « la scission néo ». Mais nous ne pouvons pas ignorer qu’à l’Union socialiste républicaine, il y avait en réalité deux catégories d’hommes absolument distincts. Il y avait ceux qui ont suivi Marcel Déat, Adrien Marquet ; et il y avait les amis, les condisciples et les fidèles de Pierre Renaudel. Il y avait ceux qui ont formé ensuite l’Union socialiste républicaine.
J’ai l’impression qu’il est peut-être symbolique que de cette tribune même, nous avons le droit de dire que ces hommes ont de nouveau leur place parmi nous. Le tri s’est opéré chez eux, il y a dans l’Union socialiste républicaine des hommes, dont je puis après tout citer les noms, cela n’indisposera sans aucun doute personne : je pense à Paul-Boncour, je pense à Paul Ramadier, et je dis que des hommes comme ceux-là devraient demain, s’ils le désiraient, pouvoir reprendre dans ce grand parti républicain patriote et fraternel que nous sommes en train de créer, leur place. (Applaudissements)
Je pense à un certain nombre d’hommes qui sont partis à ce que l’on a appelé alors dans notre jargon, la Gauche révolutionnaire, qui étaient des hommes éprouvés, veulent agir, et qui ne sont, au fond, partis que parce qu’ils ne trouvaient pas toujours dans l’appareil du Parti socialiste d’alors le besoin de création, de dynamisme avec lequel leur tempérament les incitait à travailler.
Je dis que, à part peut-être quelques meneurs que nous ne voudrions pas reprendre parmi nous pour des raisons la plupart du temps autres que politiques, ces jeunes hommes au caractère ardent et dynamique ont aussi leur place dans le Parti socialiste que nous sommes entrain de créer. (Applaudissements)
Et par conséquent, je vois dans ce parti de demain, dont le Congrès d’aujourd’hui serait la préfiguration, une sorte de grand rassemblement, à la fois républicain et révolutionnaire, groupant l’ensemble de ceux qui veulent travailler à la transformation économique et sociale, sans perdre un seul instant le souci de la notion de liberté. Nous serions en réalité ce que l’on appelait d’un mot qui a été parfois galvaudé et auquel on a donné un sens trop souvent péjoratif, nous serions la véritable « social-démocratie » c’est-à-dire ceux qui créent le Socialisme sans perdre un instant le sens de la démocratie et le sens de la liberté… (applaudissements)… et il n’y aurait dans le pays aucune autre force que la nôtre, pouvant grouper à la fois ces révolutionnaires ardents, partisans de transformations économiques et sociales profondes, et ces républicains passionnés, épris de liberté, cette liberté dont Matteotti nous disait naguère, que nous n’en connaissons le prix qu’à partir du moment où nous l’avons perdue.
Il est nécessaire que nous connaissions encore le prix de la liberté, la liberté d’ailleurs, je le dis entre parenthèses, n’est pas une chose que l’on conserve comme dans un musée. La liberté, c’est un combat de tout les instants, et c’est peut-être parce que nous n’y étions pas assez attachés, ou parce que nous pensions que nous l’avions acquise définitivement que nous n’avons pas su suffisamment pour la conserver.
Eh bien, nous pouvons être la grande organisation qui créera les conditions d’une économie dirigée dans, le cadre d’une discipline imposée par les circonstances économiques, tout en conservant les libertés politiques, les libertés publiques auxquelles chacun de nous est attaché ; et nous pouvons, par conséquent, grouper tous les français, et tous les patriotes que nous avons connus dans la Résistance et qui ont œuvré pour cela. Il y a cependant un danger. Il y a un danger à la formation d’un tel groupement, et je veux en parler ici, aussi nettement que je viens de le faire.
Nos relations avec le Parti communiste Il ne faut à aucun moment, dans l’esprit de qui que ce soit, sous aucune forme que ce soit, que ce grand parti, dont je viens de m’efforcer rapidement de vous désigner les contours, puisse apparaître et puisse être, dans l’esprit de qui que ce soit, comme une sorte de bloc anticommuniste… (applaudissements)… dans lequel le socialisme jouerait une sorte de rôle d’aile marchante plus ou moins sociale.
Il n’y a, je tiens à le dire peut-être encore d’avantage pour la presse que pour les congressistes qui le savent, il n’y a dans le Parti socialiste aucun militant qui pense, à aucun moment, qu’il pourra appartenir à un bloc anticommuniste, quel qu’il soit, sous aucune forme. (Vifs applaudissements)
Nous avons d’ailleurs, durant la clandestinité – car je dois aussi vous parler de cela – proposé au Parti communiste un comité d’entente.
Nous lui disions : « Ce comité d’entente pourrait être, par exemple, c’était la période clandestine, composé de quatre membres, deux Communistes et deux Socialistes. Ce comité étudierait les problèmes de l’unité ouvrière, il en préparerait le cheminement. Et en écartant les obstacles, il siégerait, par exemple une fois par mois ; il servirait d’arbitre naturel entre les deux organisations, et il résoudrait sans doute facilement les conflits de tous ordres qui pourraient surgir entre elles à tous les échelons. Quel exemple pour, la France, et pour le monde, concluions-nous, si l’on pouvait constater un jour que, tout en restant unis dans les mouvements de Résistance et en ne négligeant rien de leur tâches patriotique, les deux partis de la classe ouvrière ont, dans la lutte, en pleine clandestinité, préparé les voles à l’unité de demain ! »
Camarades, ce n’est pas notre faute à nous si la réponse à cette offre de comité d’entente a été négative. Nous regrettons la négation de cette réponse et je crois que le congrès sera à peu près unanime pour dire, que l’offre que nous faisions alors n’est pas devenue caduque, que l’offre que nous faisions alors, nous avons le droit et le devoir de la répéter à cette tribune, publiquement, à nos camarades du Parti communiste. (Applaudissements)
Et cela ne signifie à aucun moment que nous acceptions de qui que ce soit des leçons, ni des de patriotisme, ni dès attaquée contre aucun des nôtres, nous voulons accepter, nous voulons penser que l’avenir du pays nécessite l’unité des deux partis de la classe ouvrière car, quels que soient les contours et les dessins au parti de demain, nous restons le parti de la classe ouvrière et du prolétariat organisé, et à aucun moment nous ne perdrons notre visage.
