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L'OFFICE UNIVERSITAIRE DE RECHERCHE SOCIALISTE
 
Dupont / Duclert / Jaurès L'OURS 434
Jaurès, la paix, la guerre
Par CLAUDE DUPONT
A propos du l’essai de Vincent Duclert, Jean Jaurès. Combattre la guerre. Penser la guerre, Les Essais Fondation Jean Jaurès, 2013 , 118 p, 6 €

Article paru à la une de L’OURS n°434, janvier 2014


La collection « les Essais », publiée par la Fondation Jean Jaurès, met à notre disposition des livres de petit format dont plusieurs exposent, d’un point de vue thématique et avec toute une série de références, les positions de Jaurès sur les grands problèmes de son temps. Dans ce dernier essai très dense, Vincent Duclert évoque le thème, central, de la guerre.

L’image que l’on a surtout retenue de Jaurès, c’est celle du pacifiste, qui aura tout fait, jusqu’au jour de sa mort, pour éviter la grande déflagration. La guerre est toujours porteuse des grandes régressions, et entrave tout progrès social, humain, économique. Mais, au-delà de cette généralité, Jaurès est un des très rares hommes politiques à avoir perçu très vite qu’en ce début de XXe siècle, la guerre avait changé d’échelle et qu’avec l’extraordinaire essor des techniques et des technologies modernes, les affrontements entraîneraient des carnages hors de proportion avec les pertes qu’engendraient les conflits antérieurs. Rien de bon ne peut sortir d’une guerre, pas même cette révolution qu’espèrent voir advenir d’une crise certains « défaitistes révolutionnaires », tant il est vrai pour lui qu’une révolution qui ne viendrait pas au terme d’un processus d’éducation populaire, mais jaillirait d’un bouleversement imprévu, porterait fatalement la marque de l’état de violence qui l’aurait vu naître.

Mais, ce que souligne fort bien Vincent Duclert, c’et que cet amoureux de la paix n’avait rien d’un antimilitariste primaire, façon Gustave Hervé première mouture. Aucun parlementaire n’avait étudié avec autant de soin l’organisation militaire, ainsi que les questions de stratégie.
Son livre L’Armée nouvelle, paru en 1911, est en tous points remarquable. Si la patrie est agressée, les socialistes en seront les meilleurs défenseurs. Cependant, il convient que parallèlement la Nation s’approprie son armée. Il faut cesser d’opposer une armée de casernement, seule opérationnelle et un ensemble de réservistes, qui ne serait utilisé que comme force d’appoint. Il faut que les officiers cessent de constituer une caste arrogante et resserrée sur elle-même, mais qu’ils soient formés dans les mêmes universités que les autres étudiants et qu’ils se recrutent dans toutes les classes sociales.

Combattre la guerre, penser la guerre. Ce fut le dernier combat de Jaurès, que Vincent Duclert nous retrace minutieusement, le plus grand. Refusant la notion de fatalité, Jaurès consacra ses dernières années à lutter contre la loi de trois ans du service armé, contre l’affrontement en deux blocs des grandes puissances européennes, contre l’encouragement que ces grandes puissances donnèrent aux protagonistes des guerres balkaniques, ces guerres balkaniques de 1912 et1913, qui furent comme le brouillon de celle de 1914, et dont, dans son dernier discours prononcé à Vaise, une semaine avant sa mort, il percevait la signification anticipatrice :

« Vous avez vu la guerre des Balkans ; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d’hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits de d’hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille. Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelle ruine, quelle barbarie ! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. »
Claude Dupont
 

 
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