Cette biographie d’Umberto Marzocchi offre une véritable traversée du XXe siècle au sein du mouvement libertaire international. A propos de : Giorgio Sacchetti, Umberto Marzocchi 1900-1986. Sans frontière, Les éditions libertaires, 2020, 306 p., 15 €

L’étude consacrée à ce militant anarchiste d’origine italienne est passionnante et à la hauteur du biographié. Né à Florence en 1900, Umberto Marzocchi adhère à l’Union syndicale italienne – l’équivalent de la CNT – en 1917. L’espoir révolutionnaire et insurrectionnel du bienno rosso (les « deux années rouges ») de 1919-1920 s’effondre face à la montée du fascisme. Pour le contrer, Umberto Marzocchi participe aux groupes antifascistes les Arditi del Popolo, et tente une nouvelle insurrection qui est un nouvel échec. Pourchassé, contraint à l’exil, il s’installe en France. S’il s’intéresse aux débats sur les formes et l’organisation du mouvement libertaire, son action principale se tourne vers l’œuvre de solidarité et d’entraide envers les réfugiés transalpins. 

Antifasciste
L’antifascisme chevillé à l’âme et au corps, Marzocchi tente avec les frères Rosselli de créer de nouveaux groupements avant de partir se battre en Espagne où il participe à la fondation de la centurie de la colonne Durruti. Entre les combats, il croise George Orwell fin 1936, en témoigne une photo parue dans la revue Ahora. Amer, Marzocchi constate l’élimination des anti-staliniens, Andrès Nin, et surtout de Camilio Berneri et Francesco Barberi, reçue comme véritable coup de massue par les antifascistes libertaires italiens. Il revient en France avant la Retirada, puis, après avoir combattu dans la légion étrangère, plonge dans la Résistance en participant aux maquis. 

Après 25 ans d’exil et de combats, il refranchit les Alpes en 1945 et reconstruit le mouvement libertaire italien, dans lequel il joue un rôle pionnier, aidant à sa structuration à la fois comme animateur, orateur et homme de plume. Il y défend le principe d’un anarchisme organisé, indépendant des puissances et des blocs. Organisateur infatigable, il rassemble dans les années 1960 les anarchistes de par le monde lors de nombreux congrès. L’un d’entre eux est resté particulièrement célèbre, tenu à Carrare en 1968, où il renvoya Daniel Cohn-Bendit, qui accusait les libertaires cubains d’être des agents de la CIA, à ses chères études. À l’image de la situation italienne, Marzocchi refusait le verbiage marxisant des jeunes militants préférant la clarté de l’expression libertaire tout en dénonçant la violence d’État, comme lors de la « mort accidentelle » de l’anarchiste Giuseppe Pinelli. 

Transmettre
L’espoir soulevé par la fin du franquisme le fait se rendre en Espagne en 1977 où il est arrêté et emprisonné pour participation à une réunion anarchiste clandestine… Libéré, il reprend son activité de militant en Italie et en Europe, où il transmet le flambeau aux jeunes générations. Les auteurs et éditeurs des versions française et italienne de cette biographie se sentent un peu ses héritiers, façonnés par la rencontre avec ce géant de l’anarchisme, d’une culture, d’une modestie et d’une gentillesse peu communes, un militant peu ordinaire.

Sylvain Boulouque