Mais si nous sommes partisans de l’union entre ces deux grands partis, nous tenons à dire avec autant de force que nous n’accepterons de l’autre Parti aucune attaque contre aucun de nos militants, et qu’il nous trouvera tout entier dressé contre toutes les attaques, quelles qu’elles soient. Nous l’avons prouvé dans le Populaire, récemment, lorsqu’il s’agissait de Le Troquer, ou d’Adrien Tixier. Nous continuerons, et nous pensons d’ailleurs que c’est le seul moyen pour que ces attaques cessent. En répondant à ces attaques, et en n’en acceptant absolument aucune, nous pensons que c’est peut-être justement le seul moyen de créer cette atmosphère fraternelle entre nous, qui est nécessaire, non seulement à la population laborieuse du pays, mais au pays tout entier. (Applaudissements)
Nous voulons d’ailleurs que le Parti communiste ait dans le pays sa place exacte ; et nous avons dit au général de Gaulle, lorsque nous avons évoqué avec lui la situation politique à l’égard du Parti Communiste : « pas d’exclusive, pas de favoritisme » ; aucune espèce d’exclusive contre les militants du Parti Communiste ; s’ils représentent dans certaines régions réellement une force, ils doivent avoir leur place normale, et régulière, dans tous les organismes existants, comité départemental de Libération, comité local de Libération et autres organismes ; mais il ne faut pas non plus leur faire une place de choix s’ils ne représentent pas exactement l’opinion de leur région ; chacun a place dans la proposition, et dans la mesure à peu près exacte où l’on peut fixer cette proportion et cette mesure. Et de même, au gouvernement, nous trouvons tout à fait normal que le Parti communiste soit représenté.
Nous aimerions simplement – et nous le disons franchement –, qu’il y ait un peu moins de contradictions entre l’attitude des ministres communistes et l’attitude des autres organismes communistes à l’extérieur. (Applaudissements)
Les socialistes au gouvernement Nous-mêmes, nous sommes au gouvernement. Nous avons délégué au gouvernement trois de nos hommes. Adrien Tixier, ministre de l’Intérieur, que le Parti connaît peut-être un peu moins que les deux autres, non pas parce qu’il est un plus jeune, ou un plus récent adhérent, mais parce qu’il était à Genève, au bureau international du travail, où l’avait appelé Albert Thomas, et où l’a maintenu la confiance et d’Albert Thomas et de Léon Jouhaux, notre camarade Adrien est dans cette salle, j’aimerais que le congrès lui dise la sympathie qu’il a pour l’œuvre extrêmement difficile qu’il entreprend au gouvernement. (Applaudissements)
Le deuxième ministre dont je vais parler, vous le connaissez. Il n’est pas au rang des ministres, il est dans ce Congrès, parce que c’est son tempérament, au rang de la délégation de la fédération du Nord : Augustin Laurent… (applaudissements)… Augustin Laurent, membre du comité exécutif du Parti depuis sa fondation, et qui a accepté ce poste – j’en apporte le témoignage – sans savoir qu’il avait été désigné ; qui a commencé par me faire une scène, sous prétexte que j’étais responsable de cette désignation !
Le troisième, c’est Tanguy-Prigent, qui est présent ici lui aussi, naturellement. (Applaudissements)
Tanguy-Prigent est entré au gouvernement un peu comme dans la légende. Il était dans un maquis breton. On lui a dit : « Tu es ministre. » Il a répondu : « Quelle blague ! Je n’en crois pas un mot ! » Il a fallu qu’un envoyé spécial du gouvernement aille le chercher pour lui confirmer la nouvelle.
Camarades, j’ai dit à la fédération au Pas-de-Calais, lorsque je suis allé à Lens il y a deux semaines, et je voudrais le répéter ici, qu’on a un peu trop, surtout à l’assemblée consultative, l’habitude d’opposer le groupe de la Résistance au groupe des parlementaires. C’est une terminologie que pour notre part nous n’acceptons pas. Tous les parlementaires du parti sont des résistants ; et je voudrais vous en fournir la preuve en vous disant ce que j’ai dit à la fédération du Pas-de-Calais.
Augustin Laurent, Tanguy-Prigent, Adrien Tixier, sortant du combat, sortant du maquis, sortant de la lutte, ne sont pas des ministres qui sont sortis de je ne sais quelle boîte de bonbons enrubannée avec des faveurs bleu ciel. Les ministres Socialistes qui sont au gouvernement sont les authentiques représentants, non seulement du Parti socialiste, mais de ce que nous ne pouvons à aucun moment dissocier du Parti de la Résistance française, des maquis de la lutte et de la clandestinité elle-même. (Applaudissements)
Nous pensons d’ailleurs que la représentation du Parti socialiste au gouvernement est insuffisante ; et si nous avons discuté avec le gouvernement, ce n’est pas pour dire que nous n’acceptons pas toutes les responsabilités, mais bien au contraire, que nous n’avons pas assez de responsabilités. Si nous avions à étudier un certain nombre de dosages, comme on faisait avant la guerre, nous dirions, comme nous le pensons que la représentation socialiste au gouvernement et plutôt insuffisante, et nous voudrions encore avoir davantage de responsabilités gouvernementales.
Il n’empêche que nous sommes, à l’égard du gouvernement où nous avons délégué trois des nôtres, totalement indépendants. Nous considérons que le Parti, soutenant le gouvernement, comme il est nécessaire, comme il le pense et comme il le doit, est cependant indépendant, à l’égard d’un certain nombre de mesures prises par le gouvernement, et nous avons pris l’habitude – et le congrès dira sans doute qu’il faut que nous continuions à avoir de bonnes habitudes – de dire au gouvernement franchement ce que nous pensons lorsque nous estimons qu’il commet une erreur quelconque.
Nous le lui avons dit à plusieurs reprises, nous le lui avons dit lorsqu’il s’est agi, par exemple, du problème de la censure.
Nous nous sommes aperçus, un beau jour, que dans nos salles de rédaction, les censures ne se contentaient pas d’être des censures militaires, mais bien souvent des censures politiques ; et nous avons dit à Monsieur Diethelm : « faites attention, la censure doit être exclusivement militaire ; nous ne pouvons pas accepter un seul instant que le gouvernement de la République française fasse procéder à une censure politique sur la presse républicaine. »
Comme cela continuait, nous avons touché à un autre problème, qui est un problème qui nous angoisse tous, et qui est le problème de l’épuration. Nous avons dit au gouvernement : « faites attention, il y a entre le gouvernement et le peuple de ce pays un écran, et cet écran demeure encore trop longtemps : il s’agit de toute cette administration vichyssoise qui est encore dans certains départements ministériels… (applaudissements)… restée à sa place. Il faut que vous preniez la résolution que Léon Blum avait prise en 1936 ; il faut que vous fassiez passer le souffle républicain dans l’ensemble des administrations de ce pays ! » (Applaudissements)
Nous le lui avons dit, et nous avons le sentiment, en le disant, que nous aidons le gouvernement, puisque nous permettons ainsi un contact, et un contact plus direct entre le gouvernement et les masses populaires.
L’attitude du Parti socialiste à l’égard des milices patriotiques Nous avons également marqué notre indépendance complète et totale à l’égard du gouvernement lorsque nous avons étudié le problème des milices patriotiques. Le problème des milices patriotiques a fait couler beaucoup d’entre, on en a beaucoup parlé. Le rôle au Parti socialiste à l’égard du problème des milices patriotiques, a été d’abord de faire comprendre que le différend qui opposait le Conseil national de la Résistance et le gouvernement de ce pays était un différent subalterne et secondaire, et qu’il ne fallait à aucun moment imaginer, et pour quelques uns espérer, qu’il y aurait une cassure quelconque entre le gouvernement et le Conseil national de la Résistance ; car ce s’est pas vrai. On a énormément exagéré les communiqués, les polémiques, et les divers propos que l’on pouvait opposer les uns aux autres. Nous tenons à affirmer ici qu’il ne peut pas y avoir opposition entre le CNR et le gouvernement, pas plus qu’il ne peut y avoir opposition entre le CNR et le gouvernement, pas plus qu’il ne peut y avoir dualité entre le CNR et le gouvernement.
La seule autorité possible, la seule autorité raisonnable, la seule autorité souhaitable, je dirai la seule autorité légitime, c’est le gouvernement provisoire de la République française. (Applaudissements)
Le Conseil national de la Résistance, issu de la Résistance, exprimant les pensées des militants de la Résistance, soutient le gouvernement, doit le soutenir, le conseiller, lui indiquer quel est son état d’esprit ; il ne peut à aucun moment y avoir dualité entre les deux organismes. Et pour ce qui concerne le problème des milices patriotiques, nous avons dit qu’il était nécessaire de mettre de l’ordre dans le pays et que nous ne pouvions pas accepter un certain nombre d’exagérations, un certain nombre d’exactions, un certain nombre de faits qui se déroulaient dans le pays et qui étaient d’ailleurs beaucoup plus, la plupart du temps, le fait de provocateurs que le fait de véritables patriotes.
Vous n’avez qu’à prendre des chiffres. Les patriotes, les membres des milices patriotiques, dans certaines villes, au moment de la Libération, ceux qui se sont battus, étaient 150 ou 200 : dans les mêmes villes, il y a maintenant 4 000 ou 5 000 miliciens. Il est incontestable que ce que l’on a appelé « la cinquième colonne » a tenté d’entrer dans les milices patriotiques, et c’est l’avis même des dirigeants de ces milices. Il est absolument nécessaire d’épurer là aussi, et de redonner aux milices patriotiques le rôle qu’elles doivent avoir.
Mais il est nécessaire aussi que le gouvernement comprenne la nécessité de créer ces groupes de patriotes, qui veilleront dans les usines, dans les ateliers, dans les bureaux, empêcher le sabotage d’un certain nombre de membres de la cinquième colonne ; et nous avons dit que les milices qui devraient être l’élite de la nation, et qui devraient se pénétrer de la grandeur de leur mission, ne peuvent à aucun moment être un pouvoir distinct du gouvernement, mais le pouvoir même du gouvernement. Il ne s’agit pas d’en faire je ne sais quelle organisation de police distincte de la police régulière, il s’agit d’en faire une organisation de patriotes, désireux de continuer à servir le pays, dont l’émanation suprême est le gouvernement lui-même.
Et nous pensons que ces milices sont liées intimement au gouvernement de la Résistance, comme le gouvernement de la Résistance est lié au peuple lui-même.
Camarades, lorsqu’il s’agit de ces positions, de ces positions générales, de ces positions à l’égard d’un certain nombre de problèmes, le comité exécutif, au Parti parle au nom du Parti, et vous aurez dans ce congrès, dans les jours qui viendront, à dire s’il a eu raison, ou s’il a eu tort, de prendre sur tel et tel problème les positions qu’ils prises. Mais le gouvernement lui-même, le Conseil national de la Résistance, plus encore peut-être que le gouvernement, prennent également des positions sans avoir pu consulter, eux nos délégués, eux leurs mandants, et eux le peuple. Et c’est pourquoi nous sommes heureux de saluer cette sorte de retour à la démocratie que constitue la réunion de l’assemblée consultative, et l’annonce faite, il y a quelques semaines, par Adrien Tixier, d’élections municipales prochaines.
| Les socialistes et l�Assembl�e consultative L�Assembl�e consultative s�est r�unie hier. Je voudrais vous dire tout de suite ce que nous pensons de la composition de cette assembl�e.
Je ne vous cacherai pas le sentiment extr�mement p�nible que j�ai eu lorsqu�� l�Assembl�e, j�ai vu simplement dans les tribunes du public des parlementaires socialistes r�sistants. Nous pensons que le gouvernement, et singuli�rement le pr�sident Jeanneney, auraient �t� bien inspir�s en �coutant les avis du Parti socialiste, et en disant qu�on ne peut pas faire de distinction autrement qu�arbitraire entre les parlementaires r�sistants, et que c�est l�ensemble des parlementaires qui avaient vot� contre le gouvernement P�tain qui aurait d� appartenir � l�Assembl�e consultative. (Applaudissements)
Le Parti socialiste a dit cela, il l�a r�p�t� sur tous les tons, il n�a pas �t� entendu. Nous le regrettons ; et nous tenons � dire � nos camarades qui n�ont pas �t� d�sign�s pour �tre membres de l�assembl�e qu�ils sont pour nous moralement et compl�tement des parlementaires socialistes, au m�me titre que ceux qui ont eu l�heureuse fortune d��tre d�sign�s pour �tre membres de l�assembl�e.
Nous pensons que cette assembl�e a un grand devoir � remplir. Cette assembl�e, elle n�est pas �videmment l��manation du suffrage universel, elle repr�sente cependant � peu pr�s compl�tement l�ensemble de la palette politique qui peut �tre dans le pays. Elle repr�sente � peu pr�s totalement l�ensemble du pays, l�ensemble du pays r�publicain et patriote. Nous voudrons saluer ce que nous ne consid�rerons pas comme une victoire seulement du Parti socialiste ou comme une victoire personnelle de F�lix Gouin, cette �lection, on peut bien dire triomphale, � la pr�sidence de l�assembl�e. (Applaudissements)
Un certain nombre d��l�ments, qui n�ont pas compris grand chose � toute la politique fran�aise, avaient tent� d�opposer les parlementaires de la R�sistance, ceux qui venaient d�Alger � ceux qui venaient de France, � ceux qui �taient demeur�s ici, ou � ceux qui venaient de Londres. Le vote d�hier, le nombre de voix massif sur le nom de F�lix Gouin prouvent qu�il ne peut pas y avoir de telles oppositions. C�est l�ensemble de l�Assembl�e consultative qui a �lu son pr�sident, et on ne saura plus lesquels sont arriv�s � Alger ou lesquels ont eu le privil�ge de rester en France ; on ne saura plus qui �tait parlementaire d�hier, ou qui n�est pas encore parlementaire.
L�Assembl�e consultative a un grand r�le � jouer, et le groupe parlementaire socialiste � dont nous avons eu la joie de voir Vincent Auriol, le plus jeune de nous tous apr�s Bracke peut-�tre, devenir le pr�sident � a un grand r�le � jouer � l�Assembl�e consultative. Il le jouera. Il ne se contentera pas d��tudier les probl�mes de l�heure, il ne se contentera pas de provoquer de grands d�bats publics de politique int�rieure et de politique ext�rieure ; il s�efforcera surtout par la noblesse de ses accents, par la grandeur de ses expos�s, de r��duquer politiquement le peuple de ce pays qui, apr�s cinq ann�es, a perdu l�habitude de la vie publique, a perdu l�habitude de confronter loyalement le, th�ses et les id�es les unes aux autres. Il s�efforcera aussi, et surtout, de faire en sorte que cette assembl�e naissante, et qui peut-�tre dans plusieurs semaines se cherchera encore, � t�tons et confus�ment, rejette de l�ancien Parlement toutes les mauvaises m�thodes, toutes les petites querelles, tous les petits marchandages, et soit la grande �ducatrice politique du pays, pr�figuration de la grande assembl�e constituante sur la Constitution et sur la d�signation de laquelle, demain, le peuple souverain sera amen� � se prononcer.
Les prochaines �ch�ances �lectorales Demain, le peuple va voter. Il votera d�abord sur les �lections municipales, il votera ensuite pour des �lections g�n�rales ; et nous sommes saisis d�une pr�position du Front national, tendant � l��tablissement de listes uniques au premier tour.
Le Front National demande la tenue de larges assembl�es patriotiques, convoqu�es dans tous les quartiers, dans toutes les villes, tous les villages du pays o� l�on exposerait le programme d�action du Conseil national de la R�sistance, o� l�on pr�ciserait les conditions de son adaptation aux besoins municipaux et cantonaux, et o� � demande le Front National � seraient d�sign�s les candidats composant la liste unique de la R�sistance.
Il y a, dans cette proposition du Front national, deux parties distinctes. Il y a les assembl�es populaires, et il y � la liste unique. Je crois que le congr�s, dans sa r�solution finale ou dans une r�solution annexe, pourrait rappeler au Front National que ces sortes d�assembl�es patriotiques, o� l�on d�signerait des listes uniques de la R�sistance, permettraient singuli�rement aux patrons, aux hobereaux de village, de voir exactement quelle est la position de leurs ouvriers, et que, ne serait-ce que du point de vue de ces ouvriers-l� et par respect pour la d�mocratie politique int�grale, il nous faut repousser ces assembl�es de village, ces assembl�es de villes, parce qu�elles ne correspondent pas � la r�alit� politique et � la r�alit� sociale du pays. Je crois qu�il nous faudra dire que nous ne pouvons pas accepter des assembl�es o� des agents provocateurs pourront se m�ler, ou bien des hommes qui sont habitu�s � aller de ville en ville, l�injure aux l�vres, la menace parfois arm�e, � la main.
Il ne faut pas que ses assembl�es aient lieu, et il faut que le retour � la d�mocratie se fasse par des �lections simples, par des �lections normales, chaque organisation d�signant les candidats de son choix. Oui, liste de la R�sistance commune, oui, unit� de la R�sistance, mais sous deux formes qui ne sont pas les formes que l�on nous propose. La premi�re forme devra �tre une liste commune au second tour, et proportionnellement aux r�sultats du premier tour, car la proportion dans les listes ne peut se faire que selon la volont� du suffrage universel lui-m�me. (Applaudissements)
Par cons�quent, il faudra que loyalement et tranquillement, chaque organisation ayant une r�alit� sociale dans le pays, aille au premier tour avec son drapeau, avec ses hommes, avec son particularisme.
Mais la seconde coalition est que ces �lections aient lieu dans la fraternit�, la loyaut� et l�unit� que ce soient plut�t avec les conceptions morales que les conceptions politiques qui l�emportent. C�est la probabilit� intellectuelle, c�est le souci exclusif du bien public, c�est le d�sint�ressement qui devront �tre l�apanage des candidats, et qui devront cr�er cette atmosph�re et ce climat fraternel.
La v�ritable unit� sera dans le ton de la pol�mique beaucoup plus que dans l�absence de pol�mique. (Applaudissements)
Et pour ce qui nous concerne, nous n�avons aucune esp�ce de crainte � nous pr�senter devant le pays.
Un parti r�nov� Nous nous y pr�senterons comme un parti qui est � la fois un ancien parti, et un parti nouveau. Nous nous y pr�senterons comme le Parti dont la doctrine est inchang�e. Nous nous y pr�senterons comme le Parti qui a compl�tement renouvel� ses m�thodes, le ton et l�accent de la propagande.
C�est L�on Blum qui a �crit que la critique socialiste du r�gime actuel �tait devenue sous P�tain un lieu commun de rh�torique gouvernementale. C�est L�on Blum qui a �crit que le capitalisme et l�individualisme sont fl�tris, que la concurrence est d�truite, que le syst�me du profit est condamn�, et que des dictatures arborent notre nom et se d�clarent de nos formules, tout en les compromettant, comme c��tait particuli�rement le cas en France, de 1940 � 1944, par l�absurdit�, la m�diocrit� ou l�hypocrisie de leurs r�alisations.
Est-ce au moment o� tout le monde se d�clarait socialiste, est-ce au moment o� le mar�chal P�tain lui-m�me, pour �tre un peu moins impopulaire qu�il ne l��tait, d�clarait tenir les promesses des autres, que le socialisme ne se pr�senterait pas exactement avec sa doctrine, et avec son programme propre ?
Nous avons le droit, nous devons avoir l�orgueil, de dire que la doctrine socialiste est sortie renforc�e des �v�nements de ces derni�res ann�es, et qu�elle a trouv� confirmation et rajeunissement dans cette sorte de consentement universel qui venait au socialisme. On a souvent sorti la formule, � mon tour je la sortirai une fois de plus, que l�hypocrisie est l�hommage que le vice rend � la vertu. Fallait-il que nous soyons vertueux tant l�hypocrisie a rendu d�hommages au Socialisme, � la doctrine, au programme socialiste. (Applaudissements)
Oui, la doctrine du socialisme est sortie intacte, elle est sortie confirm�e. Le socialisme, il faudra quand m�me que nous le disions, et le comit� ex�cutif du Parti m�a charg� express�ment de le rappeler � ce congr�s, malgr� les apparences, ce n�est pas seulement un parti politique, ce n�est pas seulement le Parti qui discutait tout � l�heure, ou qui discutera demain des �lections municipales, de la liste au premier tour ou au second tour du scrutin dont il se r�jouit qu�il porte l�un de ses membres � la pr�sidence de telle assembl�e ; le socialisme, c�est cela, c�est entendu, par les n�cessit�s quotidiennes, par les n�cessit�s de la vie parlementaire ou municipale, mais c�est beaucoup plus que cela : c�est un syst�me de civilisation, c�est une philosophie de la vie, c�est la doctrine qui appelle tous les hommes vers un r�gime meilleur ; et le socialisme ne sera pas r�alis� seulement lorsque nous aurons la majorit� des si�ges dans telle ou telle assembl�e, le Socialisme sera r�alis� quand il n�y aura plus de mis�re dans le monde, lorsqu1 il n�y aura plus de malheureux et lorsque l�ensemble des produits du monde sera �quitablement partag� entre tous les hommes. (Applaudissements)
Le socialisme, c�est la d�mocratie �tendue aux rapports sociaux et organis�e � l��chelle internationale.
C�est l�introduction de la justice ou de l��galit� dans la production et dans la r�partition des richesses.
Le socialisme d�mocratique, c�est pr�cis�ment la doctrine, et vous me permettrez de le rappeler, pr�sentement en France, la seule doctrine qui puisse combiner l�ordre �conomique, l��galit� sociale, avec les libert�s personnelles et civiques, avec la libert� individuelle, dont nous avons �t� frustr�s, et dont seulement maintenant nous commen�ons peut-�tre � conna�tre tout le prix.
Eh bien ! Un parti qui a une telle doctrine, un parti qui peut se pr�senter sous une telle forme, n�a aucune esp�ce de crainte � affronter le suffrage universel, les consultations �lectorales,
Reconstruire l�Internationale des socialistes Mais nous savons bien que les solutions du socialisme, les solutions que nous pr�sentons pour l��conomie de ce pays, ne seront en r�alit� viables, ne pourront en r�alit� exister, que dans la mesure o� elles s�int�greront dans une �conomie socialiste internationale. Et nous ne pouvons � aucun moment oublier que si m�me nous tentions de construire le socialisme en France, ce socialisme ne serait viable que dans la mesure o� il s�int�grerait � l�int�rieur d�une �conomie socialiste internationale. C�est seulement dans la masure o� le monde entier sera baign�, impr�gn� de socialisme, que l�on pourra le construire totalement et enti�rement.
C�est seulement dans la mesure o� nous construirons un bureau international au travail, solide et fort, que les r�formes sociales que nous pourrons accomplir en France auront leur plein �panouissement.
Rappelez-vous, avant la guerre, la loi de 40 heures en France, et il fallait des ann�es et des ann�es pour, non pas imposer, mais seulement recommander � d�autres pays qu�ils puissent envisager avec faveur l�application de cette loi de 40 heures dans leur propre pays, l��panouissement de ce qui �tait pratiquement la n�gation de ces r�formes sociales en France ou dans d�autres pays.
Je disais r�cemment � des camarades : notre internationalisme, il n�est pas seulement un internationalisme sentimental, il est l�expression bien comprise des v�ritables int�r�ts de la classe ouvri�re de ce pays.
Si nous r�ussissions � cr�er un bureau international du travail qui ne se contente pas de recommandations, mais qui puisse imposer sa loi, imposer ses r�formes, imposer � l�ensemble du pays les lois sociales que nous voudrions voir appliquer, alors nous n�aurons pas seulement, pris, par exemple, la d�fense des ouvriers japonais, en obligeant le patronat japonais � payer ces ouvriers davantage, mais par ricochet nous aurons pris la d�fense des ouvriers, puisque nous aurions supprim� le dumping et la venue sur le march� fran�ais d�un certain nombre d�objets vendus � bas prix.
Par cons�quent, d�s qu�on �tudie un probl�me, �conomique ou social, on est oblig�, pour trouver sa pleine solution, et pour que la population laborieuse d�un pays y trouve sa pleine satisfaction, on est oblig� de venir aux solutions du socialisme.
Il n�y a pas que le bureau international du travail qui ne doit plus seulement �tre un bureau de recommandations o� l�on envoie des lettres affectueuses et amicales aux chefs des �tats pour leur demander de bien vouloir prendre en consid�ration tel probl�me.
Organiser la paix entre les nations Il y a la soci�t� des nations. Et si l�on avait �cout� le Parti socialiste, depuis 1919 ou depuis 1920, � n�est-ce pas, Vincent Auriol, vous qui avez assist� au nom de notre Parti � tant de conf�rences internationales ? � nous avons bien le droit de dire que nous n�en serions pas l�.
1933 : est-ce que la Soci�t� des nations n�aurait pas d� dire � l�Allemagne : � nous n�acceptons pas que le chancelier du Reich soit le chancelier Hitler, parce que nous consid�rons que Hitler est un danger pour la paix � ? Il n�aurait pas d� s�agir, � aucun moment, d�un probl�me franco-allemand.
C�est l�ensemble des nations civilis�es, c�est la soci�t� des nations toute enti�re, qui, au risque de p�n�trer dans la politique int�rieure d�un pays, aurait d� dire � l�Allemagne : � Non, nous n�acceptons pas que Hitler soit chancelier du Reich, parce qu�Hitler est un danger pour la paix. �
En 1935, est-ce que vous ne croyez pas qu�une soci�t� des nations forte et puissante, aurait emp�ch� Monsieur Pierre Laval de torpiller les sanctions contre l�Italie mussolinienne, lorsqu�elle s�est jet�e sur l��thiopie d�sarm�e et impuissante ?
En 1936, une soci�t� des nations puissantes aurait d� d�clarer � l�Allemagne hitl�rienne : � nous n�acceptons pas la remilitarisation de la Rh�nanie, car la remilitarisation de la Rh�nanie, c�est une atteinte � la paix, et c�est le pr�lude de la guerre. � Et l�on pourrait multiplier les exemples les uns apr�s les autres.
Nous avons acquis la preuve que l�on n�a pas �cout� les solutions du Socialisme, et qu�il nous faudra demain cr�er une soci�t� des nations qui soit une soci�t� des nations forte et puissante, ayant ses moyens d�imposition de ses solutions, ayant les moyens d�imposer � l�ensemble des nations civilis�es les solutions qu�elle pr�conise pour le maintien de la paix.
Oui, il nous faudra une soci�t� des nations dont la souverainet� soit sup�rieure � chacune des souverainet�s nationales. (Applaudissements)
Il faudra d�ailleurs que cette soci�t� des nations s�occupe des probl�mes �conomiques r�els, et ne soit plus seulement un lieu de rencontre internationale ou je ne sais quelle r�union d�arbitrage. Il faudra que cette soci�t� des nations s�occupe de la r�partition des mati�res premi�res, des denr�es de premi�re n�cessit�, des transports, des conditions de la main d��uvre, de l�hygi�ne, des travaux publics, de la l�gislation douani�re, de la l�gislation du travail, des changes, de la monnaie. Autant de probl�mes � r�soudre, autant de questions � r�soudre.
Je tiens � dire en particulier � notre camarade de Brouck�re que nous ne concevrions pas, pour ce qui nous concerne, une soci�t� des nations qui n�ait pas � c�t� d�elle une Internationale ouvri�re Socialiste forte et puissante.
De Brouck�re, lorsque vous rentrerez en Belgique, et que vous rencontrerez Camille Huysman, et nos camarades de l�Internationale, dites-leur que les v�ux du Parti socialiste fran�ais sont la recr�ation et la r�novation de l�Internationale ouvri�re Socialiste dont l�existence est plus que jamais n�cessaire. (Applaudissements)
Vous voudrez bien, de Brouck�re, dire � nos camarades de l�Internationale ouvri�re Socialiste, que le Parti socialiste fran�ais n�a pas voulu modifier son titre, et qu�il continue glorieusement et avec orgueil � s�appeler � section fran�aise de l�Internationale ouvri�re �.
Et que pour ce qui me concerne, lorsque je suis all� � Londres, dans la m�me journ�e, j�ai remis ou confirm� au g�n�ral de Gaulle l�attachement inconditionn� et complet du Parti Socialiste, � la politique d�esp�rance et de combat qu�il a avait commenc� � mener depuis le 18 juin 1940 ; et � Camille Huysman, j�ai confirm� l�adh�sion du Parti � l�Internationale ouvri�re.
Il n�y avait en ce qui me concernait, ni duplicit�, ni contradiction. Nous ne serions pas Socialistes si nous n��tions pas patriotes et internationalistes. (Applaudissements)
Les rapports entre la France et l�Allemagne Il nous faudra d�ailleurs �tudier, en m�me temps que les probl�mes de la soci�t� des nations, les probl�mes sp�cifiques, des rapports entre la France et l�Allemagne.
Je n�ignore nullement la d�licatesse du sujet que je commence � aborder � cette heure tardive. Je n�ignore nullement que pour l�instant tout homme rev�tu d�un uniforme allemand est an ennemi que nous avons le devoir d�abattre instantan�ment et impitoyablement.
Mais je demande au congr�s de bien vouloir, avec s�r�nit�, �tudier les causes de la guerre et �tudier les causes de la venue du nazisme et du fascisme.
Je lui demanderai, entre parenth�ses, et tr�s rapidement, de ne pas oublier le trait� de Versailles, la politique de la bourgeoisie franco-anglaise � l��gard de la R�publique de Weimar, accordant � partir de 1933 � Hitler tout ce qu�elle avait refus� aux r�publicains allemands.
Je voudrais simplement dire que la France serait sage en imposant � l�Allemagne une politique qui soit d�abord l�extermination totale, compl�te et impitoyable, de tous les cadres du nazisme et du fascisme. Nous ne sommes pas des gens particuli�rement sanguinaires, et nous ne demandons pas de passer au fil de l��p�e des dizaines et des centaines de milliers d�individus. Mais, pour tout ce qui concerne les cadres du nazisme, il faudra que le monde de demain soit totalement et compl�tement impitoyable.
Et il faudra ensuite supprimer les privil�ges des grands hobereaux de l�est, et rendre aux paysans de la Prusse orientale les terres appartenant � leurs f�odaux. Il faudra faire dispara�tre l�esprit de caste prussien qui, r�guli�rement, tous les vingt ans ou tous les quarante ans, pr�cipite l�Europe et le monde dans la guerre. Il faudra abolir les pouvoirs des grands industriels de l�ouest, par la nationalisation des mines et des entreprises sid�rurgiques de la Ruhr, notamment nationaliser les grandes entreprises de produits chimiques qui sont l�essence m�me de la production de guerre du Reich.
Il faudra r��duquer le peuple allemand, et soumettre � un contr�le qui sera international, les manuels scolaires diffus�s et distribu�s dans les �coles allemandes. Il faudra faire tout cela.
Mais n�avez-vous pas le sentiment que, lorsque toutes ces t�ches auront �t� accomplies, c�est quand m�me et malgr� tout avec le peuple allemand, qui existe, dont on ne peut nier ni l�unit�, ni l�existence m�me c�est avec lui quand m�me qu�il faudra construire la soci�t� des nations ; et qu�il faudra, de gr� ou de force, c�est entendu, mais qu�il faudra quand m�me que l�Allemagne de demain, qui sera une Allemagne populaire, une Allemagne par essence m�me antinazie et r�volutionnaire, ait sa place dans les ann�es qui viendront, lorsqu�elle se sera expurg�e de cet esprit de caste et du nazisme, � �galit� une soci�t� des nations r�nov�e. (Applaudissements)
Il faudra que nous disions cela. Il faudra que le socialisme affirme cela, et s�est en cela que le socialisme n�aura pas chang�, et qu�il aura �t� la section fran�aise de l�Internationale ouvri�re.
La r�organisation interne du parti Le Parti toutefois, camarades � c�est la derni�re partie d�un expos� d�j� trop long �, le Parti devra toutefois indiquer qu�il n�est pas le Parti d�hier et qu�il est un parti chang�. Il est un parti chang�, et il devra �tre dans sa structure et dans sa composition m�me.
Il est impossible que le congr�s qui s�ouvre aujourd�hui, � la fin de ses travaux d�signe un organisme central, avec repr�sentation des tendances. Il faut � toutes forces que la Congr�s affirme que, pour ce qui le concerne d�sormais, l�organisme central du Parti sera compos� des meilleurs du Parti, sans distinction de tendances. (Applaudissements)
Il faudra que le Parti affirme d�sormais, qu�il n�accepte plus, qu�il n�accepte pas, qu�il n�acceptera plus jamais l�existence de tendances organis�es dans le Parti. (Applaudissements)
Il faudra qu�il affirme que son organisation centrale, car vous pensez bien que tous les organismes centraux sont d�missionnaires � partir de l�ouverture du Congr�s, que l�organisme central qu�il d�signera, �lu, sur une liste, tout bonnement, sur laquelle on mettra des noms, par ordre alphab�tique, et sur laquelle le Congr�s souverain d�signera les meilleurs. Et ce seront certainement les meilleurs, non pas les meilleurs de tel ou tel courant d�esprit, mais les meilleurs du Parti tout entier. (Applaudissements)
Et il faudra que cette nomination, le congr�s tienne compte qu�il y a dans ce parti des hommes nouveaux, et des hommes anciens.
Il faudra que l�organisme de demain soit un brassage �troit, complet et fraternel, de ces hommes nouveaux et de ces hommes anciens.
Nous ne pouvons, � aucun moment, accepter le langage que tiennent quelques hommes de la g�n�ration, disant que la g�n�ration pr�c�dente a plus ou moins d�m�rit� en temps de guerre. Pour le socialisme, il n�y a pas non plus de probl�me de race qui se pose. Il ne pourra pas y avoir une sorte de numerus clausus des anciens ou des jeunes, ou des moins jeunes, ou une sorte de numerus clausus qui se baserait sur je ne sais quelles attributions, qui ne seraient d�ailleurs que les relents de la propagande hitl�rienne que nous avons trop connus.
Il faudra par cons�quent que ce congr�s d�signe un organisme central. Cet organisme central devra, � son tour, nommer un secr�tariat. Nous vous proposons une organisation qui soit une organisation diff�rente de l�ancienne.
Il nous faudra d�signer un secr�taire aux questions de jeunesse, par exemple :
- un secr�taire charg� plus particuli�rement charger de s�occuper des questions de la propagande f�minine,
- un secr�taire qui devra s�occuper de la propagande tout court, de l�organisation du calendrier des r�unions, et de l�organisation rapide, dans tout le pays, de larges tourn�es de masse, allant dire au pays ce que nous sommes, ce que nous voulons, et aussi ce que nous ne sommes pas, et ce que nous ne voulons pas �tre. (Applaudissements)
Il nous faudra cr�er un secr�tariat aux probl�mes de la presse et aux probl�mes des �ditions.
Il faudra d�ailleurs que ce secr�tariat cr�e � son tour une sorte d�agence socialiste de presse, qui s�en ira imm�diatement r�percuter dans les f�d�rations l�orientation du Parti, les articles de nos camarades, les discours, la propagande et la documentation �crite que nous nous efforcerons de trouver, et qui soit le lien normal et direct entre le secr�tariat du parti et les journaux, les quotidiens et les hebdomadaires, que nous allons vous aider � cr�er, multiple, nombreux, dans tous les coins de la France r�publicaine et de la France socialiste.
Il nous faudra un secr�tariat aux Commissions d��tudes, ces Commissions d��tudes oui devront prendre en mains tous les probl�mes les uns apr�s les autres, questions �conomiques, nationalisations, probl�mes ext�rieurs, affaires �trang�res� Il faut que, sur chacun des probl�mes, le Parti socialiste ait ses conditions propres. Il faut que, sur chacun de ces probl�mes, le Parti socialiste ait sa documentation, officielle c�est entendu. Mais il faut que chaque secr�taire de section soit averti par le canal du secr�tariat du Parti de tous ces probl�mes, et qu�il re�oive les sch�mas de causeries, la propagande n�cessaire, les armes qui lui permettent de r�pondre � nos adversaires, et plus encore de r�pandre partout les solutions que le socialisme apporte � l�ensemble des probl�mes qui sont pos�s partout. (Applaudissements)
C�est en cela que nous sommes diff�rents de l�ancien Parti, en ce sens que nous aurons un appareil de Parti, si vous le voulez bien, qui sera absolument distinct, dans ces m�thodes de travail, dans ses m�thodes de recrutement.
Notre morale socialiste Mais, camarades, je voudrais terminer en vous disant qu�il nous faudrait aussi changer le ton m�me de notre propagande. Il faudra, si vous le pr�f�rez, et sans que je passe ici pour un pasteur anglican ou pour un quaker, que nous mettions, dans le ton de notre propagande quelques accents moraux, quelques accents de moralit� nouvelle.
Il ne faut pas que nous nous contentions de faire des appels � l�adh�sion individuelle, surtout l� ou nous sommes puissants et o� nous risquons d�avoir des gens, qui adh�reront en pensant qu�ils pourront devenir par la suite secr�taire du maire, ou balayeur municipal. Il faut que nous ayons des hommes qui comprennent que le Parti socialiste n�est pas une sin�cure, mais que le Parti socialiste est un combat. Il faut qu�il y ait dans notre Parti des hommes qui comprennent qu�en venant au Parti ils se donnent tout entier � lui, et que ce n�est pas le Parti qui se donne � eux.
Il faudra qu�il y ait des hommes qui comprennent qu�ils doivent �tre les meilleurs partout, � l�atelier, au travail, dans la vie, qu�ils doivent �tre partout les meilleurs, et par cons�quent des mod�les ; que le socialiste, o� qu�il soit, est, le qu�il le veuille ou qu�il ne le veuille pas, le drapeau du socialisme tout entier, et que l�on juge le Parti par les actes individuels de ses militants. (Applaudissements)
Que, par cons�quent, il devra donner partout l�exemple de la libert�, l�exemple de la loyaut�, l�exemple du d�sint�ressement absolu, de la grandeur d��me qui sont l�apanage des forces jeunes. Car nous sommes une force jeune, et il faudra qu�on le sache. Il faudra que partout nous ayons des hommes qui comprennent qu�ils sont venus � nous pour travailler, qu�ils sont venus � nous pour agir.
Camarades, au d�but de cet expos� qui se termine, je ne vous ai pas donn� de mot d�ordre. Je n�aime pas les formules historiques. Il faudra quand m�me que ce congr�s comprenne qu�il ne devra pas se contenter tout � l�heure, de dire si le comit� ex�cutif du Parti a bien ou mal agi. Il devra se donner un mot d�ordre.
Ce mot d�ordre ne doit pas �tre un petit mot d�ordre. Nous ne devrons plus faire de politique � la petite semaine. Camarades, ralliement autour du Parti socialiste pour un seul mot d�ordre : cr�ation des �tats-Unis socialistes du monde ! (Vifs applaudissements) |
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© L'OURS - 12 cit� Malesherbes 75009 Paris
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